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Full text of "Exposition d'une nouvelle methode pour l'enseignement de la musique; par P. Galin .."

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EXPOSITION 
D'UNE NOUVELLE 
METHODE POUR 
L'ENSEIGNEMENT 
DE LA MUSIQUE;... 

Pierre Galin 




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EXPOSITION 

D'UNE 

NOUVELLE METHODE 

POUR L'ENSEIGNEMENT 

DE LA MUSIQUE. 



EXPOSITION 

D'UNE 

NOUVELLE MÉTHODE 

POUR L'ENSEIGNEMENT 

DE LA MUSIQUE; 

Par P. GALIN, 

Instituteur a l'École royale des Sourds-Muets 
de Bordeaux. 



itt. C-«t don. 
pour protide. 



A PARIS, 

CHEZ REY ET GRAVIER, LIBRAIRES , 

QUAI DES AUGUSTIBSj H." 55. 



A MON AMI 

A. DE RAIGNIAC DARTIGUES, 

ANCIEN ÉLÈVE 

DE L'ÉCOLE POLYTECHNIQUE. 




TABLE DES CHAPITRES. 



Prcl unin aire Pages i 

Considérations générales 10 

Esprit de la méàiode 17 

Développement de la méthode 36 

De la comparaison des intervalles par super- 
position 60 

D'ùses et bémols 6S 

Des deux espèces d'intervalles contenus 

dans lagamme 81 

De la génération des tons 93 

Du mode mineur 1 o3 

Des clefs et du tan absolu ng 

De l'harnianie 1 fi -t 

De la mesure iS5 

Conclusion a5f> 

Table alphabétique 267 



Fin de la talilc des chapitres, 



DlgrfcaAtty Cooglc 



OÏgrtBTiào/'G 

— ■ '-' — ■ S-ffiSuBs- a 



EXPOSITION 



d'une 

NOUVELLE MÉTHODE 

POUR 

L'ENSEIGNEMENT DE LA MUSIQUE. 



PRÉLIMINAIRE. 

)uand je travaillais à créer une Méthode 
enseignement pour la musique, parce qu'il 
:n existe point, j'étais loin de présumer 
'elle acquerrait quelque importance ; encore 
lins que je me trouverais engagé moi-même 
as ce genre d'instruction où paraissent avoir 
□eu de part les sciences exactes dont je me 
s toujours occupé. 

taie élémentaire de musique, une exposition 
ùment analytique des principes de cet art, 
i pût servir aux maîtres à réformer eux- 
A 



C».) 

mémos leur mode d'enseignement "vicieux soua. 
tant de rapports ; mais , comme je ne m'abusais 
point sur la difficulté qu'il y aurait à le leur 
faire agréer, quel que pût être d'ailleurs son 
mérite que je ne m'exagérais pas non plus, je 
n'y ai travaillé que faiblement, m'y mettant 
quelquefois avec ardeur , comme s'il devait être 
grandement utile, et bientôt l'abandonnant, 
découragé par l'idée que ma faible voix ne serait 
pas entendue. 

Je raisonnais en moi-même ; un Traité élé- 
mentaire sur la musique, disais-je, est un livre 
inconnu aux bibliothèques. Ainsi, par ce titre 
que voudra-t-oh entendre? des solfèges, sans 
doute, tels qu'il en existe à foison. Cependant, 
j'y traiterai la musique, à la manière des sciences 
exactes, parla méthode de déduction ; je pourrai 
être entendu des savans. Mais qu'importe que 
je le sois d'eux! les savans ne font pas autorité 
en musique. 

La musique renferme pourtant une science, 
disais-je encore, puisqu'elle est un art soumis 
à des lois physiques qu'il ne faut qu'observer 
et recueillir pour en composer un corps de 
doctrine. Oui, sans doute, il y a une science 
dans la musique, et une science de Jaquelle 
l'art doit dépendre; mais ne prendra-t-on pas 



C3) 

cela pour nn paradoxe? A îa vérité , M. de 
Destutt-Tracy , dans sa logique, a dit formel- 
lement, qu'wi art dépend toujours d'une science; 
que c'est la science qu'il faut créer pour procéder 
avec méthode , et qu'ensuite on en tirera facilement 
des conséquences utiles pour la pratique. M. de 
Tracy a bien eu raison de le dire, même en 
termes généraux; mais, si je le répète en termes 
particuliers pour la musique, ne-dois-je pas 
craindre d'être contredit ? 

Dans bien des momens de pareilles réflexions, 
j'aurais volontiers livré mes idées à quelque 
musicien de renom, qui aurait eu plus que moi 
le crédit de les faire valoir; car j'avais toujours 
devant les yeux lespeines infinies que se donnent 
ceux qui veulent apprendre un peu de musique , 
et je sentais la possibilité de les faire finir. 

D'un autre côté, en considérant le grand 
nombre de livres qu'on a écrit sur cet art, en 
voyant que tous traitent de l'barmonie et sup- 
posent des idées acquises en mélodie, qui ne 
sont exposées nulle part, j'avoue que je me 
défiais beaucoup de mes idées préliminaires , 
parce que je n'en pouvais pas concilier l'impor- 
tance avec le peu de cas qu'on en paraît faire 
généralement,. ou avec l'oubli dans lequel on 
les laisse. Si elles avaient du prix , disais-je, nos 



(4) 

grands musiciens ne les auraient-ils pas em- 
ployées? ou bien peut-on croire qu'elles ne se 
soient pas présentées à leur esprit? 

C'était pourtant l'un ou l'autre. Alors , \s 
n'eus qu'un parti à prendre pour me déterminer ; 
ce fut de balancer des noms fameux en musique 
par des noms imposans en philosophie ; je le fis : 
Jiacon, Descartes, Locke, Condillac, Destutt- 
Tracy, furent mes enseignes, et je pus me livrer 
à mes idées les plus chères sans scrupule et sans 
orgueil. 

L'un me disait que le doute est le premier 
pas vers la vérité; l'autre, qu'il faut se faire 
des idées exactes de la valeur des mots, sans 
"quoi l'on ne voit que confusion et disputes; 
celui-ci, de bien examiner l'ordre de la géné- 
ration des idées, et de s'y conformer dans toute 
exposition de matières; celui-là, de recueillir 
des faits nombreux et variés, d'examiner ce 
qu'ils renferment, et de n'admettre pour vrai 
que ce qu'on en voit sortir..... Avec de tels 
principes, si je les comprenais bien, la musique 
se présentant à mes recherches comme un champ 
tout neuf à défricher, pouvais-je n'y pas faire 
d'heureuses cultures? Tout autre que moi les eût 
(Vîtes de même; l'esprit du siècle est trop avancé 
pour que la découverte pût tarder long-temps. 



(5) 

Il n'était donc pas si mal-aisé* de la. faire; il 
l'était beaucoup plus pour moi de la faire 
recevoir, et je n'aurais jamais osé l'espérer ou 
l'entreprendre si je n'avais considéré que mes 
propres fdrces ; mais bientôt je vis que je devais 
tout attendre de l'époque seule où je me trouve 
heureusement placé. En effet , aujourd'hui tous 
les esprits sont ouverts aux vérités nouvelles, 
ou, si l'on veut, aux nouvelles applications d'an- 
cîenncs vérités : les découvertes extraordinaires 
se succèdent si rapidement depuis un quart de 
siècle, qu'on n'ose presque plus croire à l'im- 
possibilité d'aucune. L'amour de la vérité est 
devenu une vraie passion ; l'ancienneté des 
erreurs ne les rendant pas plus respectables, on 
peut les attaquer sans ménagement; et personne 
ne se croyant plus intéressé à les défendre, 
chacun, dès qu'il les voit signalées, se dispose 
à les bien examiner. Comment la vérité ne 
sortirait-elle pas du concours de tant d'examens? 
Cette tendance générale des esprits est donc 
extrêmement favorable au progrès des lumières 
et des découvertes, en môme- temps qu'elle en 
est la suite inévitable ; d'ailleurs, elle ne peut 
effaroucher que l'erreur ou la mauvaise foi , qui 
sont deux si grands iléaux pour la société. 
Ainsi, j'avais lieu de croire que mes idées 



\ 



(6) 

seraient, examinées soigneusement, sï toutefois 
je les présentais appuyées d'un résultat utile. 
Il ne me fallait pins que les mettre moi-même 
à exécution ; c'est ce que j'ai fait avec d'autant 
plus d'espoir de succès, que j'avais sous les jeux 
un exemple encourageant : je veux parler de 
la révolution opérée en chimie -de nos jours. 
Ne sait-on pas qu'elle est due à l'exacte appli- 
cation des mêmes principes ? Qu'on lise la belle 
préface de Lavoisier, à la tête de ses Elémens 
de chimie, on y verra signalées les grandes idées 
de Condillac et de Bacon , comme étant le fil 
d'Ariadne qui doit "nous tirer en tous temps du 
labyrinthe des erreurs. 

Je déduisis donc promptement de. mon. sys- 
tème ses conséquences pratiques; je disposai 
mes moyens, je les mis autour de moi en action. 
Le succès a répondu complètement à mon at- 
tente, et mes concitoyens ont vu avec étonne- 
ment les effets que je vais décrire. 
. De jeunes enfans de sept à neuf ans ont pu 
chanter au bout de huit mois, à livre ouvert, 
une classe étendue de morceaux de musique 
dans tous les tons, tous les modes, et à toutes 
les clefs; un autre élève de l'âge de douze ans, 
dont par conséquent l'intelligence est plus affer- 
mie , a pu faire les mêmes choses au cinquième 



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(7) 

mois; et si «ne pièce de musique renferme de 
vraies difficultés , trois ou quatre lectures consé- 
cutives les mettent tous en état de les vaincre 
d'eux-mêmes, et de la chanter couramment. Si 
je leur délivre, la veille, des parties qui leur 
soient inconnues d'un morceau d'ensemble, ils 
peuvent le lendemain exécuter cet ensemble 
avec pureté et correction ; ils savent donc étu- 
dier seuls, sans instrument et sans maître, une 
musique proposée. Dans ce cas ,-ils ne manquent 
point d'en faire l'analyse, et de remarquer à la 
lecture les changemens de ton et de mode qui 
se succèdent dans le cours du morceau : mettre 
des paroles à un air ne leur est pas plus difficile. 
On conçoit, en eiTet, qu'ils doivent le faire 
aussi couramment , aussi vite qu'ils peuvent en 
lire les notes; enfin, ils prennent sous la dictée, 
avec mesure et volubilité , toutes les notes des 
airs qu'on leur chante , et chaque jour ils m'ap- 
portent par écrit des airs qu'ils ont notés d'eux- 
mêmes, les sachant par cœur, ou qu'ils ont 
saisis, phrase par phrase,' à ces orgues dits de 
Barbarie j qui parcourent la ville. 

Les personnes qui ont vu particulièrement 
naître et se multiplier ces résultats, n'en étaient 
pas moins frappées à l'origine qu'elles l'ont été 
à la fin. Les progrès étaient si rapides, qu'on les 



(8) 

mesurait distinctement d'une semaine à l'autre. 
Pour moi, je ne trouvais d'étonnant en tout ceci 
que tâtonnement même des spectateurs. Je 
ne réfléchissais pas que chacun ne pouvait 
juger ce qu'il voyait qu'avec ses propres idées, 
et par comparaison à ce qu'il avait vu jusqu'a- 
lors; que moi- même j'avais amené cet étonne- 
menl des esprits en cachant mes moyens à tous 
les yeux, quoique ce ne fût que pour me mé- 
nager l'agrément d'opérer avec tranquillité, à 
l'abri des critiques prématurées. 

Pendant que je travaillais à Bordeaux à pro- 
duire ces ellels, j'adressai à Paris, à la Société 
d'instruction élémentaire , le manuscrit conte- 
nant l'exposition de ma méthode. Je proposais 
à la Société do l'introduire dans ses écoles, 
comme étant un moyen lies-économique et 
près qu'infaillible de rendre populaire en France 
la connaissance de la musique. J'accompagnais 
ma proposition de quelques considérations mo- 
rales que je crus propres à l'appuyer. La Société 
répondit à mon hommage par des lettres flat- 
teuses , où j'appris qu'elle s'était interdit jusqu'à 
nouvel ordre d'ajouter aucune autre branche 
d'étude A celles qui occupent aujourd'hui ex- 
clusivement les élèves de ses écoles. Dans le 
même temps, j'envoyai un Mémoire pareil au 



(9) 

Secrétaire perpétuel de V Académie des sciences. 

Au surplus, il ne faut regarder l'ouvrage que 
je public aujourd'hui que comme une exposi- 
tion rapide de mes idées , qui manque peut-être 
de détails suflîsans en quelques points; mais je 
ne pouvais pas y en mettre davantage, sans 
changer tout-à-fait de plan. Cependant j'espère 
en avoir assez dit pour être entendu de ceux 
qui voudront bien me lire avec réflexion. C'est 
dans le Traité élémentaire dont j'ai parlé, et 
dont je m'occuperai désormais plus sérieuse- 
ment que je n'ai fait jusqu'ici, qu'on pourra 
trouver un corps complet de doctrine musicale. 

Ma iule nant je vais exposer avec détail les 
considérations particulières et les réflexions 
générales qui m'ont conduit insensiblement à 
la découverte de ma méthode, ainsi que les 
rapprochemenSj les comparaisons que j'ai faites 
de la musique aux autres sciences; prévenu de 
cette idée, que l'esprit n'a qu'une manière de 
raisonner, qu'une manière de se conduire dans 
la recherche de la vérité, quel que soit le sujet 
sur lequel il s'exerce. Parmi ces considérations, 
il en est plusieurs, sans doute, que le lecteur 
aura faites aussi bien que moi; mais il est né- 
cessaire que je les lui remette sons les yeux , 
pour qu'il parvienne à connaître le véritable 



\ 



( '» ) 

esprit de ma méthode ; car elle se compose de 
deux parties distinctes , dont l'une renferme 
les moyens matériels , et l'autre les moyens 
intellectuels : or, l'on sent que la première ne 
serait rien sans la seconde. 

Il faut s'attendre aussi que je parlerai quel- 
quefois de mes idées en opposition avec d'autres 
qui sont généralement répandues sur le sujet 
que je traite; car comment pourrais-je en parler 
autrement? On doit présumer que si je présente 
une méthode nouvelle, c'est parce que je la 
crois meilleure que celle dont on se sert : je dois 
donc tacher de faire sentir les avantages de .l'une 
et les défauts de l'autre. Après cela, c'est au 
lecteur à se tenir sur ses gardes, s'il me soup- 
çonne d'erreur ou de mauvaise foi: et pourvu 
que la modération règne clans mes critiques, je 
ne suis plus comptable des impressions qu'elles 
peuvent produire. 

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. 

Une chose qui étonne tous les jours les obser- 
vateurs , c'est de voir que dans le grand nombre 
de ceux qui ont appris la musique, il s'en trouve 
si peu qui sachent la lire de vive voix. La plu- 
part ont besoin d'interroger leur violon , leur 




piano, leur flûte, pour déchiffrer la romance 
nouvelle j et c'est en effet l'instrument gui k 
lit pour eux. C'est comme si l'on se serrait, 
pour lire toutes sortes de livres , de quelques 
machines propres à cet effet, dont on appren- 
drait à jouer en négligeant le moyen si expé- 
ditif de la parole. 

Voilà des idées qui font un singulier trajet : 
la vue des signes écrits fait agiter les doigU, les 
doigts excitent l'instrument, et l'instrument 
prononce la pensée. Mais pourquoi la vue des 
signes ne dit-elle directement rien à l'esprit du 
lecteur? C'est, dit-on, qu'il ne sait pas la mu- 
sique vocale. On le voit bien. Mais n'est-ce pas 

par elle qu'il lui eût fallu commencer. ou 

finir? et que résulte-t-il de ne l'avoir mis qu'au 
point où il est? Il en résulte, ce dont se plai- 
gnent tous les jours les maîtres, qu'un tel lec- 
teur ne sait pas ph raser la musique, qu'il ne 
sait pas quand il quitte un ton ou un mode , 
ni quand il y rentre : car, après tout, l'instru- 
ment ne fait que des notes ; et , pour qu'il fasse 
autre chose , c'est il l'esprit à le diriger: or, pour 
cela, il faut savoir la musique vocale, c'est-à- 
dire, la musique proprement dite. 

En effet, qu'est-ce que la musique, sinon 
l'art de -parler, de lire, et d'écrire le chant? 



( M > 

Binon une langue dans laquelle, ainsi «pie dans 
toutes, des idées (ce sont les airs) sont atta- 
chées à des signes institués pour les rappeler à 
l'esprit ? Ces signés sont ou articulés, comme les 
mots ut, ré, mi....,, 0 u écrits, n'importe de 
quelle manière; mais tant que celui qui les 
considère ne sent pas se réveiller en lui d'idées 
mélodieuses, et que réciproquement des idées 
qu'il entend exprimer ne lui rappellent pas 
leurs signes, on est fondé à dire qu'il ne connaît 
pas cette langue. 

On confond trop souvent l'artiste avec le 
musicien. Ce sont deux choses toutes diffé- 
rentes; on peut être l'un sans l'autre, et la voix 
n'a, à cet égard, aucun privilège ; elle a besoin 
d'être cultivée comme tout autre instrument. 
On peut, en sachant bien la musique, ne pas 
posséder les qualités qu'exige une agréable exé- 
cution; comme on peut, en ne lasachant pas, 
avoir une voix très -souple, très -sonore, et 
beaucoup de goût ; et c'est un préjugé de croire 
qu'il n'y ait que de belles voix qui soient ca- 
pables d'apprendre la musique vocale : toute 
voix en est capable, dès qu'elle chante juste la 
gamme, ou seulement une moitié de gamme, 
c'est-â-dire , le premier tétracorde ou le se- 
cond, car ils se ressemblent exactement. 



C .3 ) 

La voix se distingue entre les înstrumens 
comme en étant un dont tout le monde sait 
jouer; par cette raison, il doit être antérieur 
aux autres dans une étude un peu bien ordon- 
née ; et, comme chacun le porte avec soi, c'est 
celui qui est susceptible de la plus grande per- 
fection, parce qu'on y peut faire le plus d'exer- 
cice. De combien jle sentimens de l'ame n'est-il 
pas l'interprète, et dans quelles classes de la 
société , dans quelles situations de la vie n'est-il 
pas mis en jeu? C'est donc celui qui doit com- 
mander à tous. Il est le moyen immédiat que 
la nature nous donne pour exprimer nos idées 
et pour en rappeler le souvenir; il en est le 
premier signe, et c'est toujours à lui qu'elles 
se rapportent, par lui qu'elles se réveulent 
Savoir un air, par exemple , c'est le savoir 
chanter, sans parler du bien ni du mieux. Le 
compositeur qui écrit ses pensées plume cou- 
rante ne va pas en chercher les signes à tous 
les insliumens pour lesquels il écrit; c'est sa 
voix seule qui le dirige , comme il nous arrive à 
nous-mêmes quand nous écrivons une lettre (i).* 



(i) Nous lisons et nous écrivons des yeux ; mais il 
est prouvé qu'alors la parole sert d'intermédiaire tacite, 
et t[ue nous prononçons tout bas les mots que nom 



(.4) 

Ainsi, puisqu'il en faut revenir à la musique 
vocale , dès qu'il s'agit d'écrire la musique , 
mieux valait commencer par elle. 11 fallait donc, 
premièrement, mettre les signes écrits en rap- 
port avec les sons de la voix, non avec les trous, 
les touches , les cordes des instrumens. La 
science du musicien est donc dans la musique 
vocale avant toute autre; c'est-à-dire, qu'elle 
est dans la musique, ce qui est assez évident. 

Si l'on trouve peu de personnes en état de 
lire oralement la musique , on en voit bien 
moins qui soient en état de l'écrire , c'est-à-dire , 
d'écrire un chant sous la dictée d'un instru- 
ment , sans être obligées de faire au leur la 
même interrogation phrase par phrase. Aussi 
peut-on dire que le talent de celles qui attei- 
gnent à ce degré n'est pas tant le produit des 
méthodes d'enseignement, que celui de l'heu- 
reuse organisation et du travail de l'individu. 

Quand on réfléchit qu'il n'est presque per- 
sonne qui ne chante des poésies légères , per- 
sonne qui ne retienne aisément en mémoire des 



s personnes qui 



x d'habitude 

sont obligées do, faire un petit mouvement des'lÈvres. 
(Voycï* la -dessus MM. de Destl-tt-Teagï , Cos- 
mu.10, etc.) . . 



( ,5 ) 

airs même difficiles , on s'étonne que la musique 
ne soit pas plus généralement connue, dans ta 
justè acception de ce mot; on se demande 
comment il se fait qu'on apprenne en trois ou 
quatre ans les inat.lu'maLiijui^ , ru sis ou huit 
ans le latin, les lettres, l'histoire, et que dans 
le même temps on ne sache pas suffisamment 
la musique. Mais quand on compare le grand 
nombre de ceux qui l'ont apprise au petit 
nombre de ceux qui parviennent à la savoir, 
alors on est effrayé de la disproportion, et l'on 
en veut connaître la cause ; vainement on îa 
chercherait dans la différence des esprits, il 
me serait aisé de démontrer qu'elle n'y est 
point : il la faut donc chercher dans les moyens 
d'instruction. 

Or, en toute autre étude on a deux moyens 
de s'instruire, le» maîtres et les livres; mais en 
musique , c'est différent : on est dénué du second 
moyen, et pour ainsi dire réduit au premier. 
Un Traité élémentaire de musique, une simple 
exposition analytique des principes de cet art, 
qui soit puisée dans l'observation de la pure 
pratique, est un ouvrage encore à naître; car 
je ne pense pas qu'on prenne pour des expo- 
sitions analytiques nos solfèges, nos méthodes 
vocales et instrumentales, qui ne présentent 



rien a l'esprit que de la musique à lire. On ne 
les regarde , sans doute, que comme des collec- 
tions de phrases, de passages, d'exercices enfin 
pour délier les doigts ou le gosier; j'entends, 
par line exposition analytique , un livre tel 
qu'un homme de sens pût y apprendre la mu- 
sique tout seul s'il y était condamné, et que, 
tous nos musiciens venant à se perdre dans une 
nuit, leur art ne fût pas néanmoins perdu pour 
le genre humain. 

Cependant, pourrait-on dire, n'est-ce pas 
par ces méthodes qu'ont été formés nos grands 
musiciens? Non, répondrais- je , ce n'est point 
par elles, c'est maigre elles. Tout homme lancé 
dans une fausse roule , et qui s'en aperçoit, se 
hâte d'abord d'en sortir; mais l'on aurait tort 
de dire ensuite que c'est par elle, puisqu'il y 
est entré , qu'il arrive à son terme. De même 
l'homme de génie, entravé par les préjuges 
d'une fausse éducation, s'en débarrasse bientôt; 
il régénère ses idées sur un plan qu'il est seul 
capable de concevoir. C'est ainsi que se sont 
formés nos grands musiciens ; c'est ainsi que se 
sont formés nos grands hommes de tout genre. 
Le mal est pour nous que ces génies élevés' n'aient 
pas voulu prendre la peine, de nous développer 
leur plan de réforme, soit qu'ils y attachassent 



' ( '7 ) 
trop 011' trop peu de pris; nous saurions aujour- 
d'hui, probablement des choses qui, feront à 
l'avenir la matière de bien dès découvertes. • 

ESPRIT DE LA MÉTHODE. 
H est singulier que l'on ait toujours com- 
mencé ce genre d'enseignement par parler aux 
veux de l'élève , au lieu de parler plutôt à ses 
oreilles ; il semble , en effet , qu'on, devrait lu! 
enseigner le langage oral de la musique avant 
de luienenscignurie langage écrit. Par exemple, 
on ne s'avise pas d'apprendre à parler à un 
enfant par le moyen de la lecture, et de lui 
mettre un livre sous les yeux pour l'instruire à 
prononcer des paroles; c'est néanmoins ce que 
l'on fait ici : on fait chanter l'élève sur le livre , 
on le fait Sr'e avant qu'il sache solfier en chantant 
ou qu'il sache parler. Dira-t-on qu'on lui apprend 
ainsi l'un et l'autre à h ibis? Mais l'expérience 
dément- cette assertion ; car on voit trop peu 
d'élèves qui, sortant dos mains de maîtres, 
sachent parler la musique, c'est-à-dire chanter 
par cœur des airs sur les syllabes de la gamme 
aussi aisément que sur les syllabes d'un couplet. 

Prenons un autre exemple. Croit-on qu'on 
enseignerait la numération à un enfant en lui 
mettant des chiffres à lire sous les yeux, si 



(.«) 

déjà il ne connaissait au juste ia .signification 
des noms que portent ces chiffres? Non, sans 
doute ; il ne -parviendrait de cette manière qu'à 
articuler à la vue de ces signes des mots cons- 
tamment les mêmes et différemment combinés, 
mais dont il ne sentirait point la valeur, quiest 
le rapport de ces mots aux choses extérieures. 
Ainsi, par exemple, vainement une collection 
d'objets s'offrirait à sa vue , il ne saurait pas la 
compter; c'est-à-dire, déterminer le nom qui 
lui convient dans la nomenclature des nombres 1 . 

C'est exactement ce qui se passe en musique. 
Les chiffres dont je parle sont les notes écrites 
dans les portées; ces notes ont des noms lit, ré, 
mi..... qui ne présentent aucune idée à l'élevé 
qui commence. Or, on ne lui enseigne à rap- 
porter ces noms qu'aux signes écrits, et point 
aux sons extérieurs qui viennent frapper- son 
oreille sous diverses propriétés; il en résulte 
que l'élève, après trois ou quatre années d'une 
étude si stérile, écoutant chanter un air, il lui 
est impossible d'en dénommer les sons dans 
l'ordre où ik se succèdent, parce que la valeur 
des mû ts ut , ré, mi . . . n'est pas encore déterminée 
dans son esprit, et qu'il ne peut les rapporter 
à rien de ce qu'il entend , quoiqu'il soupçonne 
■ peut-être qu'ils furent faits pour cela. Et remar- 



! '9) 

quez aussi que la même cause doit l'empêcher 
de lire uo air écrit; car il est incontestable que 
nous ne savons lire que par l'intermède de la 
parole. 

Serait-il donc difficile d'établir entre ces noms 
et les idées qu'ils désignent une liaison si forte, 
si durable dans l'esprit de l'élève, que toujours 
le nom appelât subitement l'idée, et toujours 

l'idée subitement le nom î J'en imagine un 

moyen. - -•' 

En effet, rien n'est si ordinaire que de voir les 
enfans chanter par cœur une foule de chansons 
qu'Us apprennent d'eux-mêmes : qu'on substitue 
les notes articulées de la gamme aux paroles 
inutiles de ces couplets , et l'on aura des enfans 
musiciens qui n'auront pas songé à le devenîr. 
Comment s'opérera ce prodige ? Le voici : en 
voyant tous les airs possibles ramenés à un ton 
unique et exprimés avec sept noms continuel- 
lement répétés , il faudra bien qu'ils attribuent 
k retour des mêmes mots au retour des mêmes 
idées; ils en feront la comparaison dans leur 
esprit, et bientôt, en entendant un air quel- 
conque, ils sauront en dénommer tous les sons, 
ils sauront le solfier. Qu'y a-t-il la da plus diffi- 
cile pour eux que d'apprendre la valeur des 
mots de leur langue maternelle ? Certes, on ne 



ç*0 

leur a pas défini ces moLs pour les leur ap- 
prendre ; on eût été trop embarrasse de le faire. 
Mais ils ont vu dans quelles circonstances ils 
sont employés; ils les ont remarquées, et il n'en 
fallait pas davantage. ' 

Il est nécessaire de s'arrêter sur cette idée, et 
de s'assurer que ce n'est pas par des définitions 
que nous apprenons la valeur des mots, mais 
par l'analyse continuelle des circonstances dans 
lesquelles nous les voyons employés. 

D'abord , les sensations sont les premiers ma- 
tériaux de nos connaissances; elles deviennent 
des idées quand nous les éprouvons, comme 
souvenirs en l'absence des objets qui les ont 
causées; elles subissent dans nos lûtes, comme 
dans un creuset de cbiniisLe, diverses opérations 
qui sont dos analyses et des synthèses perpé- 
tuelles. Elles y sont soumises à l'action d'un 
a;;eiil puissant qui les rapproche et les compare ; 
et cette faculté qu'a notre esprit de les comparer 
n'est autre chose que celle d'apercevoir en libelles 
des ressemblances et des différences. C'est la- 
dedans que rentre la faculté d'abstraire; ainsi, 
tout se réduit à la comparaison de nos idées, 
tout dépend d'elle en dernier résultat. Voyons- 
en des exemples. 

Chacun sait que les enfans n'écoutent pas 



(»■ ) 

les longs discours; c'est parce qu'à leur âge ils 
ne les peuvent pas comprendre. C'est beaucoup 
qu'ils arrêtent leur attention sur de petites 
phrases; mais c'est ce qu'ils font, parce que 
leurs besoins les y ramènent sans cesse. On 
imagine aisément comment ils apprennent la 
valeur de l'espèce de mots qu'on nomme des 
substantifs physiques. Ce n'est pas pourtant 
sans analyses qu'ils y parviennent; car, lorsque 
je fais passer sous les yeux d'un enfant, en 
prononçant leurs noms, une boite, une montre, 
une chaise, l'idée qu'il prend de ces mots est 
composée de celle de la chose et de celle de ma 
personne et des actions que j'ai faites tenant ces 
objets, et des situations que j'ai prises, etc., etc. 
Ce n'est que quand il a vu varier ces diverses 
circonstances hors la première, qui est la chose 
dénommée, et hors le nom de cette chose, 
qu'il a dû rapporter à la sensation de l'objet 
-l'articulation du mot. 

Mais prenons-le au-delà de ce point, et voyons 
comment il apprend la valeur des autres espèces 
de mots abstraits, des pronoms, des préposi- 
tions, des verbes, etc. 

Premièremént , il remarque des phrases for- 
mant un sens complet, phrases qui, lorsqu'on 
les lui fit entendre, furent toujours accom- 



Diqiiizefl by Google 



(») 

pagodes do l'action , de' la situation, epfin de la 
sensation qu'elles signifient , et que l'enfant 
«prouvait à l'instant même de l'audition; il se 
forma donc ainsi dans son esprit une liaison , 
une association durable entre le signe et la chose 
signifiée. Mais croit -on qu'il s'apercevait au 
même moment que la phrase fût composée de 
divers mots et les mots de syllabes distinctes ? Il 
s'en faut bien : la phrase n était pour lui qu'un 
tout continu où il ne remarquait point de par- 
ties; c'était un fil parfaitement uni, glissant sur 
le nerf auditif d'un mouvement uniforme, et 
dont aucun nœud n'interrompait la vitesse égale. 
L'idée aussi n'était qu'une masse à ses yeux : 
Pierre marche, le chapeau est sur la fable _, ne 
lui parurent d'abord qu'un tout sans distinction 
de parties, ni dans la phrase ni dans l'idée qu'elle 
représente : bientôt il en fit l'analyse. 

À nue certaine époque il connaissait , je 
suppose , ces deux phrases : Pierre marclie, Paul 
marche. Il les compafa; il reconnut leur res- 
semhlance à l'égard du mot marche, qui leur 
est commun, et leur différence à l'égard des 
mots Pierre et Paul; et comme il compara en 
même-temps les idées que ces ntots expriment 
et auxquelles ils sont lies, il en reconnut aussi 
Ju ressemblance dans l'action de marcher, et la 



( a 3 ) 

différence dans les individus qui Taisaient cette 
action. Dans un autre temps, il compara l'une 
des phrases précédentes à celle-ci , qui lui était 
nouvelle ; Pierre parle. La différence des mots 
parle et marche , et celle des actions signifiées 
par ces mots, lui fit voir à quelle idée corres- 
pondait le mot parle; ce qui lui fut encore 
confirmé par la comparaison des phrases pré- 
cédentes à cet autre : Paul parle, et par toutes 
ses comparaisons ultérieures; On verrait de la 
même manière comment il acquit la Valeur des 
mots dans, sur, etc. Ce fut, jeSuppose, parla 
comparaison de ces phrases-ci et des sensations 
auxquelles elles répondent : chapeau sur table , 
chapeau sur chaise, moptre sur table, montre 
dans boite , monù-e dans armoire , chapeau dans 
armoire, etc., etc. 

Concluons qu'il n'est pas d'idée , si abstraite 
qu'elle soit, si éloignée du contact immédiat 
«le dos sens, qui n'ait été' acquise par ce pro- 
cédé ; poursuivons- en l'application en musique. 

Je suppose, comme je l'ai dit plus haut, 
qu'un enfant ait dans sa tète un certain nombre 
d'airs qu'il a retenus, attachés aux syllabes de 
la giimtnc; voyons ce qui se passera dans son 
esprit D'abord, ces airs lui étant devenus fami- 
liers, les phrases lui en reviendront souvent 1 



CM) 

lu bouche tronquées et en désordre ; il en fera 
lu comparaison en iiiîIIp manières. 11 s'en, trou- 
vera deux, par exemple, qui auront des sons 
communs, <♦ par cou^quent les mêmes mots 
pour désigner ces sons : cette remarque ne 
pourra lui échapper. Supposons qu'il l'ait faite 
sur ces deux phrases, l'une de l'Amour filial, 
l'autre de Richard Cieur-de-lion : 

O Ri-cliard, 4 mon Roi! 

ml loi ul mi «| ul 

Il sentira pourtant que ces phrases ne se res- 
semblent pas en tous points; mais comme il ne 
verra rien dans l'intonation qui les différencie, 
il sera forcé de reconnaître que c'est par la 
durée des sons que l'une se distingue de l'autre. 
Il réitérera ses comparaisons sur d'à litres phrases ; 
il arrivera aux mêmes conséquences. Dès-lors, 
il s'élèvera tout seul à ce principe : que les mots 
sol, utj sij ré, etc. se rapportent à des inflexions 
différentes de la voix , et nullement, aux diverses 
durées des sons. D voudra de suite faire l'essai 
de son principe ; car c'est bien le sien : il me 
semble le voir transporté du plaisir de l'avoir 
découvert, et dans l'impatience de se le con- 
firmer, foire un nouvel assortiment des sons qui 



( =5 ) 

entrent dans les phrases qu'il a comparées, les 
chanter sous les mêmes noms, dans le même 
ordre de succession, mais sous des durées diffé- 
rentes , et demander à tous cent qui l'entourent 
s'il ne nomme pas bien les sons qu'il fait entendre. 

Ce premier pas était pour lui le plus difficile 
à faire j il lui fallait séparer deux idées qu'il avait 
jusqu'alors confondues, en attribuant à chaque 
mot solutmi, etc. , la double propriété de dési- 
gner et l'intonation et la durée du son. Désor- 

devenues plus faciles, vont se multiplier indé- 
finiment. Bientôt il connaîtra au juste lu vraie 
propriété des mêmes mots; il les combinera au 
hasard, il en fera lui-même des phrases aux- 
quelles il ne manquera peut-être que d'une 
certaine mesure pour être agréables. 

Mais voyons de plus près quelle idée il se 
sera faite des syllabes de la gamme. Ces syllabes 
lui rappelleront-elles chacune un son fixe, une 
intonation déterminée !' Sa glotte se sera-t-cllo 
disposée comme un piano qui ne peut sonner 
un fa qu'au degré que donne telle touche, et 
au ton où l'on a monté l'instrument î Non , il 
n'en sera pas ainsi: an/a j un sois ne seront pas 
pour lui des qualités absolues comme le vert ou 
le rouge. Ce.seront des qualités relatives au ton 



(.6) 

qu'il voudra prendre pour chanter. Donnez-lui 
un ut arbitraire, ou bien qu'il le prenne de lui- 
même, comme c'est sa coutume, et de suite il 
vous exprimera le fa de cet ut, le sol de cet ut, 
non le fa et le sol de tel piano : un autre ut 
appellera dans sa pensée un autre fa, un autre 
sol. Proprement il est encore plus avancé qu'on 
n'imaginait; il s'est élevé jusqu'aux idées géné- 
rales de tonique.,, de imidiante, de dominante, de 
sensible, etc. ; et ce sont vraiment ces idées 
qu'il entend désigner par les noms ut, mi, sol, 
si, etc. Gomment donc a-t-il généralisé jusques- 
là î Très- facile ment : le voici. J'ai dit que j'avais 
ramené à un même ton tous les airs que je lui 
enseignais; ce n'est pas à dire qu'il les ait tous 
chantés sur le même ton , on sent que la chose 
lui aura été souvent impossible; mais c'esUà- 
dire qu'il en a toujours dénommé ies sons comme 
si le ton fût resté le même , et tel par exemple 
que celui d'ut naturel. Par-là, je l'ai empêché 
d'attacher au nom d'ut l'idée d'aucun son déter- 
miné, puisque souvent il aura eu besoin de 
changer d'ut en changeant d'air, que souvent 
aussi il aura changé d'ut sans nécessité, ët que 
d'autres fois encore il aura changé d'air sans 
changer d'ut. D'où il arrive qu'il n'a pu lier ces 
noms qu'à des intervalles de sons et non à des 



<'7) 

sons fixes. Ne lui demandez donc pas de voua 
chanter u» sol isolément, il ne saurait ce que 
vous voulez dire , ou bien il supposerait d'abord 
un ut pour terme de comparaison ; maïs de- 
mandez-lui de vous chanter deux ou plusieurs 
eons dans un ordre que vous déterminerez vous- 
même : sol -, ndj sol, ré, la, fa, ré, si, ut; comme 
tous ces intervalles sont bien gravés dans sa tête, 
tant majeurs que mineurs, il n'en manquera pas 
un. 

Ce serait une grande absurdité que de vouloir _ 
que l'élève attachât aux notes de la gamme l'idée 
d'un degré de son invariable, parce que, dirait 
on, ils se rapportent à des touches déterminées 
du clavier; comme si c'est une chose à pouvoir 
retenir en mémoire que la gravité absolue d'un 
ma; comme si nous pouvions retenir exactement 
autre chose que les degrés relatifs de gravité, 
appelés intervalles; et comme si ce n'était pas 
là aussi le point essentiel, celui qui nous fait 
reconnaître un air pour même en divers temps 
et en diverses bouches, le seul enfin par où la 
musique puisse être écrite et lue. Et où est, 
dans la nature, ce degré fixe d'intonation auquel 
on voudrait ramener la lecture de la musique? 
Est-il dans la voix humaine soumise à toutes 
les influences de l'atmosphère? Est-il dans les 



(as) 

ïnstrumens soumis aux mêmes influences, et 
encore au caprice de ceux qui les accordent? 
Tous les instrumens du monde sont-ils montés 
eu même ton ? Et quand on parle du ton de sol, 
par exemple, l'entend-on à la chapelle comme 
à l'opéra, à la capitale comme en province, en 
France comme en Italie î S'il n'en est pas ainsi, 
pourquoi vouloir mettre dans la tête des élèves 
une idée vague de son fixe , dont ils ne retirent 
d'ailleurs aucun profit pour l'exécution ? Car les 
musiciens savent bien que ce n'est pas sur cette 
idée qu'ils se règlent eux-mêmes pour lire la 
musique; c'est sur la relation des notes dans 
chaque ton. C'est donc cette relation qu'il faut 
faire connaître aux élèves; or, pour qu'ils la 
connaissent dans tous les tons, il suffit qu'ils la 
sachent bien dans un seul qui soit le type origi- 
, naire des autres. D'un ton à un autre, il n'y a 
rîen de changé que les noms des notes ; mais les 
rapports demeurent les mêmes; et quand on 
songe à la facilité qu'il y a pour tout le monde 
de transporter un air connu sur des paroles 
nouvelles, on conçoit de même qu'il est facile 
de transporter un ton connu sur un autre ton, 
pour en dénommer les notes différemment. 

11 est si peu vrai qu'on lise une à une les 
notes de la musique comme les syllabes du 



(=9) 

discours, et qu'on attache à chacune d'elles 
une idée absolue de son fixe, comme on attache 
aux syllabes une idée fixe d'articulation de voix , 
qu'il n'est pas de chanteur, quel qu'habile qu'on 
le suppose, qui soit capable d'exécuter des pas- 
sages enharmoniques* c'est-à-dire , par exemple, 
des phrases où se trouveraient consécutivement 
un la dièse et un si bémol. Or, qu'on ne croie 
pas que la difficulté de cette intonation vienne 
du manque de souplesse de la voix pour ex- 
primer un si petit intervalle ; car, en renversant 
l'intervalle et le ramenant à l'état de septième 
où l'on ne peut plus dire qu'il soit trop petit, 
la difficulté reste néanmoins la même; c'est 
parce qu'elle consiste toute entière à rapprocher 
les idées de deux tons que les lois de la modu- 
lation rendent extrêmement éloignés, et aux- 
quels appartiennent les deux sons qu'on voudrait 
faire entendre. Mais, sans chercher si loin des 
exemples, ne sait-on pas qu'il est impossible 
d'entonner l'un sur l'autre deux demi - tons 
mineurs, comme les offrirait ce passage : 7a 
bémol— la — la dièse, quoique pourtant il soit 
aisé d'entonner deux demi -tons majeurs de 
suite, comme sol dièse — la — si bémol? Et si 
l'on veut ne considérer qu'un seul demi -ton 
mineur la — la dièse, quoiqu'il ne soit pas 



(3o) 

impossible de l'entonner posément accompagne* 
d'un >i naturel, ne «ait-on pas néanmoins qu'il 
est impossible de s'y arrêter et d'y faire une 
batterie comme on la ferai! sans peine sur le 
demi-ton majeur la — si bémol î Qu econelure 
de tontes ces circonstances réunies, siuou que 
tes signes de la musqué ne sont pas faits pour 
rappeler des sons fixes à l'esprit du lecteur, et 
qu'ils ne peuvent lui représenter que des rap- 
ports ? ' ■ 

Quoiqu'il en soit, voilà donc, par l'effet de 
la méthode que j'ai décrite , des enfans sachant 
solfier en chantant, c'est-à-dire, sachant parler 
la musique, sans avoir jamais eu une note sous 
les yeux, sans savoir ce que c'est qu'une clef, 
qu'une blanche, qu'une noire, qu'un demi-ton; 
or, je dis qu'alors ils savent la lire et l'écrire 
( du moins à l'égard de l'intonation ). Cela n'est-il 
pas évident, s'ils savent tracer des caractères 
avec la plume ? Voici comment ils écriront, 
d'abord, la première reprise de l'air de Ga~ 
brielle, par exemple ; 

soi sol ut si la sol ut ut mi sot mi ut ré ut. 

Si ce n'est pas là tout-à-fait la notation de cet 
air, on conviendra qu'il s'en faut bien peu, et 
qu'il sera facile de perfectionner cette ébauche , 



(3.) 

pu leur faisant remarquer qu'il y entre des sons 
aigus et graves qui portent le même nom, et 
des sons d'inégales durées que rien ne distingue 
ù la vue. Ce sera alors le lieu de leur apprendre 
ii distinguer dons récriture les diverses octaves 
d'un son par des pointa marqués au-dessus ou 
au-dessous du mol qui le représente; puis de 
leur faire séparer sur les signes, comme elles 
le sont dans l'esprit, le3 durées égales appelées 
leniji.'i, qui sont composées tantôt d'un son unique 
ou d'une prolongation de son, tantôt de plu- 
sieurs sons brefs réunis ou entremêlés de silences. 
Enfin, ils apprendront bientôt à former des 
mesia-es par un nombre égal de temps, soit de 
deux ou trois ou quatre; alors ils écriront de 
celle manière, très-claire et très- correcte , la 
jnéroe idée : 

Qu'ensuite, pour abréger, on substitue aux 
mois des lettres a b ç d e fg, ou des chiffres 
i a 3 4 5 6 7, ou des portées, ou tout ce qu'on 
voudra, et l'on aura ces nouvelles notations 
plus simples que la précédente, et tout aussi 
bien qu'elle entendues des élèves : 

lff« ) it" |«V*1 t>JT4 I ^ Il 



(3a) 

Je ne m'étends pas davantage sur ce qui con- 
cerne la notation et la mesure, parce que j'y 
jevicti Jr;ii ailleurs, et qu'à présent je n'ai en 
vue que de prouver cette thèse , que l'intonation 
à l'aspect des signes est la principale difficulté 
en musique , et que cependant il est possible et 
même liiciie de l'enseigner aux commençans, 
quoique jusqu'à ce jour on ait mal réussi à le 
faire. J'espère avoir démontre ce point, et qu'il 
résulte de mes analyses cette- conséquence sin- 
gulière , mais pourtant incontestable, que le fait 
qui a paru le plus étonnant dans mes-élèvcs, 
je veux dire cette légèreté avec laquelle ils 
prennent les notes dés airs qu'ils entendent, et 
qui ne se trouve que chez les musiciens exercés j 
en un mot, la facilité qu'ils ont de parler la 
musique est précisément le moyen qui fait qu'il* 
'savent la lire. En effet, comment ne la liraient- 
ils pas, s'ils savent au juste, non par définition , 
mais par sensation, ce que valent les' mots de 
sot, de mi, d'flïj de fa; s'ils voyent, pour ainsi 
dire, le son attaché à ces syllabes, et s'il leur 
est impossible d'en nommer une sans faire éclater 
à la fois ce son qu'elle porte avec elle î Mais 
essayez de leur déguiser ces noms sous de cer- 
tains signes tels que vous voudrez en imaginer, 
qu'arrivera-t-il ? que d'abard ils chercheront des 



DiginzodJl^ Google 



( 33 ) 

mots où vous aurez mis des signes ; qu'avec très- 
peu d'effort ils vont bientôt savoir les dénom- 
mer, et que dès-lors vos signes nu seront [dus 
pour eux que ooiumc les mots dont ils tiennent 
la place; ils n'y verront réellement que ces 
mots, et tout se passera, malgré vous, comme 
si vous aviez écrit en toutes lettres. 

A la vérité, vous pouvez faire vos signes plus 
on moins difficiles à nommer, plus ou moins 
indistincts à la vue ; les nuancer par de si légères 
différences, que vous les oublieriez vous-même 
après les avoir élablies.(i). Si, plus encore, il 
fallait l'aire un calcul pour parvenir à dénommer 
vos signes; si le nom de chacun était non-seu- 
lement subordonné au nom du précédent , mais 



(i) C'est ce qui arrive infailliblement pour ces de.n 
signe, p 1 , <l«"t le premier s'appelle , 0U pir, r l J e 
«econd demi-soupir , et pour ces detra-ci — , qu'on 
appelle pause et dtmi-paast. J'oserois arïiruiTr que In 
lecteur, aprèi avoir lu imgt fois celle note, confondra 
encore ces dera signes, el attribuera j Ton le nom de 

lement, il faut dire qu'ils non! pas besoin de savoir- 
mieux les dislinguer, el qu'ils ne s'en inquiùlent jamais 
quand ils exécutent, parce qu'ils jugent facilement du 
vide de la mesure, en îoyant quelle nartic est ocaiiiut. 



C M ) 

encore à la position respective qu'il aurait prise 
à son égard ; s'il fallait continuellement dé- 
compter de l'un à l'autre plusieurs degrés in- 
termédiaires , et pourtant franchir ces degrés 
d'un clin-d'œil; et si à ce premier calcul, déjà 
considérable pour la nomination des notes, il en 
fallait joindre un second non moins compliqué 
pour en découvrir la durée, alors, convenons- 
en, l'élève trop occupé de ce double calcul, 
tant qu'il ne lui est pas devenu familier, ne 
lira pas si vite sur de tels signes que su/ d'autres 
mieux choisis. Vous lui avez masqué les mots 
qui contiennent sa science et sur lesquels il 
fondait .sa lecture ; il les cherche dans une loi 
compliquée où vous lesavez assujettis, et comme 
dans une énigme où vous les auriez renfermés; 
.mais remarquez qu'il ne cherche point Vidée. 
S'il hésite, c'est sur le mot, non sur la chose: 
s'il se trompe, ce sont ses yeux qui jugent mal 
des distances, non son esprit qui ne peut mal 
juger des rapports qu'il connaît II vous nom- 
mera peut-être un /a pour un sol; mais si vous 
l'écoutez, c'est bien un/h qu'il chante , et point 
un autre son. Au reste, ses jeux ne le trom- 
peront pas long-temps ; il apprendra bientôt 
ce singulier calcul qui n'est pas de la science, 
et vous pourrez sous peu lui en proposer quelque 



(35) 

iutre qu'il apprendra de même. Ne voit-oh pas 
que tous ces signes et tous ces calculs sont in- 
dépendans de la science musicale? que cette 
science existera toujours hors des signes par 
lesquels on en écrira les idées, et quels que 
soient ceux de. ces signes auxquels l'usage voudra 
se fixer? 

Si l'on disait que des enfans instruits de cette 
manière ne seront pas distingués plus que 
d'autres par une adresse étonnante à se servir 
de leur voix ou d'un instrument, que si jeunes 
ils ne seront pas artistes enfin , je répondrais 
d'abord que la méthode n'avait pas ce but; 
mais qu'ils seront musiciens qu'ils sauront lire 
et écrire les idées mélodieuses j et que c'est 
par-là qu'il fallait commencer. En outre , qui 
ne voit qu'ils deviendront artistes aussi , et 
beaucoup plus sûrement et plus vite que les 
autres élèves? C'est parce que leur imagination 
et leur voix auront un sujet continuel d'exercice 
dans les signes articulés. Les autres élèves ne 
savent étudier qu'au pupitre ; les miens étudie- 
ront en tous lieux et à toute heure, même en 
jouant et en sautant beaucoup plus qu'à l'école. 

Puis donc que tout dépend de faire parler la 
musique à l'élève avant de le mettre à la lire, 
avant de lui poser un cahier de notes tous les 



(36) 

yenx, avant de lui dire qu'il y ait des notés art 
monde, toutes nos vues doivent tendre à ce 
point capital. J'ai dit que pour y parvenir il 
suffirait, à la rigueur, de graver dans sa mé- 
moire un certain nombre d'airs, ou seulement 
de phrases musicales ramenées dans un même 
ton, et de s'en rapporter ensuite à la seule 
activité de son esprit du soin de faire sur ces 
phrases les analyses nécessaires ; mais le comble 
de la perfection serait de trouver un moyen de 
diriger nous-mêmes à tout moment sa pensée 
sur les endroits où nous voudrons qu'elle opère , 
sans être obligés d'attendre que le hasard l'y 
amène par des détours. 

DÉVELOPPEMENT DE LA MÉTHODE. 

C'est ici que je vais- découvrir le grand ressort 
mécanique de ma méthode - en même temps, 
je dirai quelles forces intellectuelles le mettent 
en action et lui font produire des effets aux- 
quels on était loin de s'attendre. On verra les 
mouvemens d'une simple baguette déterminer 
les accens de mille voix confondues, en diriger 
les inflexions par les plus délicates nuances , en 
régler le concours ave eu ne admirable précision; 
toutes sortes d'airs sC dessiner sur une toile en 
traces fugitives, et passer instantanément dans 



L'i 1 1 : :'a b, 



(37) 

l'esprit des chanteurs: ceux-ci, étonnés de 
n'avoir qu'une même pensée , d'obéir de concert 
aux mêmes impressions , et d'exprimer de leur 
bouche des chants infiniment variés dont ils 
n'avaient pas d'idée, et dont il ne reste plus 
même de traces dans leur esprit ni sous leurs 

Qu'on se figure peinte sur une toile une 
échelle à larges barreaux, à grandes dimensions, 
et devant cette toile un nombre d'élèves ras- 
semblés, dont les yeux observent curieusement 
le bout d'une baguette qui se«mcut parmi les 
barreaux de l'échelle, conduite par une main 
suivant de certaines J ois. ( V yez la gravure en tète 
du livre). 

Ces barreaux et les intervalles qu'ils laissent 
entr'eux retracent à l'esprit des élèves la dispo- 
sition consécutive des sons de la gamme; en les 
faisant servir concurremment à la distribution 
des sons, on abrège de moitié la longueur de 
l'échelle; en outre, comme ils sont distingués 
par deux couleurs alternatives, on les aperçoit 
sans confusion, et le compte eu est plus aisé à 
faire à la vue. D'un autre côté, les élèves étu- 
dient sur cet appareil les portées ordinaires de 
musique , apprenant à y mesurer les intervalles 
ensemble de l'oeil et de la voix; proprement, ce- 



(38) 

n'est qu'une telle portée qu'ils ont sous les yeux , 
mais dont les fileta ont une largeur sensible. 

On ne voit ni clefs ui notes sur cette échelles 
les notes sont toutes au bout de la baguette, 
tant en durée qu'en intonation : en intonation, 
puisque la baguette s'élève et s'abaisse à divers 
barreaux ; en durée , puisqu'elle y repose plus 
ou moins de temps au gré du maître qui la dirige. 
Il n'est pas besoin, en effet, que les notes se 
présentent en nombre à l'élève qui commence, 
puisqu'il ne les entonne que successivement; au 
contraire, il edt nuisible qu'on les lui présente 
de cette manière dans une page de musique , 
parce que son attention se partage entr'elles, 
et qu'il se préoccupe de cette multitude de 
points noirs qui frappent ensemble ses yeux : 
aussi est-il long-temps à deviner ce que cela 
veut dire. Ici , il ne voit jamais qu'une chose à 
la fois, qui est la baguette sur tel barreau; il 
ne la voit plus aux endroits qu'elle a quittés, 
et il ne la voit pas encore à ceux où elle n'est 
pas arrivée. Ainsi , son attention est toute attirée 
vers un point unique : première condition d'une 
étude réfléchie. 

Il n'y a donc ici qu'une note , mais elle est 
mobile; il n'y a non plus qu'une clef, mais elle 
egt mobile aussi. Cette clef est de convenir, 4 



(3f>) 

chaque leçon , sur quel barreau l'on veut poser 
l'ut tonique, premier degré de la gamme ; c'est 
d'après sa position que les autres notes prennent 
rang sur l'échelle. L'heureux effet de cette 
habitude sera que l'élève n'attribue pas des 
noms invariables à chaque barreau , qu'il ne les 
dénomme que par leurs intervalles respectifs, 
et que, par conséquent, il connaisse toutes les 
clefs, sans qu'il lui en coûte pour cela ni plus 
de temps ni plus de peine. 

Si la position de l'ut est laissée arbitraire sur 
l'échelle , son intonation est laissée telle pareil- 
lement : chaque fois que l'élève voudra chanter, 
il appellera ut tel son qui lui conviendra , on tel 
son que donnera le maître. Les degrés des autres 
sons de la gamme seront détermines par relation 
à celui-là : par où l'on voit que le nom d'ut est 
pris pour désigner la tonique, à quelque ton 
que l'on chante ( en mode majeur ) , le mi pour 
désigner la médiante, le sol la dominante, etc. j 
et que ces noms ne sont pas, comme dans 
l'ordinaire méthode, pour rappeler des sons 
fixes a l'esprit ; propriété qu'ils ne sont pas sus- 
ceptibles de prendre , ainsi que je l'ai démontré 
plus haut. 

Que si les musiciens étaient blessés d'entendre 
nommer ut en solfiant le son qu'ils appellent sol 



(<■>) 

on mt sur le piano, il serait facile d'y remédier} 
il faudrait alors changer les syllabes de notre 
gamme ut ré mi fa sol la si, pour les rendre 
gènênqaes, au lieu de, spécifiques qu'elles sont à 
leurs yeux; il faudrait y employer ou des noms 
de lettres c defga b, comme les Anglais et 
les Allemands , ou des noms de nombre, comme 
un , deux , tFOfS j quat.. ,cinq six , sept. Mais, 
véritablement, je ne crois pas que ceci vaille 
la peine de faire une innovation (i). 

(0 Si l'on faisait tant que de changer les syllabes de 
notre gamme qui véi itablemerit en aurait besoin, on 
devrait le faire d une manière plus utile qu'a proposée 
M. Framery , l'un des rédacteurs de l'Encyclopédie : ce 
serait de ne conserver que les seules consonnes de ces 
syllabes , cl de les accompagner de la voyelle a pour dé- 
signer les sons naturels , de la voyelle e pour désigner 
les sons dièses , et de la voyelle o pour désigner les sons 
bémols; ce qui donnerait ces trois séries : 

Tt rl mi fi ic U je pour [« ion* dli.ci. 

a Cette manière de nommer les notes, continue 
n M. Framcry, est simple , claire et précise. Elle est 
b extrêmement facile à retenir. Un bon lecteur n'a pas 
« besoin de plus de dcui heures d'exercice pour s'iia- 

» Cependant nous doutous qu'elle soit adoptée, parce 



(4> ) 

Prenonsmaintenantles élèves à leur première 
leçon , et observons les progrès de leurs idées. 
D'abord, au premier barreau que frappe la ba- 



■ général aucun intérêt à la perfectionner. On ne con- 

■ naît bien les difficultés d'un art que quand on les a 
s surmontées, et alors il semble qu'on ne se soucie 

■ plus de les applanir. On croirait diminuer le mérita 
s de ses connaissances , en procurant aux autres plul 

■ de facilité a les acquérir. » 

Je crois que M. Frainrry s'abuse en ne demandant 
que deux heures d'exercice pour s'habituer autant à. 
ces noms nouveaux qu'aux anciens; mais je crois aussi 
que cette manière de nommer les notes serait extrême- 
ment favorable aux opérations de la pensée dans l'étude 
musicale, en faisant disparaître l'embarras, très-grand 
pour l'élève , d'attacher une triple idée à un même mot 
en solfiant j divers tons. On voit d'ailleurs que ma mé- 
thode s'appliquerait aussi aisément à ces dénominations, 
qu'a celles en usage , et que , quand l'élève commence 
d'apprendre , il est aussi indifférent aux unes qu'aux 
autres. Cependant je ne hasarderai pas de les introduire 
dans mon école ; c'est aux grands maîtres de l'art a. en 
donner l'exemple. Je me borne à faire remarquer qu'on 
ne trouvera jamais d'instant plus propice pour faire 
celle utile innovation, que celui où la musique est, j'ose 
le dire , prête \ devenir populaire par l'effet d'une mé- 
thode auisi rapide que celle que je présente. 



<*•) ■ 

guette , on entend an ut qu'ils expriment tous à 
la fois. Voilà le ton établi et la clef convenue." 
La baguette refrappe ce barreau, l'ut est répété. 
Alors elle s'élève par degrés jusqu 'à la dominante, 
et l'on entend cette demi-gamme ut ré mi/a 
sol. Elle recommence le même mouvement à 
plusieurs reprises ; mais une fois elle interrompt 
sa course au mi } une autre fois aure'ou au/a* 
retournant toujours à l'ut pour la recommencer. 
Cet exercice peut remplir la première leçon. 
On n'y fait que monter la gamme depuis l'ut 
■jusqu'au sol tout au plus. 

A la seconde leçon , les élèves apprennent à 
descendre les mêmes fragmens de gamme qu'ils 
savent déjà monter. Cela se passe en cette sorte: 
ut ré ut j ut ré mi ré ut , ut ré mi fa mi ré ut, ut 
rè mi fa soif ami ré ut. Sur quoi l'on observe que 
l'ut est toujours pris pour point de départ et 
pour point de repos. Bientôt on pourra faire 
prendre le sol pour même terme. 

A la troisième leçon , la baguette descend par 
degrés de l'a* à la dominante au-dessous, et l'on 
entend la demi-gamme descendante ut si la sol. 
Elle réitère ce "mouvement, puis bientôt le sus- 
pend , soit sur le fi soit sur le la , pour le re- 
commencer encore à l'origine ut. Dans cette 
môme leçon on pourra faire monter la demi- 



C 43 0 

gamme sol la si ut en suivant les mêmes lois , et 
unir enfin cette moitié à la première, ce qui 
donnera une gamme entière entre deux domi- 
nantes , telle que sol la si ut ré nujusol, divisée 
parla tonique en deux moitiés inégales. 11 con- 
vient de se borner d'abord entre ces limites, et 
d'y faire toutes les combinaisons par degrés 
conjoints qu'on pourra imaginer. Il y a là du 
travail pour cinq ou six leçons de rigueur. 

En apprenant à parcourir l'écbelle par degrés 
conjoints, c'est-à-dire, en étudiant les rapports 
de seconde qu'elle offre , l'élève a exprimé 
néanmoins d'autres intervalles. Par exemple , il 
n'a pu faire deux fois de suite la phrase utrémi 
sans faire la tierce mi ut, qui lie. la fin de cette 
phrase à son commencement. De même la phrase 
solfami étant répétée, a fait naître la tierce m 
sol; et la quinte sol ut se rencontre de même 
en redoublant la phrase ut ré mi fa sol. Enfin, 
Von voit qu'il n'est pas d'intervalle qu'on n'ait 
pu faire exprimer à l'élève par cet artifice ; mais 
peut-être il ne les aura pas suffi si minent re- 
maiqnéa : c'esl pourquoi il faut y revenir à cette 
intention, et lui apprendre à mêler quelque in- 
tervalle , surtout de tierce, parmi Les* degrés 
conjoints qu'il continue de combiner. Alors on 
coupera l'échelle précédente en deux manières: 



(44) 

selon l'accord parfait .minimisai, et selon Tac- 
cord de septième sol si ré/a. On fera sur ces 
deux phrases ce qu'on faisait au commencement 
sur la demi-gamme ut ré mi fa solj c'est-à-dire , 
qu'on les parcourra en entier, puis en partie, 
et en donnant toujours une origine fixe aux 
mouvemens de la baguette. Cet exercice peut 
occuper un mois, car le champ des combinai- 
sons devient plus étendu. 

En effet, en même-temps que l'on règle sur 
ces principes les mouvemens de la baguette, 
on peut et l'on doit même la conduire souvent 
à pas inégaux , pour faire varier les durées des 
sons , . et en appeler tantôt de lents , tantôt de 
brefs, sans s'inquiéter d'ailleurs qu'il y ait au- 
cune mesure entr'eux. Si l'on n'avait pas cette 
attention , et que la baguette ne marchât qu'à 
pas égaux , les idées d'intervalles que se for- 
merait l'élève seraient compliquées d'un élé- 
ment étranger ; il y manquerait encore d'une 
abstraction, savoir, de l'égalité de durée entre 
les sons comparés. Aussi sa surprise serait grande 
quand, par la suite, il entendrait deux sons 
sous des durées inégales ; il ne les reconnaîtrait 
pas d'abord à ce déguisement, et il referait des 
comparaisons dans cette nouvelle hypothèse 
qui est donc indispensable. 



DigiiLz otfb"/ C oog le 



(45) 

Les élèves autant bientôt habitués aux iné- 
galités de la baguette , il sera facile de les 
amènera voir une certaine proportion dans ses 
degrés de vitesse. On pourra la faire reposer un 
temps ou deux, ou plus, sur certains barreaux, 
tandis qu'elle ne passera que demi - Idfcps 
sur d'autres. Ces proportions sont suffisantes 
pour lui faire cbanter une foule d'airs dont le 
mouvement ne soit pas trop vite , et dans les- 
quels la sous-division des temps n'aille pas jus- 
qu'aux quarts (i). Encore, quand on en ren- 
contre de tels, est-il aisé de se tirer d'embarras, 
soit en faisant deux temps d'un seul dans toute 
l'étendue de l'air, soit, si les quarts ne s'y voient 
qu'en un ou deux endroits , en modifiant ces 
passages , n'y tenant compte que des notes prin- 
cipales que le maître doit savoir distinguer des 
notes de liaison et de goût. On commencera 
naturellement par-les plus simples de ces airs, 
par ceux qui ne contiennent pas d'intervalles 
qui soient totalement inconnus à l'élève ; ou 
bien on l'y préparera d'abord en isolant la 
phrase qui présente ces difficultés, et en la 
modifiant sous la baguette du plusieurs manières. 



(i) Il me semble que le lecteur doit mieux m'en tendre 
par ce langage , que si je lui parlais de doubltt-croches. 



ce qui est très- facile. On fera même bien de" 
choisir d'abord quelque air que l'élève con- 
naisse ; on aura eu soin d'en découvrir un : on 
le lui marquera sans l'en avertir; il le chantera 
correctement sans s'en apercevoir; on l'inter- 
rogira, il ne se sera pas entendu ; mais la cu- 
riosité de tous est vivement excitée. On le lui 
fait répéter. Ses camarades l'entendent plutôt 
que lui qui le chante ; ils le reconnaissent, le 
nomment, et c'est une grande joie pour eux 
de voir ce premier fruit de leur étude. C'en 
est un effectivement, et ils ne peuvent en douter 
puisqu'ils se trouvent en communication da 
pensées avec leur maître , puisqu'ils voient au 
bout d'une baguette des idées telles que le 
maître les conçoit, et puisque tous les voient 
de la môme manière. Ils sont donc convaincus 
qu'ils ont fait des progrès. Ce sentiment pro- 
fond est la vraie cause du plaisir qu'ils éprouvent 
Aussi ils aiment une étude qui leur procure de 
telles jouissances, et leur esprit fait tout l'effort 
dont il est capable pour seconder la métbode 
qui les instruit. Je n'ai besoin pour entretenir ces 
bonnes dispositions , que de leur faire continuel- 
lement sentir que leurs progrès vont croissant; 
or, c'est ce que je fais depuis la première leçon. 
En effet, le lecteur a dû remarquer que, dès 



(47 5 

le premier instant, l'élève est obligé de chercher 
ma pensée au bout de la baguette , qu'il est 
soumis à la règle de chanter seul d'après ses 
mouvemens, et que ma voix ne lui est d'aucun 
secours. Ce n'est pas comme dans les autres 
méthodes où sa voix ne fait que suivre celle 
du maître en l'imitant : il en résulte que son 
esprit ne fait aucun exercice , et que, n'essayant 
jamais ses forces, il n'est jamais au point de 
marcher seul. Ici il marche seul dès les premiers 
pas ; s'il bronche ; il se redresse , et à tout mo- 
ment il apprend à se raffermir. Jamais le maître 
ne l'aide , même sur les passages difficiles, car 
s'ils sont bien amenés, l'élève ne les trouve pas 
tels. Ceci est fondé sur le principe , que ce que 
nous savons le mieux est ce que nous trouvons 
de nous-mêmes. Mon élève peut donc se rendre 
le témoignage qu'il découvre une à une toutes, 
les idées qui entrent dans sa tète, et que je ne 
fais que le placer dans le point de vue propre à 
les lui (aire découvrir. Je suivrai scrupuleuse- 
ment ce principe qui ne doit jamais plier de- 
vant les difficultés, et j'en ferai voir plus loin 
des applications assez. neu\ es qui pourront sem- 
bler surprenantes. 

Au point où nous sommes parvenus, les élèves 
connaissent beaucoup plus de rapports ( d'in- 



(48) 

tervalles) qu'on n'a cru leur en apprendre, et 
il peut être curieux d'en remarquer la cause. 
D'abord, l'a* a été pour eux le grand terme de 
comparaison de tous les sons de la gamme : sans 
doute parce qu'il est celui sur lequel la mé- 
moire se fixe le mieux , que son impression est 
si profonde qu'elle se conserve même au milieu 
du chant, et qu'il est le dernier son qu'on oublie 
quand on est près de s'égarer. Or, ils n'ont pu 
apprendre les rapports de divers sons à l'ut sans 
y trouver implicitement les rapports de ces sons 
enlr'eux; tout comme , dirai-je aux géomètres, 
quand on sait les rapports que deux quantités 
ont à une troisième, on sait le rapport qu'elles 
ont entr'elles. Que, par exemple, les deux in- 
tervalles ré ut et sol ut soient connus de l'élève, 
et qu'il les chante dans cet ordre ut ré — solut, 
il exprimera sans y penser le rapport de quarte 
ré sol dans le passage du premier intervalle au 
second ; et ce même rapport lui reviendra en- 
suite par mille autres chemins, parce qu'à me- 
-sure qu'ilavance,ilprendpoux nouveaux termes 
de comparaison d'autres sons sur lesquels il s'est 
affermi- Le sol, par exemple, est un point con- 
sidérable de la gamme, et le premier après Tuf 
qu'il aura remarqué ; il s'en servira donc de la 
même manière. 



C 49 1 

Nous pouvons maintenant conduire la ha- 
guette dans le tétracorde aigu sol la si ut, ainsi 
que dans le quintacorde grave sol fa mi ré ut } 
c'est-à-dire, qu'on peut lui faire parcourir tout 
ce champ ; 

UT ré mi/a SOL ta si VT ri mi fa SOL la si UT. 

Bien entendu que comme les voix des élèves 
n'ont pas deux octaves d'étendue, ils ne pour- 
ront faire d'exercice à l'aigu qu'en quittant le 
ton par lequel ils en pouvaient faire au grave, 
et réciproquement. Il suflit que la baguette 
embrasse comme les voix une dixième- ou on- 
zième d'intervalle; et quand celles-ci n'embras- 
seraient qu'une octave , l'élève n'apprendrait 
pas moins à donner aux deux limites de la 
sienne la propriété de tonique , ou celle'de do- 
minante, ou toute autre. 

A proportion que ses ide'es s'étendent, l'élève 
.cherche à faire des combinaisons neuves des 
rapports qu'il connaît. Il faut seconder son 
désir , et lui apprendre ù faire d'abord des com- 
binaisons régulières. On lui fera donc, par 
exemple , parcourir 1 échelle en montant de 
tierce et descendant de seconde alternative- 
ment, et réciproquement; mais surtout on lui 
fera connaître les accords parfaits contenus 



(5o) 

dans la gamme , savoir : les trois accord» ma- 
jeurs fi Uut.Mwi sol , sol si ri; les tro.s ac- 
cord, mineurs fi fi t., U •* ™, ™ ' ■ 
et l'accord particulier si ri fi; sans lui dire 
toutefois ces mot. de majeur et mineur,. qud 
M doit pas encore connaître : c'est assez qu .1 
chante ces accords en les distinguant par leur 
base lesnommantaccordde/a^accordd'^etc. 
D'ailleurs, on les lui fera connaître uni dans 
leur état direct que dans leur état renverse, 
mii vient de ce qu'on porte le son grave à l'aigu , 
oul'aigu an grave. Mai. c'estaumattrc éprendre 
ici des précautions en faisant succéder ces ac- 
cords l'un à l'antre, car il pourrait les ren- 
verser et les accoupler de telle sorte que le 
client en fit aussi difficile que s'il y entrait 
des dièses ou des bémols, parce qu'en effet 
ces dièses ou ces bémols seraient sous-entendus, 
tels que les demande le ton que chaque accord 
annonce. Le ton serait donc changé à l'insu do 
l'élève - et comme il n'est pas en sa puissance 
de se soustraire à l'impression du nouveau ton , 
et cru'il dépend du maître de 1. lui donner plus 
ou moins profonde , jusqu'à effacer même celle 
du ton primitif, il arriverait bientôt que 1 çlève 
«entirait avec étonnement que la propriété dtf 
„e serait plus à sa place , et qu'elle aurait passe 



( 5. ) 

snr un sol, sur un fa, ou quelqu'autre note.' 
Il croirait alors se tromper en dénommant les 
sons, et de suite, pour se reprendre, il appel- 
lerait «ile son qui en aurait acquis la propriété. 
Cette erreur est si bien dans l'analogie de sm 
idées, que je serais très-laché qu'il no la fit pas, 
et je le mettrai quelquefois dans le cas de la 
faire , exprès pour avoir occasion d'en faire avee 
lui la remarque , et pour le préparer aux con- 
séquences que j'en veux tirer par la suite. 

Cliemin faisant, j'aurai arrêté son attention 
sur les barreaux de l'échelle ou lignes de la 
portée , pour lui en faire considérer le nombre 
et la distribution : je lui aurai fait voir que ce 
système de lignes se compose de cinq noires 
avec quatre blanches interposées, outre deux 
ou trois lignes noires surajoutées en dessus et 
en-dessous. Je lui aurai fait mesurer de l'oeil 
toutes sortes d'intervalles, lui faisant compter 
les barreaux qu'ils embrassent. Il aura vu les 
intervalles impairs , comme ceux de tierce , 
de quinte , de septième , oceuper des barres de 
mflmescouleurs; et les intervalles pairs, comme 
sont ceux de seconde, de quarte, de sixte, 
d'octave, aboutir à deux couleurs différentes. Il 
aura appris ce que c'est^que les complémena 
et les redoublemens d 'intervilles ; "il aura re- 



(5 a ) 

marqué que les uns et les autres occupent suc 
l'échelle des barreaux de même nom. Aussi 
dira-t-il, par exemple, que solfa désigne une. 
seconde ou une septième , que sol mi désigne 
une tierce ou une sixte , sol re une quarte ou 
une quinte, selon la position respective des 
deux sons proposés. Il aura nommé et marqué 
sur la portée les trois progressions fondamen- 
tales de tierce , quinte et septième, semblables 
à celles de sixte , quarte et seconde, qui en sont 
les complémens. 11 aura mesuré les grands in- 
tervalles par les petits, retenant bien, par exem- 
ple , qu'il y a dans une quinte deux tierces l'une 
sur l'autre; qu'il y en a trois dans une sep- 
tième ; qu'il y a deux secondes dans une tierce, 
trois dans une quarte ; que l'octave peut se di- 
viser en quarte et quinte, ou en tierce et 
sixte, etc. , etc. 

De plus , il aura appris les changeinens de 
clefs dont il n'y a que deux pour lui , savoir : 
l'ut posé à ligne noire, et l'ut posé à ligne 
Manche. Voici de quelle manière : j'ai laissé 
quinze jours ou trois semaines la clef d'wtàune 
même position, soit, si l'on veut, à la première 
ligne noire. Il fallait donnera l'élève le temps 
dé lier ensemble l'idée du son avec le nom qu'il 
porte. 11 eu est jésuite d'abord qu'il a attribut; 



( 53 ) 

aux barreaux des noms invariables , et qu'il les 
dénommait d'après leurs positions absolues, au 
lieu d'examiner leurs positions respectives ; en- 
sorte qu'au mouvement de la baguette , il n'au- 
rait pas regardé l'endroit d'où elle vient, mais 
seulement celui où elle se pose. Rien ne l'avait 
averti qu'il dût avoir cette double attention. 
Il s'y trouva forcé en voyant poser l'ai à toute 
autre ligne noire que celle où il avait accou- 
tumé de le mettre ; mais son système n'en fut 
guère dérangé, parce qu'à cause de la symé- 
trie des couleurs, il rencontra les mêmes noms 
sur des couleurs telles qu'à la première clef. H 
le fut davantage quand je posai l'ut à une ligne 
blanche j c'étaient vraiment les mêmes calculs 
à refaire sur cette hypothèse que sur la pre- 
mière, parce que tous les noms se trouvaient 
avoir changé de couleurs; mais enfin, il" s'y 
habitue tous les jours, sans être oblige de s'en 
occuper exclusivement, et tout eu contiuuani 
ses autres exercices. 

Tel est environ le travail do deux mois. 
L'élève suit assez bien la baguette à toutes les 
clefs pour chanter correctement toutes sortes 
d'airs en mode majeur, qui ne contiennent pas 
de transition de ton , et dont le mouvement ne 
soit pas trop rapide. Je l'habitue, dans'le troi- 



(54) 

sième mois, îi faire plus légèrement les mentes 
choses. De plus , comme la variété des exer- 
cices ne peut que lui être agréable , je lui en- 
seigne alors à lire l'écriture musicale. Mais 
qu'ai-je à faire pour cela ? à peu près rien qu'à 
lui mettre une page de points jioirs sous les 
yeux. Il devinera bien, si je veux lui en laisser 
le plaisir, que ces points représentent des coups 
de baguettes, et que ce sont les traces des en- 
droits où elle a passé (i). Mais au lieu d'em- 



(i) On s'aperçoit ici combien sciaient dans l'en* tir-, 
sur le fond de ma méthode , ccui qui ayant vu chanter 
mes élèves devant des chiffres , auraient pris ces chif- 
fres pour le moyen qui roe sert i les instruire. Aucune 
écriture, comme je l'ai fait voir, ne petit être mon 
moyen d'instruction , et toutes en sont l'effet , parce 
que , ai- je dit , nos idées ( musicales ou antres ) ne sont 
pas contenues directementdans les signes écrits; qu'ainsi, 
ce n'est pas d'eui qu'on peut les apprendre ; que ces 
signes ne retracent directement que des mots articulés ; 
mais que c'est dans ces mots que nos idées «ont im- 
médiatement comprises, et où, par conséquent, ellos 
doivent être d'abord étudiée!. Aussi, qu'apprend mon 
cIctc en suivant la baguette il apprend îi lier ses idées 
aux mots qu'il prononce. On ne peut pas dire qu'il 
les lie à des signes écrits, puisqu'il n'en a aucun soui 
les yeux. 



(55) 

ployer des feuilles à l'encre, je me sers d'une 
grande planchette rayée en portées de musique, 
sur laquelle j'écris à la craie les airs que je yeux , 
faire chanter. Cela donne à ma classe un aspect 
nouveau d'où l'élève attend de nouvelles jouis- 
sances , comme il arrive toujours d'un chan- 
gement de scène. D'ailleurs, j'ai constamment 
observé qu'un commentant mesure l'importance 
des objets à la grandeur des signes : c'est pour- 
quoi il ne faut pas épargner les dimensions si 



Mais il y a plus par rapport auï chiffres ; c'est qu'il* 
ne sont pas même dans l'analogie des idées que je ïiens 
d'erposer, et qu'en quittant l'exercice de la baguette, 
l'élève ic trouve naturellement introduit aux notes or- 
dinaires sur les portées , sans soupçonner que des chif- 
fres pussent faire le même office. C'est donc de pure 
fantaisie que je lui enseigne cette notation ; mais il faut 
contenir qu'elle est si commode pour l'usage particu- 
lier , par le peu de volume qu'elle occupe, par la fa- 
cilité et la rapidité de l'écrire , tout papier y étant 
propre, et par l'économie de l'impression si l'on voulait 
faire des recueils de musique a peu de frais, qu'elle 
mérite bien d'être plus connue, indépendamment de 
celle dont on se sert. C'est par là que j'ai voulu rendre 
hommage à la mémoire de son illustre auteur, sans pré- 
tendre, comme lui, de la lubstituer à l'écriture vulgaire. 

Il est remarquable que oej chiffres , transportés des 



(56) 

l'on veut frapper ses sens, comme il est indis- 
pensable tic le fîiiru , puisque c'est par cette porte 
que les idées lui doivent entrer dans l'esprit. 
- Quand je dis que pour lui faire lire un air 
je n'ai qu'à le lui mettre sous les yeux, je ne 
disconviens pas qu'il faut auparavant que je lui 
enseigne comment on représente par écrit, 
outre les mouvemens de la baguette, les durées 



mathématiques dans la musique , ont Tait naître l'idée 
à quelque* personnes que ce dernier art n'était sans 
doute qu'une application de ces sciences ; et l'on entend 
dire encore quelquefois que Rousseau a fait de la mu- 
sique parle» mathématiques: de quoi les uns concluent 
que sa méUiode ne vaut rien , et le* outres qu'elle vaut 
beaucoup. Je peux répondre ù ces personnes que leurs 
conséquences ne portent sur rien, et que la locution 
d'où elles les tirent ne présente aucune idée à l'esprit; 
autrement il faudrait dire aussi qu'un fait de l'algèbre 
par la langue française , parce qu'on y voit figurer 
les lettres de l'alphabet. Rousseau n'a point fait de mu- 
sique par les mathématiques; non plus il n'a point 
donné de méthode pour en faire : et si on lui en eût 
demandé une, il n'aurait probablement pas compris la 
question. Rousseau a fait un projet de nouveaux signes 
pour la musique ; ces signes , qu'il a proposés pour rem- 
placer les anciens , sont des chiffres ; mais ces chiffres 
perdent dès-lors leur qualité numériquepour en prendre 



( 57 ) 

des coups qu'elle frappe. Mais cela n'esL pas si 
difficile qu'on le pense , puisqu'il me suffit de 
deux ou trois leçons pour le mettre au fait dé 
ce point. Ce qui rend la mesure difficile pour 
les élèves ordinaires , c'est premièrement qu'ils 
l'étudient sans savoir l'intonation, et qu'alors 
ils sont occupés de deux choses à la fois ; en 
second lieu , c'est que les signes par lesquels 



une musicale ; ce ne lont plus des un, des Crois, dos 
cinq , ce sont des ut, des mi, des sol. Ceci est tellement 
irai , que j'ai parmi mes élèves des enfans qui n'ont 
connu un 4 S0I,J ' c nom de quatre , qu'après l'avoir 
long-temps connu sous le nom de fa. Quoiqu'il eu 
Soit, ces chiffres fuient mal accueillis des musiciens de 
son temps , et ce fut sans doute ce qui l'empêcha de 
donner V la suite de son projet une mérhtutr d'ensei- 
gnement qu'il s'était propose de faire , basée sur l'adop- 
tion de sa nouvelle écriture. Au lieu d'une méthode, 
il écrivit force épigrammes contre ces Messieurs , qui 
achevèrent de les aveugler sur le mérite de son sys- 
tème. 

Je ferai voir plus loin, quelles sont les modifications 
nécessaires que j'ai dû apporter à l'écriture de J. J. 
pour la rendre usuelle ; et l'on se convaincra que son 
adoption dépendait essentiellement d'un nouveau sys- 
tème d'idées, d'un nouveau mode d'enseignement, bien 
loin d'en pouvoir être la base. 



(58) 

on la leur enseigne sont choisis à contre -sons 
des idées qu'on veut qu'ils expriment. Mais 
poifr ne pas interrompre le récit des exercices 
de l'échelle , je renvoie à la fin ce qui concerne 
la mesure. 

Dès que l'élève commence à lire , je lui donne 
chaque jour un air écrit qu'il emporte chez lui 
pour l'apprendre par cœur, et le marquer lui- 
même à la baguette. C'est un grand désespoir 
quand, par manque de sagesse, il n'en peut 
obtenir un , ou s'il n'en obtient que la moitié ! 
Il ne s'exposera de long-temps à cette terrible 
punition. Voilà les nouvelles jouissances qu'il 
s'était promises : lire un air sur un morceau de 
papierl avoir dans sa poche la romance nou- 
velle que joue l'orgue par les rues ! et celle-là 
encore qu'une dame chantait l'autre jour, et 

qu'on lui chantera ce soir! Qu'il est vrai 

ce plaisir, et qu'il est vif pour l'enfance de sentir 
naitre en soi quelque chose de commun avec 
ce qui l'environne ! 

Je passe aux quatrième , cinquième et sixième 
mois. Je prépare d'abord mes élèves aux chan- 
gemens de ton et de mode, en leur faisant 
chanter à la baguette des airs qui participent 
de deux tons différées , comme ne contenant 
pas la note sensible ou la sous- dominante. L'air 



( 59 ) 

de Malborough, parexemple, est de la première 
espèce ; on peut l'écrire en sol sans qu'il y pa- 
raisse de dièses ; d'autres pourront s'écrire en fa 
sans qu'il y entre de bémols. Les élèves remar- 
queront cette singulière circonstance, qu'un 
même air puisse être exprimé par deux différens 
systèmes de notes; ils seront étonnés que le sol 
sonne à leur oreille comme s'il étaitunuf ., le la 
comme un ré , et ainsi à proportion; ou bien 
que ce soit Yut qui sonne sous la propriété de 
sol , le ré sous celle de la 3 le mi sous celle de 
si j et ainsi des autres. C'est qu'ils chantent en 
sol dans le premier cas, et ep^a dans le second ; 
mais ils ne savent point ce langage: ils croyent 
bonnement de s'être trompés^ ils refont l'expé- 
rience, et pourtant ils sont jetés sur la môme 
conclusion. Pour les tirer d'embarras, je leur 
dis que la chose est singulière en effet, que 
j'en suis surpris comme eux, mais qu'elle est 
•véritable ; et que tant qu'un air ne contient que 
les six cordes ut ré mi fa sol la , il peut s'écrire 
sur les six cordes sol la si ut ré mij et récipro- 
quement; que seulement il sera dans un ton 
plus bas à l'un de ces systèmes qu'à l'autre, 
mais qu'ils savent de leur propre expérience 
que nous pouvons prendre Yut tonique , tantôt 
plus bas, tantôt plus haut, à notre volonté. 



(6o) 



§ De la comparaison des intervalles par super- 
position. 

- Pour les confirmer dans cette idée, je leur 
fais chauler une phrase arbitraire -au ton de sol 
sur l'bexacorde sol la si ut ré mi; ils la répètent 
deux ou trois fois pour la bien retenir, puis, à 
ïin certain mouvement convenu de la baguette, 
ils appellent ut le son qu'ils appelaient sol le 
moment d'avant; et, comme je refrappe les 
mêmes barreaux dans le même ordre que la 
première fois, ils s'entendent chanter la même 
phrase sous des noms différens. Quelle sur- 
prise ! Je marque une autre phrase au ton 

de fa sur l'bexacorde ut ré mi fa sol la. Ils la 
remarquent bien ; je fais changer le nom de fa 
en celui d'ut, et tout d'un coup la même phrase 
se répète en ut dans l'hexacorde sol la si ut ré 
mij qui est venu occuper les mêmes barreaux 
de l'échelle. Quelle singulière métamorphose I 
Comment le nom d'ut perd-il à notre insu sa 
propriété de tonique î Comment cette propriété 
que nous y avions si bien attachée se porte- 
t-elle sur le nom de sol 3 qui perd alors sa pro- 
priété de dominante, ou sur celui dafa 3 qui 
perd la sienne de sous-dominante ?. . . Questions 
que je n'entreprends pas de résoudre , mais qui 



te. J 

sont dignes des méditations des philosophes (i).; 
Désormais voilà une vérité bien démontrée et 



(i) Je ne puis me refuser au plaisir île raconter ici la. 
naïveté de l'un de ces enfans qui me faisait toutes ces 
questions à. sa maniùre. Mais si je ne veux pas r me dit-il, 
que l'ut perde sa propriété de tonique, il ne la perdra, 
pas ? — Tout de même , lui dis-je , parce que c'est moi 
qui la lui fais perdre. — Et pourtant c'est moi qui 

chaule Oh ! si je voulais , ajaula-t-il finement , il ta 

garderait bien. Tenez , faites encore, vous allez voir, 
parcè que je vais tien faire attention. — Ce pauvro 
enfant soupçonna que' je lui escamotais sa tonique, 
o'otàit bien l'équivalent ; mais il crut m'en cm jxjelicr. 
Alors je le fis commencer en ur, puis je le menai au ton 
de sol, dont je prolongeai l'impression ; il sentit que l'ut 
changeait sa propriété, et il faisait des gestes de ses 
mains comme pour la retenir. Attendez, me criait-il, 
c'est que je n'y étais pas. Mais enfin , comme la tonique- 
retournait malgré lui sur le sol, il s'écria piteusement : 
Eh mon Dieu! qu'est-ce que c'est donc? Je fais tout 
ce que je peux, et çajait toujours autrement ! fous 
n'entendez pas comme ça fait ? £e-so\ ressemble h un 

fa ! • • 

Si ce langage n'est pas élégant, il faut admirer en- 
core plus la justesse des idées qu'il renferme. Peut-on 
mieux caractériser que par ces mots les propriélés si 
abstraites de tonique et de sous-dominante ? 



(62 ) 

lien sentie, que l'hexacorde d'ut est égal i 
celui de sol; elle aura de nombreuses consé- 
quences, mais il ne faut pas les en déduire troj» 
tôt, ni toutes ensemble. Il vient de se faire un 
grand,motivement dans l'esprit de l'élève ; don- 
nons-lui le temps de revenir de sa surprise. 
En outre , je ne crois pas qu'il faille se con- 
tenter de lui faire voir les conséquences dont je 
parle , comme simples déductions du principe 
qu'il a découvert. La tête d'un enfant n'est pas 
assez forlc pour raisonner solidement par les 
signes écrits; il ne peut guère raisonner que 
par les mots, c'est-à-dire, comparer ses idées 
que par eux. Par exemple, vous voulez lui 
démontrer que les accords de.fa et de sol sont 
égaux chacun à celui d'ut; vous pouvez bien, 
vous aidant de la vérité qui vient d'être établie, 
lui mettre sous les yeux, comme ici, les deux 
Itexacordes . 

sol la si ut ré mi, 
ut ré mi fa sol la , 

et les lui faire comparer terme à terme , en lui 
disant que si le sol tient lieu d'ut dans le chant , 
le si tient donc lieu de nu, et le ré tient lieu de 
sol: d'où l'accord sol si ré tient lieu de ut mi 
sol j et le représente , c'est-à-dire , en a l'air , la 



(635 

propriété. Mais voulez-vous être compris sans 
mot dire? prenez la baguette, frappez l'accord 
sol si ré plusieurs fois ; puis refrappez les mêmes 
barreaux eu faisant appeler ut le son et le bar- 
reau qu'on vient d'appeler sol, et par consé- 
quent mi et sol les deux autres. L'enfant courra 
devant votre pensée ; il s'interrompra pour vous 
annoncer comme une nouvelle découverte, que 
l'accord de sol est égal à celui d'ut Faites la 
même chose pour l'accord de_/à. 

C'est dè la même manière que vous lui ferez 
sentir, à quelques jours de distance, que les 
accords de ré et de mi sont égaux à celui de la, 
quoique l'on puisse déduire cette vérité de la 
comparaison terme à terme des mêmes hexa- 
cordes; mais, auparavant, il aura été bien de 
le familiariser avec les impressions de mode 
mineur, tarit par les accords de ce mode que 
par les phrases qu'on y peut faire sans qu'il y 
entre de dièses ni de bémols. Par exemple, l'air 
eh quoi! dejàjevois le jour j est en mode mineur 
sans note sensible ; beaucoup d'autres tout en- 
tiers et une foule de phrases d'opéra sont dans 
le même cas : on devra les marquer à la ba- 
guette. 

L'élève est disposé à croire que les sept 
accords qu'il connaît dans la gamme sont égaux: 



( «4 5 

il veut comparer par la même méthode l'accord 
du la avec celui d'ut; mais il sent d'abord qu'ils 
diffèrent. Il s'en étonne; il les compare de 
nouveau : il est surpris à présent de rencontrer 
des différences, comme il l'était auparavant de 
trouver des similitudes. Confirme 7. -le dans sa 
découverte, en lui disant que vous sentez 
comme lui que ces deux accords ne se ressem- 
Llcnt point, et que c'est pour cela , sans doute, 
qu'on appelle majeur l'accord d'ut, et mineur 
celui de la. Dites-lui aussi que ces deux noms 
sont mal choisis pour exprimer cette circons- 
tance , mais qu'on les emploiera plus à propos 
dans d'autres occasions. Voila donc, continuerez- 
vous, trois accords qui sont majeurs , puisqu'ils 
se ressemblent : accord de fa, accord d'ut, 
accord de sol; en voici trois autres qui sont 
mineurs, puisqu'ilsse ressemblent arussi eutr'eux 
et qu'ils sont diffurens des premiers : accord de 
ré j accord de la, accord de mi. 

Et l'accord de si, va-t-il vous ' demander , 
qu'cst-il? majeur ou mineur? — Il n'est ni l'un 
ni*l'aut?c. — Oh! ce n'est pas possible. Voilà 
les idées de l'enfance: elle veut rattachera ce 
qu'elle sait tout ce qu'elle ignore, et croit que 
les idées nouvelles qui lui viennent doivent être 
dans l'analogie de celles qu'elle a' acquises; elle 



. Bigilisecfcby-Gaagle 



(65') 

tombe bien des fois d'un étonnement dans un 
autre opposé, avant de s'apercevoir que la cause 
Un est dans la précipitation dè ses juge mens. 
Vous lui démontrerez donc que l'accord de Si 
îjc ressemble ni à celui d'ut 3 ni a celui de la } 
auxquels vous le ferez comparer successivement. 
11 faudrait doftC donner à cet accord un nom 
différent qu'aux autres; vous le ferefc appeler 
accord de quinte mineure j pour des raisons qui" 
seront dites plus tard. . - 

Ces Comparaisons, d'un genre entièrement 
iiéuf, méritent toute l'attention du léeteur; 
c'est sans- doute la première fois qu'il eri voit 
faire de telles : aussi jè tâche de les décrira 
avec toiile la précision dont je suis capable. On 
eh verra cï-dessous bien d'autres exemples ; 
mais, dès à présent, l'on doit remarquer que 
■je fais supeifoser les intervalles et les phrases 
musicales pour en reconnaître l'égalité, tout 
comme en géométrie on superpose les lignes et 
les figures qui en sont formées; 
■ H est temps de faire chanter dés airs à chan- 
gement complet de ton, c'est-à-dire, dans le 
Courant desquels Surviennent des dièses où des 
Wmols) l'élève va le faire à la première fois 
aussi facilement, aussi bien que s'il l'eût tou- 
jours fait, . 



(66) 



Dièses et bémols. 

11 faut ici que J'élève connaisse à fond les 
change mens de çlefc, c'est-à-dire, qu'il sache 
marquer avec une égale célérité un air à la 
taguet.t,e , quelque place qu'on assigne à l'ut sur 
les barreaux de l'échelle. Or, on a vu combien 
jl est aisé de le rendre indifférent à cette posj- 
■tion de i'wi;fort de cette habitude et de toutes 
celles qu'il a déjà acquises; bien affermi sur 
l'intonation dite naturelle , ainsi que sur la 
mesure (dn moins jusqu'aux sou s- divisions par 
quarts du temps ), on va lui faire changer à 
souhait le ton avec la clef saps auqun effort. 
En effet, que faut-il pour cela, que lui dire de 
nommera* le son quelconque où il sera parvenu 
sur l'échelle, et où l'on voudra que s'opère la 
transition ; onpourra convenir, pour cela, d'une 
certaine situation de baguette, comme, par 
exemple, de la relever perpendiculairement à 
l'échelle dans ce moment-là. ....... } 

_ On sait que tous les degrés no sont pas éga- 
lement favorables à la transition j ™ais, par 
cette manière, j'assure qu'il n'y en aura aucune 
de difficile. Néanmoins, il est clair qu'il faudra 
premièrement habituer l'élève aux transitions 
les plus communes en musique, qui 'sont, de 



passer au ton de la dominante et de la sons- 
dominante, c'est-à-dire , de porter le nom d'«f 
au cinquième degré, ou au quatrième, de la 
gamme que l'on quitte, pour feire de ce degré 
Je premier de la gamme que l'on prend : il sera 
cent fois plus aisé que je ne puis dire', de pro- 
mener ainsi l'élève sur tous les tons où l'on 
voudra passer. ;.. . 

Or, s'apercoit-on que mou élève sait désor- 
mais tous les dièses et les bémols imaginables? 
Cela étonne peut-être, mais rien n'est plus vrai 
néanmoins} car, qu'est-ce qu'un fa. dièse, par 
exemple , sinon une note, sensible ? Et quand 
l'élève vient d'appeler ut le son qu'auparavant il 
appelait solj le si de ce nouvel utj qu'il en- 
tonne sans hésiter, est-il antre chose qu'un 
dièse, relativement au ton du départ?..... Da 
même, qu'est-ce qu'un si bémol, sinon una 
sous-domiuante ? Et quand il vient d'appeler ut 
le son qu'Q appelait d'ahord fa J h fa de ce 
dernier ut , qu'il entonne pour ainsi dire à la 
course, eat-il autre chose qu'un si bémol, en 
le rapportant à Yut primitif ?.. .. 

Mais, dira-t-on peut-être, l'élève faisant u a 
dièse ou un bémol de cette manière, le fais 
sans le savoir. Que veut dire cela? Peut-ÏJ 
faire une opération nouvelle, sans savoir qu'il 



<<»0 

fait une opération nouvelle? Et qùï donc Ji 
saurait pour lui ? Mais on veut dire qu'il ne sait 
pas qu'on appelle dièse ou bémol le nouveau son 
qu'il exprime. De cela j'en conviens; et c'est 
précisément ce que je n ui pas voulu qu'il sût 
encore. Lequel vaut mieux de savoir, la chose 
ou Je nom qu'elle porte, et par lequel faut-il 
commencer? Croit-on que le nom doive entrer 
avant la chose dans son esprit ? Croit-on que les 
noms aient existé avant les choses autour de 

Mais qu'on soit sans inquiétude ; je vais lui 
apprendre sur l'heure ce que c'est qu'on appelle 
Ja dièse, et cè que c'est qu'on appelle si bémol. 
Le lecteur, qui m'a suivi jusqu'ici, prévoit que 
je n'y mirai pas grand peine , puisqu'il ne me 
faut qu'imposer un nom nouveau â une nouvelle 
idée que vient d'acquérir l'élève. Cependant il 
faut la saisir au passage,' cette idée, pour lui 
jeter 1 le collier qui doit la retenir. Voici com- 
ment je procède : ■ " 
!. JçTappelle à l'élève la comparaison déjà faite 
des deux hexacordes de sol et d'ut; je lui fais 
remarquer qu'il manque au premier le tricorde 
sol fa mi, et au second le tricorde ut si la, pour 
Compléter l'octave. Je lui demande s'il croit que 
ces deux tricorde» soient égaux; il me répond 



(<&) 

qu'il faut les comparer pour le savoir (1), et 
incontinent il les compare dans sa tète, en 
essayant de chanter l'air sol fa mi sur les syllabes 
ut si lu. Il n'y coïncide point; il fait au rebours, 
il vent chanter l'air ut si la sur les syllabes 
fu mi.... pas plus de similitude. 11 s'assure ainsi 
que ces deux airs sont différons, et il me l'an- 
nonce. Or, remarquez la force de cette vérité 
dans son esprit : je reins de croire qu'Use trompe; 
U recommence aussitôt en m'invilant à suivre 
ses comparaisons. Vous voyez bien, termine-t-il , 
que ces deux airs ne se ressemblent pas. 

D'accord, lui dis-je alors; mais par où dif- 
fèrent-ils/ Il les compare encore. Sa première 
observation est que le sol sert bien d'ut; celle- 
là estincontcstable, puisqu'elle est d'hypothèse. . 
Sa seconde est que le mi sert bien de la. Sa troi- 
sième , enfin , est que le fa ne sert point de si : 
ce qui est le nœud de la question. 

On voit qu'U a voulu rapporter l'air itt si la' 
aux syllabes solfa mi. Je lui fais faire le contraire; 



(i) L'enfant devient tous les jours plus sobre d'asser- 
tlons. Il l'est convaincu, par sa petite expérience, qu'il " 
est née esi aire de penser avant de répondre; aussi, avant 
d'affirmer, il examine. N'est-ce paj une utile'règle à". 
oonduite qu'il puise dans cette agréable étude? 



(7«) 

il rapporte à présent l'air sol fa mi sur les syl- 
labes ut si la. Il compare , et me répond que l'ut 
représente bien le sol; que le la représente bien 
le mi , mais que le si ne représente point le fa. 

Eh bien , lui dis-je encore , pourquoi le si ne 
peut-il servir de fa? Est- il trop bas ou trop 
haut? Nouvelles comparaisons suivies de cette 
réponse : 11 est trop haut , il faudrait le baisser. 
Et pourquoi, dans le premier cas, le fa ne 
pouVait-il servir de si? Etait-il trop haut ou 
trop bas?... Autres comparaisons suivies de cette 
autre réponse : 11 était trop bas, il aurait fallu 
le hausser. 

Je lui dis maintenant d'appliquer l'air ut si la 
sur ces trois syllabes sol fe mi; il le fait sans 
peine. C'est alors que je lui déclare que cejè r 
plus haut que le fa s est ce qu'on appelle un fa. 
dièse; et que sa propriété caractéristique, celle 
qui doit lui servir de définition, est de faire 
contre le sol le même air que fait un si contre 
Yut. Mais l'élève conserverait ce nom defè , et 
il ferait bien, si je ne lui disais qu'on n'a pas 
coutume d'employer ce nom , et qu'il faut dire 
fa à sa place. H se récrie sur ce que ce n'est 
point un fa , et qu'on ne doit pas appeler du 
même nom deux choses différentes; je lui ré- 
ponds que c'est l'usage , mais qu'à la vérité 



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l'usage n'est pas toujours raisonnable, et qu'il 
en voit ici un exemple en en attendant d'autres. 
Cette réflexion l'afflige , elle m'afflige ' aussi , 
mais qu'y faire Eh bien ! s'écrie-t-il , servons- 
nous du nom àefi; pour nous, qu'est-ce que 
cela fait? Pauvre enfant ! cela fait que tu pas- 
serais à bien des yeux pour ne pas savoir la 
musique. 

Je vais lui enseigner le si hcmo). Pour cela, 
je lui fais chanter l'air sol fa mi sur des trois 
syllabes ut se la; en même temps je lui déclare 
que ce.se qu'il chante plus bas que le si, par les 
raisons qu'il a vues, est ce qu'on nomme le si 
bémol , et que sa propriété caractéristique , 
celle par laquelle on doit le définir , est de faire 
contre le la le même air que fait un fa contre un. 
mi. Je le préviens , en outre , qu'au lieu de l'ap- 
peler se, il faut l'appeler si, quoique ce n'en 
soit pas un , mais que tel est l'usage. A ccs.mots, 
il se récrie plus fort que la première fois, disant 
qu'il ne pourra jamais faire un se en appelant si. 
Je l'encourage j je tâche à l'y résoudre (i). 



([) C'est une chose singulière, qu'un enfant de i*pt à 
huit ans sente si bien la nécessité d'cnipJoyer dès noms 
différens pour solfier les dièses et les bémols, et que tant 
de maîtrei ne L'oient jamais sentie. Ne serait-ce point 



(7=0 

Il nous fàul ii présent L'on venir d'un signe pour 
indiquer les dièses ou les bémols sur l'échelle. 
Je fais faire à la bagne t te un petit mouvement 
ascendant sur le barreau où doit être le dièse, 
et, au contraire, un mouvement descendant 
sur celui où doit être le bémol; moyennant 
quoi tout est arrangé pour chanter toutes sortes 
de mélodies à dièses et à bémols , dans quelque 
ton que ce soit. Ce seront là bientôt nos plu3 
importons exercices (i). 



parce que juiqu'ici on ne s'est pai occupé d'apprendre 1 
parler la musique?.... Mais quand on ne la parle pas , 
comment peut-on la lire?..,. Pour moi , je n'qi jamais 
■?a la lire à livre ouvert que ceui qui savaient la parler, 
c'est-à-dire, articuler dej mots en eiprimant des toni 
sans cahier sous les yeui, et j'ai vu que l'un était tou- 
jours a proportion de l'autre , mail comme cette faculté 
Se vient qu'après nombre d'années, on ne peut pas dire 
qu'on l'ait reçue de l'enseignement usité, et l'on peut se 
faire à soi-même tout l'honneur de l'avoir acquise. 

(i) J'avoue que ces deui petits mouvemens de la 
baguette ne seraient pas bien distincts pour l'élève ni 
bien faciles pour le maître, si le chant était un peu vite 
et que l'on voulût faire chanter ainsi un élève déjà fort ; 
mail néanmoins ils suffisrnt à renseignement élémen- 
taire: ce qui n'empêche pas que je ne reçusse avec plaisir 
nn perfectionnement là-dessus , comme serait , je sup-. 



( 73 ) 

Il nous- faut, en outre, convenir de signes 
écrits pour désigner les mêmes choses, je dis 
les dièses et les bémols. Cela est facile. Je fais 
connaître h l'élève les signes reçus pour cet. 
objet; mais en même temps je lui en propose 
de plus simples : je lui dis que nous marquerons, 
eu outre, le dièse par uu petit trait oblique 
montant qui traverse la note , ou le chiffre , ou. 
la lettre , ou le mot qui la désigne , en cette 
sorte/; que nous marquerons le bémol par le 
même trait oblique descendant , comme \. 
Les deux signes ordinaires sont mal imaginés, 
parce qu'ils ne font pas corps avec la note , outre 
qu'ils tiennent trop de place; et quant à celili 
qu'on nomme, bécarre, son usage est aussi mal 
entendu qu'il soit possible; car, sï un ton n'est 
ni dièse ni bémol, il est bécarre nécessairement. 
Aussi , du consentement de tous les musiciens , 
on pourrait se passer de ce signe. Pourquoi 
donc s'en sert-on toujours? Pour nous, il n'y 
aufa de dièses et de bémols que les sons qui en' 
porteront la marque ; et pour ceux qui n'auront 
aucune marque, quoiqu'ils soient, si l'on veut, 



pose , un petit mécanisme dans la baguette qui pût faire 
paraître à son bont, et. 4 ï 0 lonl<S, deux signes distinct* 
par le moyen de ressorts faciles à presser du doigt. 



(74) 

dans la même mesure , nous n'imaginerons pas 
de les soumettre à l'influence d'un signe dont ils. 
ne sont pas couverts ; c'est cette bizarrerie de 
jiotre musique, qui a mis le bécarre à la mode. 
Je sais bien qu'on croit avoir besoin du bécarre 
pour détruire, dans le cours du chant, l'un des 
dièses ou des bémols placés à la clef; mais qui 
ne voit qu'on peut faire la même chose par un 
bémol dans le premier cas , ou par un dièse 
dans le second? d'autant mieux qu'il y a des 
musiciens qui s'en servent de cette manière. 11 
est clair, eu effet, que bémoliser une note déjà 
dièse, ou diéser une note déjà bémol, c'est, 
dans les deux cas, la remettre à l'état naturel. 
Pourquoi multiplier inutilement les signes? 

Quoique je n'aie défini ci-dessus que le_/ù dièse 
à mon élève, on doit s'attendre qu'il généralisera 
d'abord cette définition, et l'appliquera de lui- 
même à touteautrenote. H regardera comme un 
ut tout barreau au-dessous duquel sera demandé 
le dièse , et entonnera alors ce dièse sous la pro- 
priété de si. C'est ainsi qu'il trouve de lui-môme 
les cinq dièses des notes fa ut sol ré la, je dis en 
attribuant respectivement la propriété d'u/.aux. 
cinq notes sol ré la mi si, qui leur sont immé- 
diatement supérieures. 
' Une fois mis en train de généraliser, l'élève 



( 75 ) 

lie s'arrête plus, tant qu'il voit du chemin 
devant lui; il veut à présent faire le dièse 
sur le mi et sur le si. Mais alors son principe 
semble le conduire à cette singulière consé- 
quence, qu'il n'y a pas de dièses sur ces deux 
notes, ou du moins qu'ils sont la même chose 
qu'elles; car, dit-il, si je donne la propriété 
d'ut à l'ut qui l'a déjà, celle de si tombe sur le 
si qui l'a pareillement; et si je donne au fit la 
première propriété , il se trouve que le mi lui- 
même acquiert la seconde Je le laisse au- 
jourd'hui dans cette idée, lui disant que nous 
ne ferons pas effectivement de dièses sur ces 
deux notes, mais que nous en reparlerons dans 
un autre temps. Le lecteur voit d'où elle lui 
vient ; c'est que l'élève ne se doute pas encore 
que les sons consécutifs de notre gamine fusseiit 
des intervalles de seconde qui soient différens 
les nns des autres; et il y pense d'autant moins 
qu'il les voit distribués sur les barreaux de 
l'échelle également espacés entr'eux. Cependant 
la remarque qu'il vient de faire le conduira 
inévitablement à cette vérité, ou, pour mieux 
dire, elle n'est pas autre chose qu'elle. Il apJ 
prendra facilement ensuite que c'est au fa dièse 
qu'il devait porter la propriété d'wi, pour faire 
le mi dièse contre lui sous la propriété de si; 



C 76 5 * 

et que c'est à l'ut dièse qu'il devait supposer 
la même propriété d'ut, pour prendre Je .m" dièse 
de la même manière. Du reste il verra bien, 
et je le lui ferai remarquer, que jamais le mi 
dièse (ou le si dièse) n'entre dans le chant, que 
lefa dièse (ou l'ut dièse) n'y soit déjà entre. 

Si nous venons aux bémols, nous en dirons 
des choses analogues; c'est-à-dire, que l'élève 
généralise d'abord la définition donnée du si 
bémol, et que, pour l'appliquer à toute autre 
note, il regarde comme un mi la note qui est 
inférieure ù celle-là , et qu'alors il entonne le 
bémol demandé sous la propriété de fa. C'est 
ainsi que , pour trouver les cinq bémols des 
notes fi mi la ré sol, il attribue une pro- 
priété de m* aux cinq notes respectives la ré sol 
ut fa qui leur sont immédiatement inférieures. 
Bientôt, voulant généraliser davantage, voulant 
faire aussi le bémol sur l'ut et sur le fa_, et ne 
soupçonnant pas que c'est à une seconde majeure 
d intervalle par-dessous le son proposé qu'il doit 
porlrr In pi'opriélé de mi, n'esl-à-dire ici, sur 
le «bémol et sur le mi bémol, il se contente de 
ïa supposer sur le si et sur le mi } et de là il est 
porté à croire qu'on ne fait pas d'ut bémol ni de 
fa bémol, du moins différemment que ces notes 
naturelles, comme tout-à-l'heure il ne croyait 



Ci?) 

pas qu'on pût faire de mi dièse et de si dièse. 
Mais il ne restera dans cette idée que le tempî 
que. je voudrai, c'est-à-dire, celui qui sera 
nécessaire pour faire assez d'exercice sur les 
cinq bémols fondamentaux. Je lui ferai con- 
naître ensuite qu'on peut faire un fa bémol 
pourvu que le mi soit déjà tel, et qu'on peut 
faire un ut bémol pourvu que le si soit bémol 
d'avance ; mais qu'autrement on ne peut faire 
l'un ni l'autre (i). 

([) Il est nécessaire de nous arrêter un moment sur 
les idées précédentes, et de les comparer avec celles 
qui régnent i Ce sujet. Tous les solfèges commencent 
ainsi : il y a cinq tons dans la gamine et deux démin- 
ions ; il y a cinq dièses et cinq bémols , etc. On voit 
combien il y avait de chemin à. faire avant d'en venir 
au point de comprendre ces paroles , el qu'il ne faut 
pas s'étonner si la plupart des élèves ordinaires ne les 
comprennent pas d'abord , et si bien souvent ils aban- 
donnent la musique avant de les avoir comprises. C'est 
qu'au lieu de présentera l'élève des observations à faire, 
on, lui présente k retenir de ces principes généraux qui 
supposent en lui les observations faites, la science ae- 
qnise , et ne sont que des formules pour se rappeler ce 
que l'on sait , que des étiquettes pour le retrouver au 
besoin. On lui dit que le dièse est un signe qui élèvi 
la note de demi-Ion mineur; que le bémol en est un 
autre qui l'abaisse d'autant. C'est comme si on lui disait 



tJ«J 

Voila donc l'élève en état d'attaquer solide- 
ment un dièse on un bémol à quelque note de 



d'élever la Voix ou de l'abaisser de moins i/ue demi-ton, 
sans lui assigner de combien moins. Mais quand on 
pourrait le lui assigner, et lui dire que c'est, par exemple, 
d'un dixième de ton de moins, comment voudrait-on 
qu'il divisât de la voix cet intervalle pour compter de 
telles différences? Se retrancherait-on sur l'a peu près? 
Mais celte matière n'en souffre point , et l'a. peu près 
d'ailleurs n'a pas de bornes. Or , ce serait bien pis si , 
comme quelques-uns qui ne se piquent pas de tant 
d'exactitude et qui ne font pas distinguer le demi-ton 
en majeur cl mineur, on lui disait de faire le demi-ton. 
juste. Voilà certainement ce qu'il ne ferait jamais , ni 
le maître avec lui. 

Mais , pour ne parler que de la première hypothèse , 
c'est une chose singulière que les maîtres y veuillent 
fonder l'idée du dièse et du b.érool sur celle supposée 
acquise du demi-ton mineur qui, au contraire, est su- 
bordonnée et postérieure à celle-là. Par exemple , pour 
enseigner le fa dièse , ils font prendre le fa ît l'élève, 

et lui disent de s'élever de demi-ton Ignorent-ils 

donc que te fa dièse ne saurait se prendre par com- 
paraison au fa, .que ce n'est pas ainsi qu'ils le pren T 
nent eux-mûmes , que c'est bien au contraire par coin- 
paraison au sol, fondés sur l'idée bien établie du demi- 
ton majeur (seconde mineure) [ que, pour y réussir, ils 
s'efforcent d'oublier l'impression de ce fa, loin de lui. 



C.J9 5 

l'échelle qu'on le lui demande. Mais ce <juï es\ 
bien remarquable, o'est que, comme il les atta- 



comparer le /a dièse; qu'enfin, il est impossible de 
faire de la voiï une batterie sur ces deux notes_/à /ad, 
preuve incontestable qu'elles ne se comparent point? 
Jl en faut dire autant du si bémol. 

Que conclure de tout cela , sinon qu'on n'a pas dé- 
couvert jusqu'ici la vraie génération, du dièse ot du 
bémol , puisqu'elle est resiée enveloppée sous d'obs- 
cures ou de fausses définitions? Malheureusement les 
Mvans qui ont traité de la musique s'étant trop livrés 
a la spéculation, trop peu à la pratique do cet art, 
n'ont pu remonter jusqu'à la source de cette idée : 
d'Alembert, dans le livre qu'il a laissé sous le titre im- 
propre SElémens de musique, ne parait pas avoir connu 
«ette génération; Itousscau même n'avait pas d'idée 
arrêtée sur ce point, car on le voit s'y contredire en 
plusieurs endroits de son dictionnaire ; et c'est faute de 
cette connaissance, que nos auteurs d'acoustique ont 
publié de» systèmes erronés en théorie comme en pra- 
tique , et que les Pythagoriciens anciens et modernes f 
■e livrant à de pures spéculations de nombre», ont 
attribué au calcul une puissance qu'il n'a point; par 
eiemple , celle de démontrer que les intervalles de la 
gamme , appelés tant, soient inégaux ; qaé le mi, venu 
de U progression de ces quatre quintes consécutives 
ut sol ré la mi, ne fasse pas tierce juste avec l'ut; que 
le si dièse ,,venu de la progrossiuu de douze quinte* 



Digiiizod by Google 



que par deus principes différens, et qu'il en 
éprouve aurai deux impressions différentes, il 
n'imaginera pas de les confondre l'un avec 
l'autre, je veux dire, p;ir exemple, le snl dièse 
avec le la bémol, ou le ré dièse avec le nii bé- 
mol, etc. Ce n'est pas qu'à la vérité il puisse 
dire lequel des deux est plus haut que l'autre, 
car la voix seule esl. insuffisante pour s'assurer 



consécutives , soit plus haut que l'ut voisin auquel, 
dit-on , il devrait être égal ; et autres pareilles erreurs. 

On a cherché" de tout temps à déterminer en nombres 
le rapport des longueurs de cordes qai produisent les 
ions de la gamme , et nous avons une infinité de 
calculs h ce sujet, qui sont malheureusement contra- 
dictoires entr'eux et avec la pratique ; mais il est éton- 
nant qu'on n'ait jamais cherché à exprimer de cette- 
manière le rapport des intervalles mêmes qui existent 
entre ces sons , quoique ceci ait une liaison bien plus 
directe avec l'art. 11 semble , en effet , que , dès qu'on, 
eût reconnu deux espèces de semi-tons , la première 
chose à faire était de les comparer entr'eux , pour savoir 
si l'un n'était pas, par exemple , le double ou le triple 
de l'autre ; cependant c'est encore une découverte k 
faire. J'ai de fortes raisons de croire qne ce rapport 
est tel que ih i h 3 , et je pourrais appuyer cetta 
assertion d'une expérience directe qui soutient très-bien 
l'épreuve du calcul ; mais il n'entre pas dans mon snjet 
de la faire connaître k présent. . 



Oiaiii;Mby Google 



(8, ) 

de ce point, puisqu'il faudrait pouvoir exprU 
nier ces deux sons consécutivement pour lca 
comparer, et que chacun sait que la chose est 
rigoureusement impossible. Mais il est bien 
convaincu qu'ils diffèrent entr'eux , et qu'un 
compositeur ne se permettrait pas d'écrire l'un 
à la place de l'autre : voilà le point essentiel. 
Cependant je peux bien lui dire par anticipation 
(et je peux aussi m'en dispenser, n'ayant rien 
à déduire de ce principe), que le ré dièse est 
avant le mi bémol dans l'ordre ascendant de la 
gamme, le sol dièse avant le la bémol, etc.; nié 
réservant de lelni démontrer par une expérience 
particulière à la fin de sou cours. 

Des deux espèces d'intervalles, 
L'élève ne sait pas encore, du moins bien 
positivement, que les intervalles se distinguent 
en majeurs et mineurs , qu'il y a des tons et des 
demi-tons dans la gamme. Il n'a fait tout au plus 
que l'entrevoir. Cependant il possède une quan- 
tité do faits qui, s'ils étaient rapprochés, le 
mèneraient directement à ces conséquences; 
et, chose bien re marquai île , quand il inter- 
romprait ici ses leçons , il pourrait de lui- 
mftmc se pousser en avant jusqu'à un certain 
point/C'est le mouvement imprimé à Un corps 
6 



(b) 

Çiiî persévère encore un certain temps, après 
que la force a cessé d'agir. Mais je vais faire 
avec lui ces rapproche m en s. 

Je lui remets sous les jeux les deux hexa- 
cordes égaux d'ut et de sol, et, par la compa- 
raison terme à terme, je lui fais voir que des 
sept secondes qu'il sait qu'il y a dans la 
gamme, deux sont égales entr'elles, savoir nul 
et mi fa, et sont appelées mineures; cinq autre» 
sont aussi égales entr'elles, savoir ut ré, ré mi, 

fa solj sol la, la si, et sont appelées majeures, 
parce qu'elles sont plus grandes que les précé- 
dentes: ce que je lui démontre, en lui faisant 
comparer si ut avec fa sol, ou mi fa avec la si, 
de la manière qu'on a déjà vue. Dans cette 

' comparaison, il considère que c'est l'intervalle fa 
dièse sol qui est l'égal Ac si ut, d'où il conclut 
nécessairement que l'intervalle fa sol est plus 
grand que lui ; ou bien il se dit que c'est l'in- 
tervalle la si bémol qui est l'égal de mi fa, et, 
par conséquent , que l'intervalle la si sur- 
passe ce dernier. Voilà donc justifiées dans son 
esprit les dénominations d'intervalles majeurs 
et d'intervalles mineurs. Or, remarquez bien 
■qu'il ne s'enforme et ne doit s'en former d'autre 
idée que celle-ci, qui est que les premiers 
intervalles sont plus grands que les seconds 



(63) 

dans une même espèce. Remarquez aussi p# 
tout ce que je déduis de la comparaison sup- 
posée faite des hex&cordes , je' peux le Iiii 
démontrer immédiatement par la comparaison 
des intervalles eux-mêmes entonnés sur le mo- 
ment, et qu'il sera toujours utile de le fairè 
ainsi, comme je l'ai dît ailleurs. Il est visible, 
au surplus, que je ne ferai par-là que répéter 
<n détail la comparaison autrefois faite e& 
'somme de ces deux hexàcordes/ ^î 1 '- J 
Maintenant je lui faisprendre les Complémens 
des deux secondes mineures et ceux des cinq 
secondes majeures, et je lui fais remarquer que 
les premiers complémens sont, par conséquent, 
plus grands que les seconds , à cause que toutes 
les octaves sont égales, comme je le lui aurai 
déjà appris; qu'ainsi nous pouvons dire qu'il y a 
deux septièmes majeures complémens des deux 
secondes mineures si ut ht mi fa, et qu'il y a 
cinq septièmes mineures complémens des cinq; 
-secondes majeures* 
^ Je .passe aux tierces, Je lui dis que des sept 
tierces qu'il connaît dans la gamme, il y en a 
trois d'une espèce dites majeures, savoir fi la, 
tu mi, et sol si,- et quatre d'une autre espèce 
dites mineures , qui sont ré fa, la ut, mi sol, et 
ai ré. J e foi yq ^ lei naes se prêtant le> 



(84) 

premières dans les trois accords majeurs qu'il 
connaît , et les autres se présentant aussi les 
premières dans les trois accords mineurs et 
dans celui de quinte mineure, ou se présentant 
les accoudes daus les accords majeurs. 11 s'assure 
que les dénominations de majeures et de mi- 
neures données à ces tierces sont bien appli- 
quées, en comparant, de la voix, seulement 
les deux accords ut mi sol et la ut mi; car il 
trouve que l'ut est trop bas dans celui-ci , ou le 
mi trop haut dans celui-là , pour qu'ils se res- 
semblent, et qu'ainsi la tierce ut mi est plus 
grande que la tierce la ut et que la tierce mi sol. 
De là, lui faisant prendre les complémcns des 
trois tierces majeures et ceux des quatre tierces 
mineures, il conclut, comme précédemment 
pour les septièmes, qu'ily a trois sixtes mineures 
et quatre sixtes majeures; outre qu'il pourra, 
s'il veut, les comparer directement. ' ( . ; 

Je viens au» quintes. Je lui rappelle ce qu'il 
sait déjà, que, dans toute quinte, il y a deux 
tierces l'une sur l'autre, et je lui fais voir.de 
plus que, dans les trois accordsmajeurs ainsi 
que dans les trois accords mineurs, l'une de 
ces tierces est majeure et l'autre mineure; et 
qu'elles font, par conséquent, la même somme, 
ou des quintes égales , dans ces six accoedsj 



(85) 

ïiiais que, dans l'accord siréfa, les deux tierces 
ensemble étant mineures, elles font une somme 
plus petite que précédemment, c'est-à-dire, - 
par conséquent, une quinte mineure. Ainsi, 
il y a six quintes majeures et une seule mineure, 
qui est si fa. Je peux aussi le mener à cette 
conclusion par la comparaison immédiate , et 
en lui faisant rapporter l'accord la ut nd sur si 
ré fa, il trouverait alors que le fa est "trop bas 
ou le mi trop baut, pour que ces deux accords 
ae ressemblent. Enfin, en prenant |U coinple'- 
mens des six quintes majeures et de la seule 
mineure , il trouve qu'au rebours il y a six 
quartes mineures et une seule majeure , qui est 
fu si. i 
Ici j'ai un champ très-vaste de considérations 
à faire avec l'élève , et je peux arrêter sa pensée 
sur le même sufet de plusieurs manières qui 
aideront bien sa mémoire. Je peux lui faire 
compter le nombre et distinguer les espèces de 
secondes qui entrent dans chaque intervalle, 
entr'autres lui en faire voir trois de majeures - 
dans la quarte fa si, ce qui fait qu'on l'appelle 
triton, parce que la seconde majeure s'appelle 
autrement un ton; lui en faire voir deux dans 
une tierce majeure, comme d'irf à mi, ce'qui 
fait qu'on appelle diton cette tierce. Je veux , 



f S3> 

iîcn qu'il sache, mais que ce soit très-tard, 
que la quinte mineure si fa est appelée aussi 
fausse quinte, et la quarte majeure fa si fausse 
quarte; et à ce sujet je ne manquerai pas de lui 
dire que ce sont là deux dénominations fort 
impropres, dont il ne doit se servir que pour 
discourir avec ceux qui ne l'entendraient pas 
autrement; parce que ces intervalles ne sont pas 
plus faux que les autres, et que la dénomination 
de justes donnée aux quintes jnajeureset quartes 
mineures, ne leur convient pas mieux que si on 
l'eût appliquée à rebours ; qu'enfin , parmi les 
tierces et les sixtes , on n'a point fait cette dis- 
tinction de fausses et de justes, quoiqu'on l'eût 
pu faire tout aussi mal à propos. Je lui dirai aussi 
que la seconde mineure si ut ou mi fa est plus 
connue dans le monde musical sous le nom de- 
demi-ton.; mais que ce nom apporte une faussa 
idée à l'esprit , en ce que cet intervalle est réel- 
lement plus grand qu'un demi-ton > c'est-à-dire, 
par exemple , que le fa dièse situé entre le fa et 
le sol est plus loin du sol que du fa; d'où vient 
que ceux qui veulent parler correctement ap- 
pellent demi-ton majeur l'intervalle fa dièse sol 
égal à si ut, et demi-ton mineur l'intervalle^/â^ 
dièse ; que , de môme, en considérant le si 
bémol placé entre le h ej, le sij Us appliquent 



C«7) 

la première expression à l'intervalle la si bémol 
égal à mi fa, et la seconde expression à l'inter- 
valle moindre si bémol si; sachant bien que le 
fa ne pourrait faire le rôle de sensible contre 
le fa dièse , ni le si bémol contre le si. 

On sent que ce n'est pas en une leçon que 
je fais tirer à l'élève toutes ces conséquences, 
et qu'il finit que tout cela soit donné à petites 
doses, et entremêlé de pratiques pour se graver 
nettement dans sa mémoire. Eu un mot, l'exer- 
cice de la baguette n'en doit jamais souffrir 
d'interruption ; et c'est sur l'échelle que toutes 
les démonstrations doivent être faites, quand 
la force des mots ne suffit pas à l'élève pour 
qu'il les fasse tout seul. 

Jusqu'iei je n'ai donné à l'élève qu'un seul 
moyen pour attaquer les dièses ou les bémols. 
Je vais à présent lui en donner plusieurs autres 
qui vont tout-à-coup multiplier ses forces, et 
le transporter, presque à son insu , au dernier 
période de son instruction. Je commence par 
remarquer avec lui qu'une seconde mineure, 
telle que si ut ou mi fa, devient majeure en 
faisant dièse le son aigu ou bémol le son grave, 
parce qu'elle passe alors à cet élat si bémol ut, 
on tnifii dièse, et que dans la comparaison des 
deux trioordes mi fa dièse sol el la si utj ou mi 



(88) 

fa sol et la si bémol ulj qui sont égaux comme 
jiou sl'aspns appris précédemment , la première 
seconde répond à Jh sol j et l'autre a In si qui 
sont dos secondes majeures. Je vais démontrer 
que le même principe de transformation con- 
vient à tout intervalle. 

Pour cela je remarque premièrement qu'entre 
doux intervalles de même espèce ( comme deux 
tierces ou deux quartes, etc. ) , l'un majeur et 
l'autre mineur, la différence est la même qu'entre 
deux secondes, l'une majeure et l'autre mineure, 
et que cette différence se trouve être par con- 
séquent de la quantité d'un demi-ton mineur. Cela 
se démontre aisément, en considérant d'abord 
que deux intervalles, tels qu'on les suppose, 
contiennent chacun le même nombre rie se- 
condes; ensuite, que si ces intervalles étaient 
égaux, tous deux majeurs ou tous deux mi- 
neurs, ils contiendraient respccliyement tel 
mômes secondes majeures et lésinâmes secondes 
mineures l'un que l'autre, a l'arrangement près 
de ces secondes qui pourrait n'être pas le même 
dans les deux , mais qui ne fait rien à la com- 
paraison des sommes; eniin , que si ces dits in» 
tervalles sont inégaux , l'un étant majeur et 
l'autre mineur,a ùisi qu'on l'a supposé , comme 
i]s contiennent encore chacun le même nombre 



( 8g ) 

de secondes, leur différence ne peut venir que 
de ce que dans l'un il y ait une seconde ma- 
jeure de plus que dans l'autre , qui à la place 
contienne une seconde mineure déplus que le 
premier; de sorte que, retranchant les secondes 
communes aux deux intervalles, la différence 
ne subsiste réellement qu'entre une seconde 
majeure et une mineure. Cette différence est 
donc, comme on l'a annoncé , d'un demi-ton 

Je conclus de là qu'un intervalle majeur quel- 
conque peut être rendu mineur en deux ma- 
nières : ou en faisant dièse le son grave , ou en 
faisant bémol le son aigu ; car on lui fait perdre 
dans les deux cas l'excès dé demi-ton mineur 
qu'il a de trop pour être tel qu'on demande: 
Au contraire , l'intervalle mineur devient ma- 
jeur, en faisant dièse le son aigu ou en faisant 
bémol le son grave , parce qu'alors on lui ajoute 
Ja quantité qui lui manque pour arriver à cet 
état. ■ : ' i 

On peut donc aussi faire passer un accord du 
majeur au mineur, ou du mineur au majeur : 
il ne faut pour cela qu'altérer la médiante de 
l'accord, la faire dièse dans l'accord mineur 
pour le rendre majeur, ou la faire bémol dans 
l'accord majeur pour le rendre mineur. Quant 



(9°) 

à l'accord de quinte mineure si ré fa, ce n'est 
pas à la médian le qu'il faut toucher, c'est le 
son grave qu'il faul faire bémol pour rendre cet 
accord majeur, et c'est le son aigu qu'il faut 
faire dièse pour rendre cet accord mineur : ou 
bien il faut diéser à la fois la dominante et la 
médian te pour opérer la première transforma- 
tion , et il faut béraolisev ensemble la médian te 
et la tonique pour opérer la ' seconde. On 
voit encore que les accords majeur et mineur 
s'échangent l'un en Vautre, quand on dièse ou 
l'on bémolise conjointement les deux sons ex- 
trêmes de l'accord, c'est-à-dire, sa tonique et 
6a dominante. i 

Il semble maintenant que, pour faire prati- 
quer à l'élève ces transformations d'intervalles, 
il faille qu'il sache d'avance bien attaquer les 
dièses et les bémols sous tontes les combinai- 
sons qu'ils peuvent se présenter. C'est bien ainsi 
qu'on le conduit dans la méthode ordinaire, 
mais on sait aussi que c'est là qu'est la grande 
pierre d'achoppement. Ici c'est toutle contraire : 
l'effet connu qu'on attend du dièse ou du bémol 
sert précisément de moyen pour attaquer juste 
cette espèce de sons; car il est clair que nous 
savions entonner les intervalles tant majeurs 
que mineurs et sentir leur différence , avant de 



Ci» ) 

connaître ni dièses ni bémols; c'est pourquoi , 
étant sur un intervalle majeur, il faut prendre 
d'abord l'impression du mineur pour arriver 
sûrement à faire dièse le son grave, ou bémol le 
son aigu , et non pas croire que ce soit la puis- 
sance du dièse qui opérera la transformation; 
carc'est, au contraire, la puissance de la trans- 
formation , qui , sentie avant d'être exprimée , 
attire le dièse on le bémol dans l'esprit. Eu 
voici un exemple : si l'on chante l'air ut mi tierce 
majeure sur les syllabes la utd, l'on obtient de 
cette manière l'ut dièse; de môme, si l'on chante 
l'air la ut tierce mineure sur les syllabes utmib, 
l'on attaque sans peine le mi-bémol. En un mot, 
puisque nous connaissons bien quels intervalles 
dans la gamine sont majeurs, et quels autres 
sont mineurs , puisque nous savons les chanter 
ainsi que les transposer à différens tons ; puisque 
nous savons que l'effet du dièse ou du bémol 
est de changer ces intervalles l'un dans l'autre y 
quand nous voudrons chanter un intervalle par 
dièses ou par bémols, la question sera toute ré- 
duite à mettre des syllabes données sur un air 
ou intervalle connu. 

C'est sur ces principes que j'exerce mon 
élève aux changemens de ton et de mode , mais 
par accords seulement, afin qu'il apprenne 



(9») 

d'abord à bien connaître les trois notes princi- 
pales de-chaque ton, qui sont la tonique, la mé- 
diaute et la dominante, auxquelles je joins quel- 
quefois la sensible. Bientôt il arrive au point 
de reconnaître et de nommer sur le champ les 
accords que je fais succéder sous ses yeux , sous 
toutes sortes de renversemens. Il remarque 
quelles notes sont communes dans ces succes- 
sions, et comment le changement d'une seule 
note change tout-à-fait l'accord, et appelle de 
nouveaux dièses ou bémols que ne comportait 
pas le ton de l'accord précédent. 

De la génération des tons. 

J'arrive aux changement complets du ton. Ici 
les dièses ou les bémols ne seront plus acci-. 
dentels, ils seront permancns, et tels que chaque 
ton les comporte. Je commence par le ton de 
sol qui contient le seul fa dièse , et par le ton 
de fa qui contient le seul si bémol. Je fais re- 
marquer â l'élève le singulier effet de ce fa 
dièse, qui change et déplace toutes les pro- 
priétés des notes, parce qu'il fait acquérir au 
sol la propriété d'ut ou de tonique, ensorte que 
la gamme naturelle ut ré mi fa sol la si est en- 
tièrement représentée par celle-ci : sol la si ut 



(93) 

ré mi fa Aièse. Je lui fais remarquer de même 
l'effet contraire du si bémol, qui est de donner 
k l'ut la propriété de sol, ou de dominante, en 
sorte que la tonique ou la propriété d'ut se trans- 
porte sur le fa j et que la gamme naturelle sol la 
si ut ré mi fa est maintenant représentée par 
celle-ci : ut ré mi fa sol la si bémol. Ces remar. 
ques ne peuvent manquer de lui faire plaisir, 
et l'on se rappelle la surprise qu'il manifesta la 
première fois qu'il sentit ces métamorphoses. 
"Dans tous les exercices qu'il fait sur ces deux 
tons, il est obligé de me dire sous quelle pro- 
priété sonnent les notes qu'il exprime, c'est- 
à-dire , s'il est sur la dominante ou la médiante 
ou la sensible, etc. , parce qu'à chaque pas je 
l'interromps pour l'interroger là-dessus. Il ap- 
prend par-là de la manière la plus positive ce 
que c'est qu'être dans tel ou tel ton : être dans 
le ton de sol, vous dira-t-il, c'est donner au joI 
la propriété d'ut ou de tonique, et c'est la subs- 
titution du fa dièse au fa, qui donne inévita- 
blement au sol celte propriété : de même être 
dans le Ion de fa , c'est donner au fa la pro- 
priété d'ut, et c'est la force du fi bémol qui la 
lui donne, employé à la place du su II saura 
dire dp mémo ce que c'est qu'être dans tout 
autre ton, ot je n'ai plus qu'à lui faire voir par 



(94) 

quels dièses ou quels bémols ces autres tons 
sont constitués : c'est ce que je ferai après un 
exercice suffisant sur ces deux tons fondamen- 
taux. 

On Toit donc que, par une pratique de peu 
de jours, mon élève parvient à chanter dans le 
ton de sol et dans celui de fa (1) qui sont les 



(i) Cette evpression , chanter en te! ton, peut s'en- 
tendre 'en deux manières : ou comme désignant l'al- 
phabet sur lequel on chante, c'csUà-dirc, l'ordre des 
notes qu'on dénomme avec les dièses ou les 'bémol* 
qu'elles comportent dans ce ton ; ou bien comme indi- 
quant le ton absolu du piano que prend la ■voix du 
chanteur ; et , à cet égard , la dénomination des notes 
ne fait rien à l'effet qu'on attend, puisqu'avec les seule» 
notes du ton d'ut on peut évidemment chanter à tel ton 
qne ce soit , en prenant l'ut ou la tonique au degré con- 
venable. H est clair, par cette raison, que la première 
façon de l'entendre , on ie changement d'alphabet d'un 
ton a un iutre , lorsqu'on pourrait tout rapporter a u» 
alphabet unique, est une connaissance de luxe que 
J'élève pourrait acquérir tout senl hors de l'école , et 
qu'on devrait se borner ici l le mettre sur la voie de 
le faire sans peine.- remarque générale pour toute sorte 
d'instruction , et à laquelle ne manquent pas d'avoir 
égard les professeurs de sciences qui en «nteat bien- 
la. nécessité. 



(95) 

deux adjoints de celui d'ut, je veux dire qu'il 
dénomme les propres notes de ces tons sous des 
propriétés nouyelles qu'il apprend à leur attri- 
buer, ce qui est à peu près comme s'il appli- 
quait deux alphabets nouveaux aux sons de la 
gamme d'ut. Mais qu'est-ce qui le dirige dans 
cette nouvelle appellation de notes ? est-ce en- 
core la force des mots? Kon, puisqu'ils ont 
changé de propriété : ce sont des idées plus 
abstraites qui le conduisent à présent, ce sont 
les idées générales de tonique , de médiante , 
de dominante, etc. dont la propriété est liée à 
chaque degré du ton; en sorte que les mots ne 
font que lui représenter, par leur disposition 
consécutive sur l'échelle, les degrés du ton où 
Use trouve; et ce sont ces degrés qpi appellent 
dans son esprit l'intonation nécessaire; de 
«orte encore qu'en entonnant les dièses ou les 
bémols du ton , il n'a pas à s'en occuper, comme 
il serait obligé de le faire s'ils étaient acciden- 
tels : il n'a qu'à voir leur rang, par rapport à la 
tonique , étant prévenu d ailleurs de ceux que 
cette tonique suppose. 

Si maintenant nous passons à des tons plus 
avancés, tels que ceux de ré et de sib, de la et 
de mib , de mi et de îab , etc. , l'élève est préparé 
à en comprendre la génération. Parlons d'abord 



C go 3 

des tons par dièses.' Je lui fais voir (la baguette 
à la main) que le ton de ré est contre celui de sol 
ce qu'est celui-ci contre le ton d'ut; de sorte que 
si, pour passer de ce dernier au second, il a fallu 
éliminer la sous-dominante fa, et la remplacer 
par un futl qui est devenu la sensible du nou-, 
veau ton, de même, pour passer du ton de sol 
à celui de ré, il faut éliminer la sous-dominante 
ut, et la remplacer par un utd qui sera la sen- 
sible du ton de ré que l'on veut prendre ; encore, 
connue le ton de la est après celui de ré dan» 
la même analogie qu'est celui-ci après le ton de 
sol, il faut donc, pour prendre le ton de la, 
suivre la même règle , c'est-à-dire , éliminer dan* 
le ton de re'la sous- dominante sol, et la rem- 
placer par ujn sold qui devient noté sensible à 
son tour : ainsi pour les autres tons. Par où il 
apprend qu'en élevant la tonique de quinte, il 
survient à ebaque fois un nouveau dièse plus 
haut de quinte que le précédent; que ce nou- 
veau dièse prend la propriété de sensible , et 
rejette sur le dièse antérieur celle de médian te, 
sur l'autre dièse antérieur à celui-ci celle de 
sous-sensible, etc. C'est ici que l'élève peut 
comprendre, et non plutôt, ces paroles qu'on 
a coutume de mettre en tète des solfèges : Les 
dièses se posent à la çtef, pur quintes enmoniantj 



(91) 

dans l'ordre fa ut sol ré la; il y voit qiie le pré" 
mier dièse de cette série constitue le ton dé 
sol, les deux premiers celui de ré, les trois 
celui de la, les quatre celui de mi, les cinq 
Celui de si. 

Non content de cela, je lui mets en tableau 
sous les yeux les gammes de ces cinq- tons 
comparées à celle d'ut, et lui fais voir que les 
mêmes intervalles, majeurs ou miueursyqui sa 
trouvent dans celle-cij se voient aussi dans les 
autres aux mêmes rangs , et qu'ils n'y seraient 
plus, si l'on était ou l'on ajoutait quelques 
dièses à ces gammes : ces diverses façons de 
voir une môme chose sont toujours favorables 
à l'élève. 

Je lui arrêté au ton de si , exprès poup qu'il 
commît une erreur en voulant aller plus loin t 
il n'y manque pas ; mais rien n'apprend à rai- 
sonner, comme de sentir quand on se .trompe 
par trop de précipitation. Après le ton de si r 
conclut-il, viendrait celui de fa qui contiendrait 
six dièses?— Pourquoi cela , lui dis-je ? —Parce 
que je m'élève d'une quinte, et que j'augmente 
d'un dièse. — Quel est ce dièse?— C'est le mid 
qui représente la sensible. — Quoi ! le m/rfpeut-U 
être une sensible contre le fa? — Oh non, c'est 
contre le fad qu'il le serait. — Et d'un autre 
7 



eété, le ton de y» comporte-t-il six dièses?— 
Oli non plus, il ne comporte qu'un bémol sur 
le s/.— Voici maintenant où est l'erreur : de 
quelle quinte s'élève-t-on en passant du si au 
Ja? — C'est d'une quinte mineure. — ■ Et de 
quelle quinte fellait-il s'élever pour faire la 
même chose qu'en passant à'ul à sol 3 de sol à 
ré , etc. ? '■ — Oh ! je le vois, c'est d'une quinte 
majeure ; ainsi , c'est le ton de fad qui suit le 
ton de si et qui contient six dièses. Après lui 
Tient le ton d'iUd avec sept dièses. 

Alors, je continue îi l'interroger : Quel ton 
vient après celui à'utd? —C'est le ton de sohl. 

.—Combien a-l-il de dièses ?-— Il en a huit, 

niais pourtant il n'y u que sept notes : comment 

cela peut-il être? Cette question mérite 

d'autant plus d'être faite , qu'aucun auteur que 
je sache , même théoricien, ne l'a expliquée. Je 
fais donc voir à l'élève qu'ici un fa simple dièse 
sort de la série pour faire place «un/a double 
dièse qui n'est pas tout-à-fait un sol } comme il 
le sait bien, et dont 1û définition est de faire 
seconde mineure contre le sold ; c'est dans ce 
sens, lui dis-jc, que l'on compte huit dièses an 
ton de soldj quoiqu'il n'y en ait réellement que 
sept, dont un double et six simples. Il voit, 
après cette explication , comment le ton de rerf 



(99) 

Contiendrait neuf dièses, savoir : deux doubles 
Jâet ut, et cinq simples; comment le ton de lad 
en contiendrait dis , celui de mid onze , et celui 
de sid douze. Il prévoit qu'ensuite naissent les 
triples dièses , et que la théorie n'a plus ici de 
bornes ; mais je l'avertis que lu pratique se ren- 
ferme dans les sept premiers tons tout au plus, 
ce qui n 'empêche pas qu'il ne vienne quelque 1 
son double dièse quand on module dans les trois 
ou quatre derniers de ces sept tons, comme je 
lui en ferai voir des exemples. 

Je le tiens encore sur ce sujet, et l'y tieriS 
plusieurs jours avapt d'en changer. Je lui fais 
remarquer quelles altérations le ton éprouve" 
quand on élève la tonique de seconde majeure; 
que c'est comme si on l 'élevait de deux quintes, 
et qu'ainsi le ton reeoit deux nouveaux dièses. 
Par exemple : ton d'af point de dièses, ton de ré 
deux dièses, ton de mi quatre dièses, etc. ; ou 
bien , ton de sol un dièse , ton de la trois dièses, 
ton de Ira cinq dièses, etc. , ce qui est conforme à 
ce que nous connaissions d'avance ; que si, au. 
contraire, la tonique s'abaissait de quinte ou 
de seconde majeure, il sortirait un dièse ou 
deux dans l'ordre contraire qu'ils sont entrés, 
II verrait aussi facilement ce qui arrive quand la, 
tonique varie de seconde mineure, et quand elle 



( 'oo ) 

varie seulement de demi-ton mineur ou de ton* 
autre intervalle quelconque. 

Je passe aux tons par bémols : j'aurai à en dire 
des choses analogues. D'abord, le sib étant d'une 
quinte majeure au-dessous du fa , comme le fa 
est d'une quinte majeure au-dessous de Vut } et 
de plus ayant dû, pour passer du ton d'ut à 
celui de fa } éliminer la sensible si et la rem- 
placer par un sib qui est devenu la sous-domir 
nante du nouveau ton, il s'ensuit que, pour 
passer du ton de fa à celui de sib, il faut de 
Blême éliminer la sensible mij et la remplacer 
par un mib qui sera sous-domï riante dans le ton 
où l'on entre ; qu'au-dessous du sib , et a quinte 
majeure d'intervalle , on prendra le ton de mib 
par l'insertion du lab à la place du la , et ainsi 
de suite. Par où l'on voit qu'en abaissant la 
tonique de quinte, il survient à chaque fois un 
nouveau bémol plus bas de quinte que le pré- 
cédent, et que ce bémol dernier entré prend 
la propriété de sous-dominante, rejetant sur le 
précédent celle de tonique, sur l'antépénul- 
tième celle de dominante , etc. ; par où encore 
l'on peut comprendre ce que signifient ces pa- 
roles des solfèges : les bémols se posent à la clef 
par quintes en descendant , dans l'ordre si mi la 
ré sol; et que le premier bémol de cette série 



constitue le ton de fa 3 les deux premiers celui 
de «ôj les trois celui de mibj les quatre celui 
de lob j les cinq celui de rêb. Ici je ferai , comme 
pour les dièses, le tableau de ces cinq gammes 
par bémols comparées à celle d'ut; puis j'éten- 
drai la série jusqu'aux tons par doubles ou 
triples bémols , pour en rendre la théorie com- 
plète et lumineuse; enfin, j'examinerai quelles 
altérations le ton éprouve quand on abaisse la 
tonique de seconde majeure, puis quand on la 
fait varier d'un intervalle quelconque. Je sup- 
prime ici les détails, parce que le lecteur les 
suppléera aisément, d'après ce que j'ai dit sur 
les dièses. 

. Mais il reste à faire un rapprochement im- 
portant entre les tons par dièses et ceux par 
bémols, pour rendre cette théorie tout-à-fait 
complète. Jeprends un wfau milieu de l'échelle ; 
de là je fais voir les tons par dièses s'élevant de 
quinte en quinte les uns sur les autres au-dessus 
de cet ut, et les tons par bémols s'abaissant de 
quinte en quinte au-dessous; puis, parcourant 
cette échelle dans toute son étendue, d'abord 
de haut en bas et de quinte en quinte, l'élève 
voit que les dièses sortent un par un 3 et qu'arrivé 
au ton i'ut d'où l'on ne peut plus tirer de dièses , 
n'_y en ayant point , les bémols entrent alors" de 



(' ■» > 

la même manière que les dièses étalent sortis, 
et qu'ainsi augmenter d'un bémol est l'équiva- 
lent de diminuer d'un dièse. Cette remarque lui 
est ensuite confirmée en descendant l'échelle 
de seconde majeure, parce qu'alors les dièses 
sortent deux par deux, et qu'arrivé au ton de 
solj qui n'en contient plus qu'un, de dièse sort 
h son tour, et un bémol entre à la quinte au- 
dessous que serait sorti le second dièse, s'il y 
en avait en ; ce qui établit le ton de fa dans la 
môme analogie, après quoi les bémols conti- 
nuent d'entrer par couples comme les dièses 
étaient sortis. En reparcourant l'échelle de bas 
en haut, soit de quinte en quinte ou de seconde 
en seconde, il tire les conséquences réciproques. 
Se là , il généralise en un seul deux principes 
posés ci-dessus pour les tons par dièses et pour 
ceux par bémols, savoir: qu'en élevant la tonique 
de quinte majeure, il entre un nouveau dièse ou. 
il sort un bémol; qu'en l'élevant de seconde 
majeure, il entre deux dièses on il sort deux 
bémols; que c'est le contraire si l'on abaisse la 
tonique, et que toujours on peut compter un 
bémol sorti comme un dièse entré, ctviccvcrsâ. 
Enfin, je lui fais comparer deux tons, l'un par 
dièses et l'autre par bémols, dont les toniques 
ne différant que de demi-ton mineur occupent 



C io3 5 

ïe même barreau do l'échelle, comme sol et 
solb, ré et réb, etc. Il remarque aisément que 
le nombre de bernois dans l'un de ces tons est 
complément du nombre de dièses dans l'autre , 
pourfaire toujours le nombre sept. Parexemple, 
il voit deux dièses en ré et cinq bémols en réb, 
quatre dièses en mi et trois bémols en mtèj etc. ; 
je lui fais voir que ce fait dépend d'un principe 
plus général, qui est qu'en abaissant la tonique 
de demi-ton mineur , la gamme perd sept dièses 
ou acquiert sept bémols, et que c'est le contraire 
quand on élève la tonique de demi-ton mineur. 

Du mode mineur. 
Quoique je n'aie rien dit du mode mineur 
jusqu'ici, pour ne pas interrompre la théorie 
de la formation des tons, je n'ai pas laissé, 
chemin faisant, d'y exercer mon élève, surtout 
au mode mineur de la } dont je lui ai appris à 
lier les phrases avec celles d'ut majeur. J'ai 
premièrement bien fixé son idée sur ce qui 
caractérise ce goût de chant , et qui le distingue 
du mode majeur d'ut j avec lequel néanmoins il 
a des notes communes, tout comme en ont les 
tons majeurs entr'eux. C'est par l'accord de la 
base qu'il a d'abord senti la dïU'érencc des deux 
modes , différence qui ne vient que de la mé- 



( >o4) 

dia'nte, comme on l'a vu ci-devant; il l'a sentie 
ensuite dans l'insertion du sol dièse à la place 
du sol pour donner une sensible à ce mode , et 
quelquefois encore dans l'insertion du fa dièse 
à la place du fa pour monter de la dominante à 
la tonique. Mais ce qui l'a frappé davantage, 
et que je lui ai fait bien observer, c'est la non- 
permanence de ces deux dièses et les quatre 
variétés qu'ils produisent dans le second tétra- 
corde de la gamme, dont l'une , mifad sold la, 
appartient distinctement au mode majeur de/a ; 
dont l'autre , mïfa sol la, offre un ordre réci- 
proque au précédent entre les trois intervalles 
de seconde qu'on y voit; et. dont les autres, 
enfin , présentent, soit en elles-mêmes, soit par 
leur réunion avec le premier tétracorde, des 
tespeces d'intervalles qu'il éfait loin de soup- 
çonner, et que cependant il a chantés plusieurs 
fois avant de s'apercevoir qu'ils étaient d'une 
espèce nouvelle : je veux parler des intervalles 
inaximes et minimes ou, en d'autres termes, 
augmentés et diminues. 

La première fois que je fis passer devant lui 
un de ces intervalles , ce fut, par exemple , sold 
lit, ou celui-ci sold fa, qui sont dans le mode 
mineur; il put alors éprouver un moment d'em- 
barras ; mais il fut bien facile de l'en tirer* 



( .«5 J 

tomme je l'ai déjà fait voir dans «ne circons- 
tance pareille à l'origine des leçons. Pour le 
répéter ici eh deux mots, je n'ai eu qu'à prendre 
On son dont les intervalles au sold et à l'ut lui 
fussent assez familiers; le la, par exemple, ou 
le si, ont pu servir à cette opération, c'est-à- 
dire, que je n'ai eu qu'à faire succéder ces deux 
chants dans cet ordre : la ut-sold la, ou bien 
faire répéter ce trait : ut si la sold. On voit de 
même ce que j'ai dû faire pour l'intervalle sold 
fa ou pour tout autre. 

Quand il sut chanter ces deux intervalles, je 
dus lui faire observer qu'ils ne ressemblaient à 
aucun de ceux qu'il avait chantes jusqu'alors. 
Pour cela, je l'interrogeai à l'ordinaire sans le 
prévenir de rien. Qu'est la quarte sold ut, lui 
demandai-je? Il me répondit par ce raisonne- 
ment : D'abord, la quarte sol ut est mineure, 

par conséquent, la quarte sold ut est est 

moins que mineure; mais cela peut-il être, nous 

n'en avons jamais vu de telle? N'importe, 

lui dis-je ; voici la première , et le raisonnement 
qui nous l'a fait découvrir est fort juste. De 
même, oontinuai-je , qu'est In quinte ut sold? 
Alors il répondit avec assurance : Elle est plus 
que majeure, parce que déjà ut sol est une quinte 
majeure, et que le sol, en devenant dièse, 



C ">6) 

s'éloigne de VuL II vit de même ce qu'était la 
septième ou la seconde sold fa : l'une moins que 
mineure, l'autre plus que majeure; je n'eu3 
donc qu'à lui dire qu'on appelle maximes ou, 
augmentés les intervalles plus que majeurs , 
tandis qu'on appelle minimes ou diminués les in- 
tervalles moins que mineurs. Il est clair que 
c'est toujours l'élève qui découvre l'idée nou- 
velle dans la route que je lui fais suivre , et que 
je ne viens qu'après lui pour y poser une éti- 
quette , y mettre un nom. 

Nous avons dut autrefois comment le dièse ou 
le bémol peut faire passer un intervalle du ma- 
jeur au mineur, ou réciproquement; il est aisé 
de voir ici comment ces mêmes altérations 
peuvent le faire passer du majeur au maxime, 
ou du mineur au minime, et vice versa: de sorte 
que l'élève est à présent en état de résoudre 
cette question générale : un intervalle quel- 
conque étant donné par bécarre , par dièse , 
ou par bémol , dire à laquelle des quatr^es- 
pèces il appartient, c'est-à-dire, s'il est majeur 
ou mineur, maxime ou minime. 

Wons avions vu aussi que le majeur a pour 
complément le mineur, et vice versâ; nous 
voyons de même à présent que le maxime a. 
pour compléments minime,et réciproquement. 



C *°7 ) 

Je fais remarquer encore à mon élève que dans 
l'analogie de nos définitions d'intervalles , celui 
que nous avions appelë demi-ton mineur pourrait 
s'appeler unisson augmenté, et que son complé- 
ment ou renversement donne l'octave diminuée; 
qu'aussi l'intervalle plus petit fad soli , ou mi 
fab, ou mid fa, qu'on appelle comma, ou quart 
de ton chez les musiciens (i) , est une vraie se- 
conde diminuée , dont le complément est une 
septième augmentée. En outre , je l'avertis que 
la quinte mineure si fa, déjà improprement 
appelée fausse quinte, est encore plus impropre- 
ment appelée quinte diminuée, et que la quarte 
majeure fa si, soi-disant fausse quarte , est dite 
encore mal à propos quarte augmentée. L'élève 
voit bien que c'est si fab ou sid fa qui serait la 
quinte diminuée, et que c'est le renversement 
de ces intervalles qui ferait la quarte augmentée; 
aussi il se récrie sur ce que l'on prend ainsi 
les mots à contre -sens dans la musique plus 
qu'ailleurs : je lui réponds que c'est l'usage* 
car ce mot sert à expliquer beaucoup de choses. 



(i) Ce petit intervalle n'est point exactement le quart 
d'un tan ou d'une leoonde majeure ; selon 1 «l'enfnce 
citée à la note de la page So , il soraît la moitié du 
demi-ton mineur, le tiers du demi-ton majeur, et par 
conséquent la cinquième partie d'un ton entier. 



( '«») 

Enfin , je lui fais remarquer qu'on ne rend pas 
à son gré maximes ou minimes tous les inter- 
valles de la gamme, la chose étant trop diffi- 
cile , comme il le sentira bien , s'il l'essaie un 
moment. Je lui dis qu'on peut faire la septième, 
la quarte et la tierce diminuées, et je l'y exerce; 
mais qu'on ne peut pas faire telles la quinte, 
ni la sixte ni l'octave. Quant aux intervalles 
augmentés qu'on peut ou ne peut pas faire , 
ils sont les complémens de ceux-là. 

Je lui explique ensuite aisément ce que c'est 
que deux modes relatifs, majeur et mineur, en 
prenant pour modèle le majeur d'ut avec le 
mineur de la qui sont dans cette hypothèse, 
et lui faisant voir que si la propriété à'iU se 
porte à un autre son de la gamme, la propriété 
de la suit la première à une tierce mineure 
d'intervalle par-dessous; que, par exemple, le 
mode majeur de sol a pour relatif le mineur 
de mi; ainsi de tous les autres dont je lui mets 
le tableau sons les yeux , et que l'exercice lui 
grave suffisamment en mémoire. 

Il me demande alors si le mode mineur est 
annoncé à la clef par des dièses ou des bémols, 
comme l'est le mode majeur. Je lui fais voir 
qu'il serait inutile de l'annoncer de cette ma- 
nière , à cause des variétés fréquentes auxquelles: 



C ">9 ) 

il est sujet dans son second tétracorde. Le mode 
mineur de la, par exemple , ne peut pas se dé- 
signer à la clef par ïejadel le sold, parce que, 
quoique ces deux dièses s'y rencontrent, néan- 
moins ils n'y sont pas permanens. On se con- 
tente donc de ne rien mettre à la clef; mais 
cette désignation étant faite la même pour le 
mode majeur d'ut, elle laisse dans le doute 
«ur le mode de la pièce écrite , et l'on est obligé 
de lire du moins une couple de mesures pour 
deviner la pensée de l'auteur. Néanmoins, ceci 
n'est pas un inconvénient pour mon élève , et 
il a bientôt vu si \'ât , par exemple, qu'il sup- 
posait tonique en mode majeur, n'est pas plutôt 
une médiante en mode mineur. De là, se rap- 
pelant ce qui a été dit de la génération des 
tons, ïl conclut généralement que l'armure de 
la clef par dièses ou par bémols annonce tou- 
jours dans l'usage l'une ou l'autre de ces deux 
choses, soit la tonique d'un mode majeur, soit 
la médiante d'un mode mineur ; et que c'est à 
la lecture à déterminer laquelle de ces deux 
choses a lieu (i). 



(1) Quelques auteurs, attachant peut-être trop d'im- 
portance à cette légère incertitude , ont propose de la 
lever , mais par des manière! détournées : l'un voulant 



( M») 

J'ai dit dans l'usage, car, dans le fait, l'armure 
de nos clefs n'annonce point le mode mineur, 

qu'on écrive devant 1j clef la note sensible; l'autre, 
que ce mit la médiante ou la tonique, ce qui revient 
parfaite ment au même. Cependant la chose est inutile & 
oeui qui ne savent pas lire, et elle l'est encore à ceux 
qui savent. D'ailleurs, pourquoi feindre de dévoiler 
une énigme par une énigme? n'est-il pas plus simple 
d'en dire le mot , si l'on veut parler pour être entendu^ 
Qu'on mette donc à la clef ce mot, majeur, ou celui-ci, 
mineur, si l'on tient h faire connaître le mode aux yeux 
un instant avant que la voix n'en décide. Il est même 
étonnant que cette dernière indication , franche et pré- 
cise , soit exclue de la tetc d'une pièce de musique, 
tandis qu'elle est admise, comme on sait , dans le cou- 
rant de la modulation. De lit cet embarras de règles 
qu'on donne aux élèves pour déterminer le modo , dont 
l'une est de regarder les accords d'harmonie ( quand 
il en est capable) , mais dont la plui pauvre et la moins 
tûre est de regarder la dernière note de la pièce. 11 est 
clair que ces règles ne sont que pour les yeux , qu'elles 
ne vont pas à l'esprit, et qu'elles sont dédaignées de 
peux qui savent lire ; mats leur existence prouve l'insuf- 
fisance des méthodes' pour accoutumer l'oreille à U 
distinction des tons et des modes, et qu'on croit y sup- 
pléer en accoutumant les yeux a la distinction des purs 
signes qui représentent ces idées. C'est comme si l'on 
faisait lire à un enfant des mots d'une langue étrangère , 
pour U seule fin de les lui entendre articuler. 



elle A 'annonce rigoureusement que le mode 
majeur. Ainsi, quand on dit qu'un bémol à la 
clef constitue le ton majeur de fa, ou le mineur 
de ré, on énonce une fausse idée, puisqu'on 
ferait entendre que ces deux modes contien- 
nent le même système de sons, ce qui ne saurait 
être , y ayant l'ut dièse dans le second mode 
qui n'est pas dans le premier , et au contraire 
\'u£ naturel dans le premier qui n'est pas dans 
le second. C'est pour préserver mon élève de 
cette incorrection du langage, que j'ai dû établir, 
avec plus de précision qu'on n'a coutume de le 
faire, la distinction des deux modes majeur et 
mineur: le mode mineur, lui ai-je dit, contient, 
à sa sensible près , les mêmes sons que le majeur 
relatif. D'où il suit qu'en Lémolisant là sensible 
du mode mineur ( comme en faisant du so /dièse 
un sol bécarre), on entre sur la dominante du 
mode majeur relatif; et aussi qu'en diésant la 
dominante du mode majeur, on entre sur la 
sensible du mineur relatif. 

Je regarde donc comme de fausses notions 
qu'on donne aux élèves, de leur dire qu'on^les- 
cend la gamme mineure avec d'autres sons qu'on 
ne la monte. C'est les jeter dans l'indécision 
sur la composition de cette gamme. La gamme 
majeure a bien , quand on veut , le même prï- 



HUp, et ccprivilége-là "' e » 1 aotre ohoïe ^ u ' a "" 
modulation, c'est-à-dire, un changement de ton 



ouaemuuaa" 1 »! » 

que 1» second tétracorde de la gamme mineure 
est sujet à de fréquentes variétés , on ne devrait 
pas S e dispenser de leur dire que ces varietis 



pas se iuap<='"-- — - 
diverse» constituent autant de diverses modu- 
lations, et qu'il est absurde de les représenter 
comme appartenant toutes à la même gamme ; 
ainsi de ces quatre variétés i 
mi /<i soZ la, 
mi fad sold la, 
mi fad sol la, 
mi fa sold la, 
la première appartient incontestablement «u 
mode majeur d'ut; la seconde , au mode majeur 
de te; la troisième , au modo majeur de sol (on 
au mineur de mi) ; et la quatrième, seulement 
au mineur de h. 

Ce qui engendre le mode mineur et le carac- 
térise , ce n'est pas seulement l'altération de 
certains sons de la gamme naturelle , car cette, 
altération peut n'amener qu'un changement de 
ton en .conservant le mode le même, comme 
il arrive, par exemple, si l'on dièse le/« on 
ai l'on bémolUe le si, etc. ; mais c'est l'mserti.» 



Digilized Dy Google 



<»>). 

d'intervalles augmentes et d'intervalles diminués 
parmi les intervalle* majeurs et tniaeuTs. C'est 
là ce qui produit évidemment des impressions 
et des idées nouvelles que ne pouvait pas 
faire naître la gamme ordinaire , puisqu'elle ne 
contient que des intervalles majeurs et mineurs 
seulement. Ainsi, dans le mineur de la on trouve 
la septième diminuée sohlja,\& quarte diminuée 
soldat, et une seconde avec une quinte aug- 
mentées qui sont le renversement de ces deux 
intervalles. Voilà comment je prémunis mon 
élève Contre l'erreur de ceux qui représentent la. 
gamme mineure par ces deux systèmes de sons: 

en montant la si ut ré mi fiid soïd la; 

en descendant la sol fa mi ré ut si la. 

On ne peut pas mieux méconnaître le caractère 
ou mode mineur, qu'en le représentant de cette 
manière. On insère lejàdj dit-on , pour adoucir 
la dureté de la seconde augmentée fa sald; et 
c'est justement cette seconde qu'on élimine, qui 
aurait caractérisé le mode. 

Si , maintenant, je lui explique la succession 
des tons dans un morceau de musique, je le 
fais facilement par le plus grand nombre de 
notes communes que deux tons puissent avoir, 
ce qui rend la transition beaucoup plus douce 



r»4) 

que s'ils en avaient moins. Par-la, il se rend 
aisément raison pourquoi à la sortie d'un ton 
on prend d'abord celui de la dominante ou de 
la sous-dominante, car il reste six notes com- 
munes, ou le plus qu'il y en puisse avoir ,.pour 
établir la liaison ; fl apprend que la modulation 
sur les notes communes, surtout aux trois notes 
d'accord parfait qui en font partie , sert à pré- 
parer l'entrée au nouveau-ton, et à annoncer 
le dièse ou le bémol qu'il va contenir avant 
qu'on l'ait entendu sonner. Il s'explique de 
même pourquoi aux changcmens de mode, 
sortant du majeur , on prend le mineur de la 
même base , ou celui de la sous-sensible ; car le 
quintacorde de la base au mineur est tout com- 
posé de notes du majeur dans le second cas , ou 
n'a changé que sa médiante dans le premier 
cas , tandis que le tétracorde , complément de 
la gamme, est en partie commun aux deux 
modes , sauf les altérations auxquelles le mineur 
est sujet dans sa sixième ,et septième noteSi 

Au point où nous en sommes parvenus , H 
manque peu de chose à mes élèves pour com- 
pléter leur instruction , sinon une pratique suf- 
fisante sur tout ee qui précède : c'est à quoi je 
consacrerai les quatre derniers mois de ce cours, 
en y. comprenant aussi tout ce qui concerne 1* 



( "5 ) 

mesure ; mais ne parlant encore que de l'into- 
nation, voici, je crois, le plus fort exercice 
qu'on puisse leur demander : je marque à la 
baguette une série de phrases plus ou moins 
composées, dont je change continuellement le 
ton ou le mode, passant ainsi jusqu'aux tons les 
plus éloignés; alors, à chaque transition qui 
s'opère , l'élève, dit le nouveau ton que l'on 
prcud j or , ce n'est que par les propriétés abs- 
traites ou générales des notes qu'il peut le re- 
connaître , il falit donc que ces propriétés soient 
bien gravées dans son esprit 

En outre, je prends un ton quelconque qui ait 
des cordes communes ayee celui à'utj et de ces 
cordes communes je compose des phrases dont 
le ton ne laisse pas que d'être bien prononcé. 
Je pose ces phrases sous les yeux de l'élève qui 
aussitôt détermine à la lecture le ton elle mode 
dans lequel chacune se trouve écrite; et il lui 
ajoute même une terminaison tonique, si j'en 
ai laissé le sens suspendu. Cette opération, est 
d'autant plus extraordinaire, que l'élève n'a ici 
pour se conduire que le jugement de l'oreille 
sur les impressions que le chant lui fait éprouver. 
Il ne peut point juger par ses yeux, puisqu'il 
ne voit ni dièses ni bémols dans ces phrases, et 
qu'au contraire il se propose de reconnaîtra 



(..6) 

quels sont ceux qu'on y a sous-enténdu. Il aff 
juge pas non plus par la dernière note de la 
phrase, puisque j'évite , quand je veus , de la 
terminer , et qu'alors il la termine lui-même. 
H s'ensuit donc que je lui ai appris à sentir la 
tendance tonique du cliant, et qu'il sait effec- 
tivement reconnaître, à l'audition, sur quelle 
note une phrase court au -repas. C'est par là 
qu'il sait faire l'analyse d'une pièce de musique , 
et aucun musicien ne la sait faire autrement. 

Soit par exemple ces diverses phrases : 
|«ffliii|r«f1i-»l«»l*«*l»«*l"« 

'] c a | Oc ha | be ee j ah 'ra | i c | etc. 

,\gbg\«c a \*c*\g-g\gbg\a'ce\'d. 
.j 'e'ge | b h \ ca hg \ 7 S Ta \cbag\b- | etc. 
jlfiAl/'l \fS"f\<:*\e- 

Il n'est pas un de mes élèves qui , en les lisant 
ici , n'ajoute à la première un c pour finale; k 
ïa seconde , un a; à la troisième , un gj à la qua- 
trième , un e ; à la cinquième , un f;k la sixième, 
uim?. Que j'écrive des phrases en d'autres tons, 
par dièses ou par bémols, en évitant d'y em- 
ployer tous les accidens du mode et en n'y en 
mettant que quelques-uns, il est évident que 



( "7 ) 

l'élève saura découvrir de même quels sant les. 
autres accidens sous -entendus, d'après la dé- 
termination de la tonique; ainsi, par exemple, 
il jugera que cette phrase : 

f\ d M cbàb | c e oJf\ cc~cdcba j etc.([) ! 

est dans le ton destbémol, mode mineur, et que 
par conséquent il peut s'attendre à y voir pa- 
raître , outre le fi et le rf, encore le è et le g qui 
sont de ce ton. * 

U suit de ce qu'on vient de voir, qu'il saura 
lire aussi une pièce de musique dont on effa- 
cerait, l'armure de la clef, qu'on rejetterait toute 
ou en partie dans le courant de la pièce ; ce qui 
est un vrai tour de force dont on a souvent dit 
que les seuls Italiens étaient capables. Le Slabat 
de Pergolèse est écrit de cette manière ; il com- 
mence en/a, mode mineur , et la clef ne pré- 
sente que trois bémols: le quatrième, qui est 
ré bémol, étant rejeté dans le courant de la 
modulation. C'était ainsi l'usage des anciens mu- 
siciens, fondé sur je ne sais quels motifs, de 
mettre à la clef un bémol de moins que nous 
dans les modes mineurs. Mais, outre ces exem- 
ples , les morceaux de récitatifs nous en of- 



(i) Ce ùgna (i) désigne le bémol; il daïnîl trtierscr le Corp de 1» 
lMliti tomme il ■ eut iii o.ge j3. 



("8) 

front •'autres où toute armure de clef devient 
presque inutile par la multitude des modula- 
tions qu'on y pratique ; et il faut bien , pour 
les lire , savoir faire l'opération dont je parle. 

C'est pendant cette sorte d'exercice que je 
lui explique les règles générales de la modula- 
tion, la manière de préparer les changemens 
de ton et de métamorphoser les propriétés 
des notes. J'ai dit ailleurs combien ces pro- 
priétés mobiles lui causent de surprise et de 
plaisir : elles seraient dignes d'en causer à des 
philosophes; ils y trouveraient, je m'assure, 
un beau sujet d'admiration , car c'est là que se 
passent les plus grands phénomènes de la mu- 
sique; c'est là que les ont puisés, pour émou- 
voir nos ames , tant de beaux génies dont noua 
révérons les chefs-d'oeuvre. Ils n'étaient pas 
seulement inspires pour créer ces chants subli- 
mes, mais ils avaient profondément observé lea 
singuliers effets dont je parle. Le vulgaire voit 
de l'inspiration là où il ne découvre pas les 
vraies causes; mais l'inspiration , telle que le 
hasard, n'est qu'un mot qui n'explique rien: 
c'est la science qui doit expliquer tout. 

Des clefs et du ton absolu. 

Il ne me reste plus qu'à faire connaître à mon 



( -9) 

ilèye la destination des clefs en musique , et la 
manière usitée de prendre le ton ; je dis la ma- 
nière usitée, car depuis long-temps il en sait 
une autre dont je parlerai tout-a-l'heure. Avant 
tout je dois lui faire connaître la construction 
du piano : pour cela , je le mets devant un cla- 
vier, ou seulement je lui en dessine un. Je lui 
fais remarquer la distribution des touches noires 
par groupes de deux et de trois , et celle des 
touches blanches par groupes de trois et de 
quatre, où sont intercalées les noires, excepté 
dans les endroits de la jonction des groupes. 
Je lui propose alors de découvrir de lui-même 
les noms des touches blanches qui sont pour 

les notes dites naturelles Il raisonne sur 

cette question : s'il n'y a pas de noires à la jonc- 
tion des groupes blancs , il faut que ce soient là 
les endroits de la gamme où l'on ne fait pas de 
dièses ni de bémols; c'est donc là que sont 
placées les deux secondes mineures mi fa et si 
ut; les jonctions font donc cette série : 

mi fa.... si ut..... mifi si ut..... 

d'où U est clair, puisque jh si est une quarte 
et ut mi une tierce ( que les groupes de trois 
blanches sont ut ré mij et les groupes de quatre 
sont fa sol la si. 



( «D ) 

Maintenant je lui fais observer qu'il j a plu- 
sieurs octaves consécutives dans le clavier, et 
que les clefs mises aux portées sont pour dési- 
gner .dans laquelle de ces octaves doit être exé- 
cuté le chant écrit; car il pourrait également 
s'exécuter dans toutes. Je lui fais voir l'ut du 
milieu du clavier, et je lui dis que c'est cet ut 
que désigne toute clef d'ut sur les lignes noires 
de la portée ; qu'ensuite la clef de sol désigne 
la quinte au-dessus de cet ut, et la clef dejfâla 
quinte au-dessous. Voilà pour ce qui concerne 
les clefs. 

Cela posé, je lui représente que les mots ut, 
ré, mi, etc. ne désignent à son esprit que des 
sons relatifs à celui d'entr'eux,qu'il veut prendre 
pour tonique, et dont l'intonation plus ou moins 
haute a jusqu'ici été entièrement de son choix. 
Je l'avertis qu'il n'en est pas de môme pour les 
autres musiciens, et que, par ces mots, il leur 
plaît d'entendre des sons fixes, tels que le ca- 
price â pu les établir sur le piano ; car aucune 
règle naturelle n'a pu y concourir, puisqu'il n'y 
a pas de sons fixes dans la nature, que ceux qu'on 
croit rendre tels par la tension des cordes, la 
longueur des tuyaux, ou autrement, sont su jeta 
à varier par les influences de l'atmosphère , par 
Je froid ou le chaud, le sec ou .l'humide , etc.j 



( «■ ) 

et que l'oreille, enfin, ne pouvant rigoureuse- 
ment conserver le souvenir d'un tel son , la voix 
elle-même ne peut le reproduire que par une 
assez grossière approximation (i). Cependant, 
contimiai-je, cette approximation, toute gros- 
sière qu'elle est, hetant pas regardée comme 
indifférente , voici ce qu'il y a de mieux à faire 
pour l'obtenir : c'est de mesurer.au piano les 
limites de notre voix, de remarquer où atteint 
Je son le plus grave ou bien le plus aigu qu'elle 
puisse exprimer nettement : ce sera un la pour 
lés uns , un sol pour les autres, etc. ; d'où il est 
clair qu'en partant de cette limite une fois con- 
nue , l'élève doit parcourir sur-le-champ la série 
disons du clavier et aller prendre avec assu- 
rance la tonique indiquée par la clef d'une 
musique qu'il a sous les yeux ; je dis du moins 
cette tonique telle que la contient l'instrument 



(t) Ce serait donc une peine inutile que de faite 
dtudier ton par Ion aux élèves l'intonation absolue de 
l'instrument dont ils se serrent , qui est monté d'après 
l'orchestre du -lieu, et même ordinairement plus bas; 
car ceci ne leur servirait de rien' pour un autre orchestre^ 
suppose" même gu'ils parvinssent à reconnaître les ton» 
sur celui-li. Il y a un .moyen plu* simple à prendre i. 
voyez-le dans k IcïU>. 



sur lequel il 
lui avouer qu 




( ■« ) 

iré sa voix ; car il faut bien 
les pianos ne sont pas montés 



au même ton, ni même tous les orchestres du 
monde; en outre, faut-il lui dire que les limites 
de sa voix (sans parler de son timbre) sont mo- 
biles aussi par les mêmes influences qui font 
varier le ton des instmmens; qu'à cela près, il 
aurait un moyen rigoureux de retrouver en lui- 
même tel ou tel ton , et qu'il serait sûr alors 
de chanter aujourd'hui au même ton qu'il aurait 
chanté hier. 

J'ai dit que mon élève a une autre manière de 
prendre la ion convenable à un chant proposé. 
Cette manière est d'autant plus remarquable, 
qu'elle n'exige pas que la clef annonce ce tojjy 
il suffît que le chant soït écrit dans un ton 
quelconque, quand même il serait trop bas ou 
trop haut : voici en quoi elle consiste. L'élève 
remarque dans toute la suite de ce chant les. 
deux limites entre lesquelles il est compris (i), 
ou seulement l'une de ces limites; il y applique 



(l) Il serait commode au lecteur que l'on écrivît ces 
deux limite» en tete de U pièce de musique, 1 la clef, 
pour iui éviter la peine de la recherche, li est des amé- 
liorations si simples, qu'elles semblent n'avoir besoin 
que d'être indiquées pour être admises. 



OigilizMû/ Google 



( „1 ) 

la limite analogue de sa voix sous la propriété 
que l'exige celle du chant , c'est-à-dire , comme 
sensible, ou comme médian Le , ou, etc.; et de 
là il atteint aisément la tonique, soit sons le nom 
d'uf, soit sous tout autre qu'il veut lui donner; 
Voilà le ton effectif (i) établi convenablement 
à J'espèce de sa voix , quoique le chant ait pu 
être lait pour une autre espèce, Én outre , il 
mesure ce ton par l'échelle des sons fixes, d'après 
les limites connues de sa-voïx relativement au 
piano, c'est-à-dire, qu'il examine sous quelle 
propriété sonnent ces limites dans le ton effectif 
qu'il a pris ; et leur appliquant les noms absolus 
que le piano leur impose , il voit tout dé suite 
le nom absolu que sa tonique porterait sur le 
même instrument. 11 peut donc dire à quel ton 
le chant proposé aurait dû être écrit pour l'es- 
pèce de sa voix, c'est-à-dire, comment la clef 
aurait dû être armée. C'est par la même raison, 



(i) Le lecteur doit se rappeler ici la distinction que 
j'ai faite ailleurs du ton effectif au Ion noW ; le premier 
étant celui que prend réellement la voix du cliauteur, 
et 1e second étant celui d'après lequel il solfie les notes i 
en sorte qu'il peut chanter, pareieuiple, au ton effectif 
de la, en solfiant au ton noté de ré ou d'ut, ou de toute 
autre note. 



( t'4 ) 

qu'en écrivant un chant sous dictée , il l'écrit 
à volonté au ton et à la clef qui convient pour 
chaque espèce de voix dont je lui ai aussi appris 
les limites. Sur quoi je n'ai pas besoin d'avertir 
que, si les limites du chant sont plus rappro- 
chées que celles de la voix à laquelle on le 
destine , ce chant peut évidemment être écrit 
en plus d'un ton, sans gêner le chanteur. 

Pour donner un exemple de la manière de 
prendre le ton, qui vient d'être décrite , je 
suppose que la limite grave du chant qu'on a 
sous les yeux soit une médian te, et que l'on 
veuille soliier à l'alphabet à'ut; alors on prend 
sous le nom de mi le son le plus grave de sa 
voix, et de là on atteint aisément Vut qui est la 
tonique cherchée. Mais si l'on voulait, dans la 
même hypothèse, solfier à l'alphabet de Ai, 
alors on prendrait sous le nom cPutd la limite 
grave de sa voix, d'où l'on s'élèverait au Itij qui 
est la tonique. D'un autre côté, le lecteur sa- 
chant que la. limite grave de sa voix est, je sup- 
pose , un sol du piano , il se demande quel est 
le ton où le sol sert de médiante j et comme il 
trouve que c'est le ton dé mib , il en conclut 
que c'est dans ce ton effectif qu'il vient de 
chanter, et qu'il aurait pu de prime abord en 
employer l'alphabet. 



( »5 ) 

L'élève comprend donc maintenant pourquoi 
l'on est obligé d'écrire ]a musique à divers tons : 
cela s'est fait d'abord à cause des instrumens qui 
ne peuvent pas changer les noms des notes eil 
en changeant les propriétés, au lieu que les voix 
peuvent transporter une même échelle de noms 
à tous les degrés possibles. En second lieu, 
quoique les voix puissent se passer à la rigueur 
des diverses armures de la clef, et prendre tou- 
jours sous le nom d'ut la tonique de départ, 
néanmoins , quand elles s'accompagnent de 
quelqu'instrument , on préfère qu'elles dénom^ 
ment les notes de la même manière que l'instru- 
ment lui-même. Toutefois il faut avouer que ce 
n'est pas indispensable , et que le chanteur peut 
là-dessus se mettre à son aise , sans que l'instru- 
ment en soit ni plus ni moins dérangé que si 
l'autre exprimait les paroles d'une ariette en 
place des syllabes de la gamme. Mais, par une 
raison beaucoup plus importante, je préfère 
que mon, élève prenne ordinairement l'wrpour 
tonique de départ (quoiqu'on ait vu qu'il puisse 
faire autrement) : c'est pour que dans la lec- 
ture des bons auteurs dont il fera son étude, 
il puisse plus aisément remarquer et retenir les 
entrelacemens de tons et de modes, et com- 
parer un auteur à un autre; car, par exemple, 



( »6 ) 

deux chants renfermeraient des ira ils et des 
transitions analogues ou presque pareils, que, 
pour le reconnaître au juste , il faudrait néces- 
sairement les rapporter à un. même ton écrit; 
alors seulement les ressemblances ou. les diffé- 
rences sont à découvert rt se montrent d'elles- 
mêmes: ainsi il faut faire à l'élève cette recom- 
mandation expresse à ta fin de son étude, autre- 
ment il solfierait au premier ton venu , parée 
que ce lui serait indifférent, et néanmoins il 
n'en retirerait pas de beaucoup le même fruit. 
Je parle, ici par expérience autant que par spé- 
culation. J'éprouve tous les jours, en dictant 
des phrases à mes élèves, qu'ils les notent, si 
je les laisse faire, avec le premier alphabet qui 
leur tombe dans l'esprit, c'est-à-dire, qu'ils 
supposent partir indifféremment du ton de/ô, 
ou de si/., ou de la „ ou d'un autre ton, et qu'ils 
continuent dans cette hypothèse. Mais je les 
oblige à prendre toujours un même point fixe 
de départ, pour qu'ils remarquent mieux la di- 
versité des routes qui, dans la modulation, les 
en éloignent et les y ramènent. 

Que l'on mette maintenant sons ses veux une 
pièce de musique, il me semble que l'on doit 
trouver dans la masse d'idées qu'il a acquises 
une raison suffisante de croire qu'il va savoir lu 



( "7.) 

lire à la première vue , ou du moins après quel- 
ques minutes d'examen , ai le cas l'exige (j ) (sans 
parler du fait d'expérience qui a déjà précédé 
l'exposition de mes moyens). En effet, à l'ar- 
mure .de la clef, il reconnaît sur quelle ligne 
de la portée est posée la note tonique ; il dé- 



fi) Le mot de livre ouvert pourraiN'tre pris par quel- 
ques-uni dans un sens «étroit, ai rigoureux, qu'il» ma 
nieraient tout court l'assertion ; mais il faut dire qu'il j la 
nieraient de même au premier musicien du monde. S'il 
s'agissait d'une gageure, par exemple, l'adversaire ne 
manquerait pas de chicaner sur la matière inépuisable 
de la justesse des sons et de l'égalité des temps , qu'il 
ne trouverait jamais assez parfaites à son gré ; car il ver- 
rait soi-disant dan! l'une des comma de différence, et 
dans l'autre des millièmes de seconde. Surtout il ne 
souffrirait pas que le lecteur se reprît subitement d'une 
faute , si légère ou si grossière qu'elle fût. Je doute que 
quelqu'un , a ces conditions , voulût hasarder de lire 
deux pages d'un livre , ni qu'en même temps cela lui 
parût une raison suffisante d'avouer qu'il ne sût pas lire 
ï livre ouvert. Ainsi, pour diminuer autant que pos- 
sible cette espèce de chicane , je modifie ici le texte , et 
je demande le qnart-d'heure pour mon élève. Ceax qui 
trouveront que c'est beaucoup , trouveraient encore trop 
de cinq minutes. Ces gens-là. «ont trop difficiles !i con- 
tenter. Qu'il» cherchent ailleurs une meilleure mé- 
thode. 



( "S) 

nomme cette note ut ou autrement; il prend 
le ton, soit d'après la clef, soit d'après les limites 
observées du chant qu'il va exécuter; il prend 
le mouvement de la mesure de la manière qui 
sera dite ci-après; il lit (c'est-à-dire, il chante): 
s'il rencontre des dièses Ou des bémols, il sait 
les entonner; s'il rencontre des bécarres pour 
détruire l'armure de la clef, il les traite comme 
bémols quand la clef est armée par dièses , et il 
les traite comme dièses quand la clef est armée 
par bémols : il remarque, à l'oreille, les chan- 
gemens d<; tons et de mode par le changement 
de propriété des noies ; même il les remarque, 
s'il y a lien, avant l'apparution du dièse ou du 
bémol qui doit les confirmer, et il sait alors 
que ces signes se trouvent dans les autres parties 
de l'harmonie (i). En un mot, on ne s'attend 



(i) Quant aux bécarres employés pour détruire les 
dièses ou les bémols d'une mesure antérieure , et quant 
aux dièses ou bémols employés pour rentrer dans le toa 
de la clef d'oïi quelque bécarre aurait fait sortit, ces 
signes-lj sont d'abord inutiles, puisque les musicien) 
ont posé pour principe qu'un dièse ou un bémol n'a 
d'effet que dans Ja mcsuie actuelle (encore vaudrait-il 
mieux que ce ne fût que sur la noie actuelle), et n'en 
saurait asolr sur les mesures ultérieures. En second lieu, 



( "9) 

pas qu'il lui soit plus difficile de chanter suf 
une suite de points noirs écrits que sur une suitd 
imprévue de coups de baguette. 

Dès qu'il connaît la destination des touches 
blanches du piano , l'élève me demande com- 
ment on fait les dièses sur cet instrument; je 
lui réponds que c'est par les touches noires. — 
Et les bémols, continuc-t-il ? — Par les touches 
noires aussi. — Comment ! dièses et bémols par 
les mêmes touches !....— Oui , lui dis-je; et que 
faut-il en conclure? — En conclure, dit-il, que 
l'instrument est faux; la chose est évidente, 
car les dièses ne ressemblent point. aux bémols: 
Et pourquoi donc veut-on les faire ressembler ? 
^-Ce n'est pas, lui dis-je, pour la pureté de 
l'harmonie, mais c'est, sans doute, pour sim- 



ils sont nuisibles a la lecture, puisqu'ils trompent le 
lecteur en l'avertissant de chercher une note qu'il avait 
sans cela sur les lèvres ou sous les doigts. Par cette 
double raison ces signes doivent être exclus d'une écri- 
ture correcte et régulière, outre qu'ils ne sont pas d'un 
usage universel; car, il faut le dire , ces sîgnes-lii ne 
sont que de pur caprice , et se sont glissés dans la mu- 
sique contre toutes les règles. Pourquoi csl-on si facile 
î» laisser corrompre la pureté des bons signes, tandis 
qu'on est si sévère sur la conservation des mauvais! 

s 



( >3û ) 

plificr le jeu do l'instrument. — Et n'a-t-on pas 
cherche quelque moyeu de rendre l'instrument 
juste sans en compliquer le jeu? Par exemple, 
puisque par des pédales ou peut assourdir ou 
e'claircir les sons, ue pourrait-on pas, par des 
moyens analogues, faire passer le système des 
touches noires de l'état de dièses à celui de 
bémols, et vice versa? — C'est ce qu'il faut pro- 
poser aux facteurs d'orgues, lui dis-je. Au reste, 
jl se pourrait que ce fut par des moyens ana- 
logues qu'on a fait autrefois eu Angleterre, et 
je crois mémo en France, des pianos « claviers 
cowitns, au moyen desquels on pouvait tout 
exécuter par le doigter naturel , et où , par con- 
séquent, tous les tons étaient justes. 11 semble 
que cette invention devait abréger beaucoup 
l'élude de cet instrument, puisqu'un seul doigter 
en remplaçait une quinzaine d'autres. Je ne sais 
pas au juste pourquoi on l'a abandonnée : peut- 
être est-ce parce qu'elle exigeait uue connais- 
sance profonde de la musique, au-delà de ce 
qu'en enseignaient les méthodes alors connues, 
et de plus une égale facilité à lire toutes les 
clefs, condition décourageante, quand on n'en 
apprenait qu'à graud'peine une couple, à quoi 
on les avait insensiblement toutes réduites pour 
s'épargner un excès d'ennui. Mais si, par U 



(.3.) 

méthode que j'expose, on se convainc qu'il est 
aisé d'apprendre toutes les clefs, et le reste en 
moins d'une année, on sera moins éloigné, peut- 
être même on sera désireux de voir renaître le 
piano sous cette forme dont je parle, qui en 
doit rendre l'étude beaucoup moins longue pour 
ceux que ma méthode aura préparés à savoir 
s'en servir. 

Enfin , continue-t-il , que fait-on des touches 
noires? sont-elles toutes dièses, ou foutes bé- 
mols, ou partie en bémols et partie en dièses f 
laquelle de ces trois choses alieu? — Peut-être 
aucune, lui dis-je, car cela dépend du système 
de l'accordeur : les uns, voulant conserver la 
justesse des tons les plus voisins ilWj comme 
ceux de sol et àe/a, de re'et de sib 3 accordent 
juste les deux dièses fa et ut , ainsi que les deux 
bémols si et mi; or, quand viennent les troi- 
sièmes tons de ces deux séries , le ton de la 
d'un côté et le ton de mib de l'autre , le premier 
demande le sold et le second demande le lob ; 
mais, comme on s'impose la condition de les 
faire par une seule et même touche , il est clair 
que le problème est insoluble sous ce point de 
vue : on est donc réduit à choisir 1 ; alors on 
préfère le sold, parce qu'il appartient aussi au 
mode mineur de fo, dans lequel on passe plus 



( -3> ! 

fréquemment que dans le mineur dV qui de- 
manderait le lab. Les choses étant ainsi arran- 
gées, on a donc trois dièses justes et deux bé- 
mols, et l'on peut jouer juste en cinq tons ma- 
jeurs, mais non pas dans tous leurs mineurs 
relatifs ; car il faudrait avoir le réd pour le ton 
de mi, et le lad pour le ton de si. Somme toute, 
on est bien à l'étroit entre si peu de tons. 

Mais ne voulant pas abandonner encore le 
système de l'unité des touches noires , et ne 
pouvant pas réussir dans ce système à rendre 
tous les tons justes, d'autres ont imaginé de les 
rendre tous faux, Il est vrai qu'ils ont su pré- 
senter leur idée d'une manière assez spécieuse , 
en faisant envisager le problème comme une 
petite erreur a répartir sur un grand intervalle , 
tel quel la somme de douze quintes j car , di- 
saient-ils , si l'on accorde juste la suite des 
(jointes en montant depuis Yut, on arrive en 
douze quintes au sid qui ne diffère que très- 
peu de l'ut auquel on voudrait qu'il fût égal j 
donc, si l'on augmente chaque quinte (i) d'une 



' (i) Je dois releTer ici une erreur grossîire dans la- 
quelle tombent quelques partisans de ce sjslùme, quand 
ils disent qu'il faut affaiblir les quintes pour allef 
Atteindre l'ut supérieur, sous prétexte que la suite: 



(■33 5 

quantité imperceptible qui soit la douzième 
partie de cette première différence, celle-cisera, 



de douze quintes conduit a un sid plus haut que l'ut 
Toilin. U faut ne pat savoir ce que c'est qu'un dièse, 
pour émettre une telle opinion. Hais ccui-lii soutien- 







forte" ^dentaab 


i^fo^ : («SW8«^e^i^ trop 


forte aussi, c'esl-a-d 


ire, en d'autres termes, qu'ils nient 


la parfaite égalité de. 


isii quintes majeures qui sontdans 




sol, sol ré, ré lu, lu mi, mi si ; et 


par conséquent ils n 


ient de même in [i.irl.iili; égalité de 


tous les intervalles 


d'une mime espèce, comme des 


tierces majeures d\ 


in cfilé , des tierces mineures de 


l'autre , des seconde 


s majeures entr' elles, etc. etc. ; en 




ent les principes Ici mieui établis 








doute. 11 faut donc les renvoyer 1 


ce qui a été dit plus 


baut sur la manière de démontrer 




i vérités qui sont d'eipérience jour- 


nalière. Ici je vais c: 


taminer sur quoi ils se fondent dam 


leur dénégation : il 


s disent que c'est sur une expé- 


rienec c on trafic toi r 




avant que la scienct 


! eût fait assez de progrès ; voyons 


si cela est possible 


: on accorde parfaitement juste , 


me dit-on, douze quintes de suite Ici je demande 



qu'an me prouve d'abord qu'il n'y a pas sur cliaeuno 
de ces quintes parfaites un diiieme de comtna de trop, 



(ÏSiJ 

pour ainsi dire, effacée sans que l'on s'en soit 
aperçu : et si l'on renforce de cette même quan- 



musicien en puisse décider. De-lï , si l'on me fait voir 
que le sid de la douzième quinte est plui haut que l'ut 
voisin, je crois être fondé ik l'attribuer à l'erreur douze 
fois répétée qu'on a faite. 

Mais ce n'est pas ainsi que raisonnent les partisans 
des quintes inégales ; ils forcent l'expérience dans si 
préparation, afin de lui faire exprimer un résultat qu'ils 

bable que cette expérience n'a jamais été faite , parce 
qu'on a dû la croire as ses bien démontrée à priori, 
par le calcul que l'on va voir , qui est fondé sur do 
fausses hypothèses. 

Le rapport de quinte majeure , posc-t-on en principe , 
est de a a 3 , et le rapport d'octave est de i à 2 ( cela si- 
gnifie que deux cordes dont les longueurs sont prises 
dans ce rapport, sonnent à peu près la quinte majeure 
ou l'octave, en leur supposant d'ailleurs môme tension, 
même grosseur, mémo densité , etc. ) ; or, quatre quinte* 
majeures consécutives donnent ( octaves retranchées ) 
une tierce majeure dans le rapport de 64 à 81 , parce 
que j ■ j ■ J - j = fj, dont le J est ~; en outre, troil 
tierces majeures de suite, à partir de l'ut, font l'équi- 
valent de douze quintes (octaves retranchées), et con- 
duisent à un sid dont le rapport avec l'ut de départ est 
de 26u44 a 53i44' , P^tce que fi=iHftt* 
Or , ce dernier rapport est plus grand que celui de. 



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X .35 ) 

lïlé les quintes en descendant, on formera une 
suite de bémols égale à celle des dièses que 
l'on vient d'obtenir. En réduisant ce paradoxe 
à sa plus simple expression , on trouve qu'il 
revient à partager l'octave en douze semi-tons 
moyens qui seront chacun moindres que le demi- 
ton majeur de tV de comma , et plus forts 
que le demi-ton mineur de -rr de comma : d'où 
résultent des secondes majeures plus fortes de 
-rr de comma que celles de la vraie gamme, puis 
des tierces majeures trop fortes de -n-, etc., etc. 
En un mot, pas un intervalle de juste (sinon 
l'octave); tous les mineurs trop faibles et tous 



! il qui «prime l'octane ; Jonc , conclut-on de là, 
le sid dont il s'agit est plus haut que l'ai qui lui est 
adjacent. 

Ce n'est pas ce qu'il fallait conclure ; il fallait faire 
ici la réduction îi l'absurde , et dire au rebours : donc, 
le rapport de quinte, qu'on a supposé être de i à 3 , 
implique contradiction avec celui d'octave supposé de 
I à ï; et si ce dernier est juste, le premier n'est pas, 
rigoureusement tel ( puisqu'il pourrait s'en suivre l'ab- 
turdité qu'un sid fût plus baut que l'ur voisin ) ; mai) 
il est un peu moindre, quoique ce soit d'infiniment peu. 
En effet, la différence n'est que d'une septième ou 
huitième partie de comma , ou la quinzième partie d'un 
de mi- ton mineur. 



'( '36) 

les majeurs trop forLs. Par où l'on voil que ce 
grand intervalle dans lequel on voulait fondre 
une petite erreur, n'est nuire chose que l'éten- 
due d'une gamme dans laquelle on dissémine 
cinquante différences qui , venant toutes frap- 
per l'oreille à coups rcdoublésj l'importunent 
d'une étrange manière. 

On ne s'étonnera donc pas que ce système ait 
été rejeté; mais, ce qui pourra surprendre, c'est 
que quelques-uns l'aient combattu par une mé- 
taphysique assez singulière. Dans ce système, 
disaient-ils, tous les fous su ressemblent , tons 
les modes aussi ; chacun d'eux perd l'expression 
qui lui est propre et qu'il avait dans l'ancien sys- 
tème. Dans celui-ci, continuaient-ils, un même' 
chant, transpose d'un ton à. un autre, y prend 
en clfet une nouvelle conleur, à raison de l'al- 
tération que subissent plusieurs intervalles: les 
mineurs deviennent plus sombres, les majeurs 
plus gais; il y a enfin une diversité dans tous 
ces tons, qu'on peut regarder comme nne ri- 
chesse acquise a la musique Mais, répon- 
daient les autres , il est plaisant de présenter un 
vice d'intonation comme une richesse de l'art; 
et, quand on a fait de vains efforts pour s'en 
délivrer, comme d'un défaut, d'essayer des ef- 
forts contraires pour le conserver comme une 



( .3, ) 

beauté. Rameau pourtant avait donné dans cette 
métaphysique, mais il l'abandonna pour pro- 
poser le nouveau système qu'on vient de voir; 
alors il soutint que , suivant l'intention de la na- 
ture, l'échelle diatonique doit être parfaite- 
ment la même dans tous les tons ; que l'opinion 
contraire est un faux préjugé ; que le caractère 
d'un air ne peut venir que de l'entrelacement 
des tons et des modes, de la mesure plus ou 
moins vive , du ton plus ou moins grave, plus 
ou moins aigu , qu'au assigne au générateur, et 
des cordes plus ou moins belles , plus ou moins 
sourdes, plus ou moins faibles, plus ou moins 
fortes, qui s'y rencontrent. 

Voilà soutenir un mauvais système par de 
bonnes raisons qui n'y cadrent point , car d'ail- 
leurs tout cela résulte évidemment des princi- 
pes qui ont été exposés dans cet ouvrage. Ce- 
pendant on trouve des idées fort différentes dans 
des livres de physique, d'ailleurs estimables, 
mais dont les auteurs ne montrent pas être au 
fait de la question du tempérament qu'ils ont 
voulu traiter. Telle est cette fameuse question, 
la pierre philosophafe de la musique (car cha- 
que science a eu la sienne ) , qu'on s'y propose 
de faire rendre, par de nicuies cordes invaria- 
bles, les sons dièses et les sons bémols, c'est- 



(.38) 

à-dire, par exemple, un lad et un siS, un sid 
et un ut, etc. On en cherchera vainement le 
moyen , tant qu'on s'imposera cette absurde con- 
dition ; mais en se débarrassant de cette entrave, 
il arrivera peut-être que quelque luthier habile 
dans son art résoudra le problème d'une manière 
satisfaisante , en le preuant sous le vrai point de 
vue qu'on doit s'y proposer , et qui est tel que 
ceci : faire rendre à un instrument quelconque , 
à vent ou à toiiclies , trois systèmes de sons de 
' la manière la plus simple possible, savoir : le sys- 
tème des sons bécarres s le système des sons dièies 
et celui des sons bémols (i). 

Je ne puis parler du tempérament établi, sans 
parler des licences qu'il semble autoriser , soit 



(i) Voici , sur les longueur! de* cordes , quelques 
données dont on pourra tirer parti : 

Le système des cordes bémols se réduirait à l'état de 
bécarres , en les abrégeant do 44 millièmes de leur lon- 
gueur; il se réduirait à l'état de diètes , en les abrégeant 
de 86 millièmes. Si l'on voulait avoir le système des 
doubles dièses et des doubles bémols , il faudrait , eu 
parlant de celui-ci, abréger les cordes de 44 millièmes 
pour avoir les bémols simples , de 86 millièmes pour 
■voir les bécarres, de ia6 millièmes pour faire les 
simples dièses, de 164 millièmes pour faire les doubles 
dièses. 



( .39) 

dans la modulation, soit dans l'écriture musi- 
cale. Rappelons - nous d'abord quelques idées 
sur la génération des tons : les uns se compo- 
sent par dièses et les autres par bémols , de ma- 
nière qu'en coordonnant les toniques sur une 
même ligne , d'après le plus ou moins d'accidens 
qu'elles attirent dans leur échelle, ces toniques 
se trouvent former une progression de quintes 
ascendantes ou descendantes à partir d'wf, com- 
me on le yoit ici. 

Noirs Wmols. Kotei Marra. Noms iiisa. 

etc. fcgdaeb fcgdaeb fcgdaeb de- 
tte. 8 7 6 5 4 J a i o ■ i 3 4 5 «TÎS !■!■ n etc. 

Or , si l'on choisit dans cette série deux sons 
qui ne diffèrent que d'unconim«(a. 1 ' t diminuée), 
tels par exemple qu'un fa dièse et un sol bémol, 
ou qu'un la dièse et an si bémol, un réel un ut 
double dièse, un ut et un redouble bémol, etc., 
on observe que deux tels sons se trouvent pla- 
cés à douze degrés de distance dans la série, de 
façon que l'un étant le quatrième au-dessous de 
l'utj l'autre est le huitième au-dessus ; ou que 
l'un étant cinquième d'un côté , l'autre est sep- 
tième de l'autre côté, etc. 

D'une autre part , comme les dièses et bémols 
simples s'expriment sur nos instrumens par de 



mêmes touches , tandis que les dièses et bémols 
doubles s'y font par les touches naturelles, il en 
résulte que le huitième ton, par dièse, ne pré- 
sente pas d'autres louches que le quatrième Ion 
par bémol , quand on les exécute tous deux sur 
nos mstrumeos tempérés ; que de même le sep- 
tième ton, par dièse, est. composé comme le 
cinquième par bémol; et qu'ainsi, on peut se 
regarder en sol dièse , comme étant en la bémol, 
en fa dièse , comme si l'on était en sol bémol , 
etc. , etc, 

De ces considérations il suit qu'on n'exécute 
jamais réellement de musique ayant plus de six 
dièses ou de six bémols à la clef; car, dès qu'elle 
puratt sept des uns, on l'exécuterait comme avec 
cinq des autres : si elle en avait huit ou plus des 
premiers , on y supposerait quatre ou moins 
des seconds. Ainsi , la dtllieidté y serait d'au- 
tant inoindre , que IViii^mulique écrivain aurait 
feint de la rendre plus grande. 

Disons cependant que la connaissance de trois 
clefs au moins est ici indispensable pour réduire 
la chose à cette simplicité, et qu'il faut savoir 
élever et abaisser d'un degré sur la portée la clef 
de son instrument, lire un soi; par exemple, 
et sur le barreau qui lui appartient et sur les 
deux qui lui sont coaligus : car il se fait alors 



! tii ) 

Une vraie transposition dans l'esprit du lecteur j 
quoiqu'elle n'ait aucunement lieu sur l'instru- 
ment qu'il conduit. Ainsi, par exemple, si la 
clef porte huit dièses, ce qui l'orme le ton do 
sol dièse , il exécute certainement comme en Ut 
bémol, de quelque façon qu'il s'y prenne; mais 
ce la se trouve posé sur le barreau du sol, et 
c'en serait assez pour dérouter un lecteur qui ne 
connaîtrait qli'unë seule clef: de même, si ati 
lieu du ton de fa bémol qu'annoncerait la clef 
chargée de huit bémols, on suppose être en Mi 
naturel, il faut voir ce mf posé sur le barreau ac- 
coutumé du/à. Ainsi, quand un lecteur sait exé- 
cuter à une clef chargée de plus de six accidens , 
quoique dans un sens la chose soit plus facile 
selon notre manière de l'envisager, dans un autre 
sens elle l'est moins, vu l'élut actuel de l'ins- 
truction; etl'ondoit, ajuste titre, lui reconnaître 
le mérite peu commun jusqu'ici de savoir l'art 
de la transposition , mérite qui suppose toujours, 
dans celui qui le possède, une connaissance plus 
approfondie de la musique. 

Voyons comment on enchaîne toutes les mo- 
dulations au moyen du tempérament, pour ren- 
trer dans le ton originaire , sans paraître revenir 
sur ses pas. D'abord ou entre et l'on avance dans 
les tous par dièses, en élevant la tonique do 



, 040 

quinte en quinte (ou l'abaissant de quarte), car 
cette opération amène à chaque fois un nouveau 
dièse , qui est la sensible du nouveau ton ; raaia 
parvenuau sixième ton, qui est celui de/a dièse, 
on se supposeensol bémol, qui est le sixième ton 
par bémol ; et continuant la modulation sur la 
même route qu'on l'a commencée, c'est-à-dire , 
élevant toujours la tonique de quinte, les bé- 
mols sortent un à un comme les dièses étaient 
entrés, et l'on retrouve au bout le ton primitif 
d'ut d'où l'on élait parti : ou bien , si l'on module 
par quartes , on avance d'abord dans les tons par 
bémols jusqu'au sixième ton, et là on prend les 
tons par dièses parlesquelsonrétrograde jusqu'au 
point de dppart. Rien n'empêche d'entrelacer à 
tous ces tons où l'on passe, les modulations mi- 
neures relatives, et, par ce moyen, de sauter 
plus brusquement d'un ton par dièse à un ton 
par bémol, ou vice versa. Par exemple, ayant 
pris le ton majeur de mi, on passe à son relatif 
mineur d'ut dièse; et là, voulant prendre le 
majeur de même base, on regarde cet utd comme 
un réb, ce qui n'amène que cinq bémols, au 
lieu de sept dièses qu'il y aurait eu sans cette 
fausse hypothèse. 

Dest évident que ces sortes démodulations, 
qu'on peut appeler licences , ne sont rien qu'an- 



(,43) 

parentes et qu'elles n'ont aucune réalité. Cepen- 
dant, ceux qui ne connaissent que de routine 
le jeu des instrnmens , y puisent de bien fausses 
idées à ce sujet, en croyant bonnement de faire 
des tours de force. Ainsi, vous leur entendrez 
dire qu'on peut passer immédiatement du ton 
de si à celui de sol bémol , c'est-à-dire , abaisser 
la tonique d'une tierce maxime, qu'on peutpas- 
ser de mi eh réb , et de mib en fad : ils croient 
appuyer ces assertions d'un exemple pratique; 
mais, dès qu'on les écoute, l'oreille ne prend 
pas le change, on s'aperçoit bientôt qu'ils n'ont 
pratiqué que des modulations ordinaires, que 
c'est de si en fad qu'ils ont passé, non en solb f 
que c'est de nu en utd f de mib en solb j ainsi des 
autres. 

Il règne à cet égard une sorte d'indépendance 
entre les sons de notre système tempéré , qui 
fait qu'ils sont toujours prêts à prendre la cou- 
leur du ton où l'on veut les introduire , non que 
cela ait lieu sans- quelque erreur que l'oreille 
remarque bien; mais, chose singulière, elle s'ef- 
force d'anéantir ces erreurs en même - temps 
qu'elle en est affligée , et elle les redresse dan9 
un sens ou dans un autre, en supposant nulles 
des différences qu'elle ne peut apprécier. Si, par 
exemple , on frappe ou l'on arpège sur le piano 



( '« ) 

l'accord majeur sib ré fa, précède" et suivi de 
l'accord mineur sib mib solb, l'oreille se prévient 
d'abord pour le ton mineur de mib; elle ne voit 
qu'un accord de dominante dansïiô ré/a, et un 
accord de tonique dans sib mib solb. Celte pre- 
mière impression lui fait pressentir dès-lors tou- 
tes celles qui doivent s'ensuivre dans ce ton ; et 
si l'on attaque à présent l'accord incomplet iàb 
ré fa , que l'on s'y repose un moment , l'oreille 
qui a bien senti venir cet accord sous la qualité 
de seconde augmentée, attend impatiemment 
qu'il fasse sa résolution sur l'accord tonique; 
elle le désire si fort, que, si vous retardez trop 
cette résolution , la voix de l'auditeur vient de 
suite au secours de son impatience etexprime cet 
accord tonique que vous refusez de lui donner. 
Mais vous qui aviez un autre but en faisant cette 
suspension, et qui méditiez une tricherie, vous 
plaisant à considérer l'accord suspendu comme 
étant celui de quinte mineure si ré fa, parce 
que, dites-vous, Yutb se fait sur l'instrument 
avec la touche du si, vous lui donnez pour réso- 
lution l'accord ut mi sol, qui est bien un accord 
tonique, puisque vous le rendez tel, mais qui 
n'est pas celui qu'attendait l'oreille. Aussi il se 
fait un choc bien désagréable au moment de ce 
passage, c'est une détonation plutôtqu'un chan- 



(■43) 

gement de ton. Toutefois, comme vous refrap- 
pez à plusieurs reprises ces deux accords si ré fa. 
etutmisol consécutivement, l'oreille revient peu 
à peu de son étourdisse ment ; et jugeant qu'elle 
est à présent dans le ton majeur d'ut, elle en- 
tend sonner la touche si, sous une tendance à 
monter sur Vut, tandis qu'auparavant elle en- 
tendait ce même son sons une tendance à des- 
cendre au sib, mais c'est parce qu'elle le regar- 
dait comme un utb. Voilà donc deux jugemens 
différens qu'elle porte sur le même accord , on 
plutôt sur l'intervalle de deux mêmes touches 
de l'instrument, regardant' cet -intervalle ou 
comme une tiercé mineure si ré, où comme 
une seconde augmentée utb ré, selon la route 
qu'elle voit qu'on lui fait tenir. ' 

E n'y a pas d'autre manière d'expliquer ceci 
qu'en disant que la succession des sons et des 
accords, entonnés justes, est soumise à des lois 
naturelles que l'oreille prend pour guide, môme 
quand ces sons et ces accords sont légèrement 
altérés ; qu'alors elle se prête à les redresser 
(non à les adopter), tant que ces mêmes lois sont 
bien observées; mais, que dès qu'elles cessent 
de l'être, les sons ont beau être justes, elle 
les condamne comme s'ils étaient faux. J'ai la 
preuve que les choses se passent ainsi, car lors- 



(•46) 

que je fais prendre, même à mes plus jeunes, 
élevés qui ont 7 à 8 ans, dés notes que je to.u- 
che au piano , ils ne confondent jamais les in- 
tervalles différens pro venus des mêmes tou- 
ches : les noms qu'ils leur appliquent dépendent 
toujours du ton dans lequel je les fais paraître. 
Ainsi, les touches si fa, qui font une quinte 
mineure, si je les résous sur utmij ne font plus 
à leur esprit qu'une quarte majeure sons le» 
noms de utb fa, si je les résous sur sib solb , ou 
sous les noms de si mid, si je les résous sur lad 
fad. Mais si je les résous alternativement sur ut 
mi et sur sib solb, ils trouvent tous ces rapports 
faux , mal sonnans ot indéchiffrables : tantôt 
j'entends si fit, me dit l'un , sur ces deux tou- 
ches, tantôt uibfa, tantôt simid, et je ne sais 
auquel me tenir} est-ce que chaque touche fait 

sonner plusieurs cordes à votre yolontéï. 

Autre expérience : si l'instrument est un peu 
discord, l'élève prend les notes comme s'il était 
juste, mais avec cette différence qu'il se récrie 
sur les sons qu'il entend : voilà «n^,me dit- 
il, mais il est faux; voilà un mauvais ne'd; ici 
vous avez voulu faire un sib , mais vous l'avez 
malfait , il fallait le faire comme cela.... (etille 
chante )■ H me semble que ces faits d'expérience 
confirment bien l'explication qui les précède. 



( "il ) 

Cette matière m'a conduit à parler du genrç 
cnJuwmonùjue, ce genre tant vanté chez les an- 
ciens Grecs-, lesquels pourtant le laissèrent se 
perdre. Ons étonne de lire dans les auteurs, que, 
jusqu'au temps d'Alexandre, le diatonique etle 
chromatique étaient négligés des anciens musi- 
ciens , et qu'ils ne s'exerçaient que dans-l'enhar- 
moniqùe, comme étant le seul digne de: leur 
habileté. On ne conçoit guère npn plus com- 
ment Plutirquc , venu cinq cents ans plus lard, 
sentait encore si vivement la sublimité de ce 
genre alors tout-â-fait abandonné, qu'il apos- 
trophait les musiciens de son temps de ne plus 
le connaître, et d'oser dire que les intervalles 
n'en sont pas sensibles, comme , dit-il, si ce 
qui échappe à leurs sens grossiers devait être 
hors de la nature. Tout cela, juin! aux merveilles 
qu'on raconte de la musique ancienne, sem- 
blerait dire que les musiciens Grecs étaient de 
bien autres hommes que les nôtres, liais on ne 
regarde alors qu'au témoignage des auteurs, et 
l'on ne considère pas que celui des musiciens 
mêmes leur était contraire par le fait. D'ail- 
leurs , si l'on veut faire attention que les instru- 
ment de musique des Grecs étaient presque tous 
composés de cordes qui se touchaient à vide, 
et qu'ils employaient par conséquent une corde 



pour chaque son, on sera moins étonné qu'ils 
exécutassent (les morceaux enharmoniques, et 
nous en exécuterons comme eux quand nous 
voudrons; il ne s'agira que de toucher dans un 
ordre détermine des cordes prédisposées à cet 
effet, sans qu'il soit pour cela nécessaire d'avoir 
nulle idée de ce qui en résultera. L'on pourrait 
exécuterde cette manière touslcs genres bizarres 
qu'on voudrait imaginer; mais il n'en est pas 
moins vrai que des violons , et surtoflt des voix 
seules, seraient bientôt déroutés à des lectures 
de cette espèce. Rameau avait composé dans ce 
genre un tremblement de terre qu'il ne put 
jamais faire exécuter à l'orchestre : il en accu- 
sait la mauvaise volonté des musiciens, ceux-ci 
se rejetaient sur l 'impossibilité de la chose, et de- 
puis lors on ne voïtpas que personne l'ait tentée. 

A la vérité , les modernes se vantent d'avoir 
une espèce de genre enharmonique, mais qui 
est fort différent de celui des Grecs. On nous 
dit que pour eux c'était une manière de conduire 
Ja mélodie par de petites inflexions d'un comma 
d'intervalle, et nous ne concevons pas que cela 
-fût possible autrement que, comme je viens de 
l'expliquer, par les instrumens. Maïs pour nous- 
c'est une manière de feindre de telles inflexions 
dans les parties d'un accord et de conduire l'har- 



- C «te > 

inouïe, comme si elles avaient eu rigoureuse- 
ment lieuj de aorte que noua n'entendons d'en- 
harmonie que par supposition : car, sur nos ins- 
trumens, le même son servant de dièse et de 
bémol suivant l'occurrence , si nous passons de 
l'un à l'autre, c'est donc sans réfléchir le son, 
et il faut alors que l'oreille y suppose une in- 
flexion qui ne s'y est pas faite ; c'est ce à quoi 
l'oblige , malgré elle , la force de la modulation 
et la marche des autres parties de l'harmonie, 
comme on a vu qu'il est arrivé çt-dessus, en 
faisant prendre à ï'utb la qualité de si, ou réci- 
proquement de sorte qu'envisageant un accord 
sous une face pour y entrer, on l'envisage après, 
sous une autre face pour ensortir. Il est clair que 
de cette manière c'est une surprise faite à l'o- 
reille , un vrai tour d'escamotage , et, pour bien 
dire, une fausse intonation. Les exemples que 
j'ai donnés des deux résolutions de l'accord si 
rêfa ou uib ré fa, sont donc dans noire genre 
prétendu enharmonique. 

Ces licences feintes dans la modulation en. 
ont amené de réelles dans l'écriture musicale, 
du côté de l'armure des clefs. Par exemple, une, 
pièce commencerait en nùb , mode majeur, que. 
venant à passer au mineur de la même base, 
(relatif de sqIIi), on se permettrait d'écrire une. 



( >5o ) 

nouvelle armure de clef par six dièses, au lieu 
de six bémols qu'il eût fallu régulièrement. Or, 
un vocaliste, même exercé, estarrêté tout court 
. à une énigme si embrouillée, car il croit qu'on 
lui demande une modulation impossible a pra- 
tiquer, et il cherche long-temps dans sa têtff 
par quel secret le compositeur qui propose cette 
difficulté a pu parvenirà la surmonter lui-même ; 
mais ce n'est point une vraie difficulté qu'il pro- 
pose, c'est proprement une ignorance de sa part, 
ou tout au moins une méchante énigme qu'il a 
voulu faire : et quand on lui appliquerait la pre- 
mière supposition, il n'aurait au*uste que ce 
qu'il mérite ; car, pourquoi entortiller ses idées 
et venir mettre l'esprit des gens à la torture 
pour les deviner? La musique manquait- elle 
d'obscurités, sans y en ajouter de nouvelles ?... 
J'ai sous les yeux un exemple tel que celui dont 
je parle : c'est une grande marche russe , faite par 
un anonyme, et que l'éditeur aurait bien dû 
écrire plus correctement en faveur des jeunes 
demoiselles à qui il l'a dédiée. 

Quoiqu'il en soit du tempérament et des li- 
cences qu'il entraîne , mon élève connaît désor- 
mais assea bien la construction du clavier, pour 
qu'en prenant une baguette en main il puisse 
marquer un air sur les louches du piano , comme 



C >5, ) 

il le marque sur son échelle d'exercice : sa voix 
accompagnant l'instrument exprime en les nom- 
mant les mêmes sons que fait résonner la ba- 
guette; et, selon Je ton qu'il a pris, il sait d'a- 
vance les touches noires qui doivent y être 
employées, et les blanches qui doivent en être 
exclues. Cet exercice, qui n'a été qu'accidentel 
tant que nous avions à nous occuper des bar- 
reaux de la portée , va désormais devenir. fon- 
damental, et formera l'introduction 
turelle que j'imagine à l'étude des il 
quelconques. Le piano , par la disposit» 
Hère de tous les sons de nos systèmes d 
ques et chromatiques, est très-propre à donner 
l'intelligence des autres instrumens, et je suis 
. d'avis que l'élève commencé par celui-là, pour 
y étudier quels différens systèmes de louches 
sont nécessaires pour engendrer les différentes 
modulations qu'il connaît. Quand ii ne ferait 
qûe deux mois ou un seul cet exercice , supposé 
qué l'instrument ne fût pas de son goût, il en 
retirerait le plus grand fruit pour tout autre 
instrument qu'il voudrait prendre. Car, il faut 
remarquer que la connaissance du clavier ne 
consiste pas à savoir uniquement quelle touche 
rend tel ou tel son, mais plutôt quel groupe 
de touehes constitue tel ton et tel mode. CT, ce 



( i5>) 



but est le même sur tout instrument; mais les 
combinaisons de doigts, qui y remplacent les 
groupes dont je parle, ne s'y représentent pas 
si nettement à l'esprit, cl l'élève ne verrait que 
la confusion de leur multitude, s'il n'avait ap- 
pris, par l'exemple du olavier, que toutes ces 
combinaisons se distribuent en autant de grou- 
pes qu'il y a de tons et de modes en musique. 

Mon but est donc que 1 élève sache , pour 
ainsi|ff'c , jouer des yeux sur le clavier avant 
d'y mettre les mains; c'est-à-dire, qu'il sache 
parcourir des yeflx ces dilïërens groupes de 
touches qui constituent les divers tons de l'ins- 
trument, passer des uns aux autres selon les 
lois de la modulation , et en même temps suivre 
des yeux de l'esprit les idées que l'instrument 
rendrait s'il était réellement touché, mais qu'en 
attendant l'élèvp sait fendre pour lui à l'aide 
de sa voix. Je l'atteindrai infailliblement ce but 
en remplaçant notre échelle de portée par un 
grand clavier dessiné que je ferai servir au même 
usage. Là je frapperai les touches à la baguette 
selon toutes sortes de modulations, et ces tou- 
ches, devenues pour ainsi dire sonores, en pré- 
sence de mes élèves rassemblés , iront résonner 
dans leur bouche et y exprimer a souhait toutes 
mes pensées. ' ' ,1 




OigiKoa by Google 



( .53 ) 

■ Dès que mon élève voudra appliquer sesmains 
à un instrument, je lui donnerai quelques pré- 
ceptes généraux qui devront le guider dans cette 
application. C'est ici le dernier usage que je 
ferai de la confiance qu'il a placée en ma mé- 
thode, et je pense avec satisfaction qii il y cor- 
respondra, parce que] aurai complètement dé ter- 
mine sa conviction. Je lui dirai donc de ne jouer 
long-temps que d'imagination et sans cahier de 
noies sous les yeux, ou du moins de jouer de 
mémoire , en apprenant d'abord par cœur les 
morceaux qu'il voudra exécuter sur son inslru- 
ment. Il peut suivre cette marche sans peine, 
sachant lire oralement la musique; et cette 
marche est fondée sur celle que j'ai suivie pour 
lui enseigner l'intonation; je voulus alors lier 
ses idées mélodicm^s à des syllabes, avant de lui 
mettre des lignes sous les jeux; mais ici les 
syllabes sont remplacées par autant de doigters 
difierens, et c'est à ces doigters que doivent 
préalablement se lier les idées. Le doigter gé- 
néral est à un instrument ce que l'alphabet ut ré 
mi... est à la voix : en sorte qu'on pourrait dire 
que ces syllabes ne sont que les divers doigters de 
l'instrument vocal, ou la cause occasionelle qui 
lui fait exprimer nos idées. Ainsi l'analogie porte 
à se conduire dans l'un comme dans 1 autre cas. 



( >54) 

■Je lui dirai encore de ne jouer d'abord que 
sur le mode d'itf majeur, avec ses deux adjoints 
sol etjùjat sur les relatifs mineurs de ces trois 
tons. Ces six toniques, en deux modes, lui 
offriront matière à un assez long exercice , et ce 
n'est que lorsqu'il sentira qu'il les possède suffi- 
samment, qu'il pourra attaquer avec confiance 
les autres to is et les autres modes usités. 

Je veux bien qu'il s'essaye à faire des traits 
rapides sur so i instrument, et qu'en soumettant 
ses doigts aux lois de la mesure il cherche à 
exprimer toutes les coupes du temps qu'il con- 
naît; mais je ne voudrais pas qu'il plaçât là 
exclusivement l'idée du beau. Je voudrais qu'il 
s'accoutumât à regarder comme le nec plusullrà 
de l'exécution, ce qu'on dédaigne communé- 
ment sous le nom de petits airs j et qui pourtant 
nous charme toujours au théâtre. Ce n'est que 
d'un grand maître qu'il pourra apprendre de 
quelle manière on doit exécuter un petit air, 
pour produire d'agréables, de douces, de vives 
émotions ; au lieu que le premier venu , et lui-' 
même, pourra réduire cet air tout en triples 
croches, sans y rien comprendre. 

Je n'omettrai pas de lui exposer la théorie 
générale des instrumens à ton mobile, comme 
de ce qu'on appelle clarinettes et cors en ut. 



C >55 ) 

en fa , etc. Je conviens que cette théorie serait 
mieux placée dans le cours de In pratique d'un 
Ici instrument, parce que l'élève sentirait alors 
que le jeu des doigts se complique davantage à 
mesure que la clef devient plus chargée de dièses 
ou de bémols , et que le but de ces diverses di- 
mensionsdeseiii's, dus ili'iles, dis clarinettes, etc., 
est de pouvoir transposer une musique ainsi 
chargée , dans le ton favori de 1'instruiuenl , qui 
est celui où le doigter en est le plus facile. Le 
•vice d'intonation des dièses pour bémols, et des 
bémols pour dièses, est bien de quelque chose 
ici; car on sait que les tons éloignés, outre 
qu'ils ne sont pas faciles, ne sont pas non plus 
agréables, et que l'habile artiste doit remédier, 
par un jeu particulier des lèvres et du souille, 
au vice de conslruclion de son instrument, sans 
quoi l'on y sentirait un peu trop cette richesse 
de l'art dont nous parlions tantôt. Enfin, le 
timbre de certains sons qui se trouvent plus 
clairs ou plus sourds dans un ton que dans un 
autre, est encore un motif de plus de construire 
sur plusieurs dimensions chaque espèce d'inslru- 
men I.. Je dois d'autant moins omettre d'expliquer 
cette théorie à mes élèves, que les maîtres ne sont 
guère daus l'usage de le liiîre , et que néanmoins 
ht pratique réclame cette connaissance. 



( .56) 

Je lui ferai donc voir qu'il y a deux manières 
de se servir d'un instrument à transposition , et 
que ces deux manières sont également usitées : 
l'une est de changer les noms des cordes qui 
Ont changé de ton, leur laissant celui qu'elles 
portent dans le système général du clavier ; 
en sorte, par exemple, que l'instrument étant 
réduit d'une grande à une petite dimension, le 
même doigter qu'on aurait appris à connaître 
*sous le nom à'ut } doit s'envisager à présent sous 
le nom de sol, ou tout autre, scion le rapport 
qu'on a voulu établir entre les tons absolus de 
ces deux dimensions. C'estainsi que la chose alieu 
entre l'alto et le violon qui sont deux instru- 
mens pareils, se tenant et se jouant de même, 
mais dont le premier sonne la quinte au-dessous 
du second (i). Alors les deux instrumens ont des 
clefs différentes, et chacun exige l'habitude de 
sa clef. La basse ou violoncelle est semblable à 



(i) Quand on parle de quinte, MM autre dénomina- 
tion , o'eit de la quinte majeure qu'on doit l'entendre. 
Quand on veut parler de la quinte mineure, il Faut 
l'exprimer. J'ai dit ailleurs qu'on l'appelle impropre- 
ment fausse quinte et quinte diminuée. C'est le con- 
traire pour la quarte simplement dite, qui lignifie la 
quarte mineure. 



(•57) 

l'alto , portant les mêmes cordas , maîa sonnant 
l'octave au-dessous de celui-ci. Quand ces ins- 
trumens exécutent ensemble, leurs clefs sont 
armées de la même manière, par dièse ou par 
bémol. ■ ' 

La seconde manière d'employer un instru- 
ment à transposition, est de conserver les noms 
du doigter les mêmes sur les positions sembla- 
bles, quoique les dimensions et par conséquent 
le ton absolu de l'instrument aient été changés ; 
de cette façon, les noms du doigter, sur le 
nouvel instrument, ne se rapportent plus au. 
clavier général , et le son qu'ony esprime encore 
sous le nom de ré, peut répondre à un^ïi da 
piano ou à tout autre son, selon le rapport qui 
se trouve établi entre l'ancienne dimension et 
la nouvelle. Ce n'est un ré que par le doigter , 
mais c'est un ré transposé qui est un vrai/a pour 
le ton. C'est ce qui a lieu , par exemple , sur les 
petites flûtes faites pour sonner la tierce mi- 
neure au-dessus des flûtes ordinaires, et sur les 
petites clarinettes qui sonnent la quarte mineure 
au-dessus des autres. Il est clair que ces instru- 
mens employés de concert arec les grands né 
doivent pas avoir leur musique écrite sous la 
même armure de clef, si l'on veut que l'exé- 
cution produise le même ton effectif,- comme 



f «M ) 

cela doit être.. Ainsi, tandis que les grandes 
clarinettes, grandes flûtes et autres instrumens 
écrivent en ut comme le piano, les petites flûtes 
doivent noter en lu, les petites clarinettes en 
sol; que si les premiers notent en fa } la petite 
flûte notera éh ré et la petite clarinette en ut , 
etc. , au moyen de quoi l'exécution n'offrira à 
l'oreille qu'un seul et même ton pbysique. La 
règle générale est d'abaisser le ton écrit, à l'aidé 
■d'une armure de clef convenable, du même 
intervalle que l'instrument a haussé toutes ses 
notes en changeant de dimensions. Par consé- 
quent, la petite flûte écrira sa partie par trois 
dièses de plus ou trois bémols de moins que la 
grande flûte, et la petite clarinette écrira la 
sienne par un dièse de plus ou un bémol de 
moins, ;i ■ 

Puisque j'ai tant fait que de conduire mon 
élève à ce point, pourquoi ne lui férairje pas 
aussi connaître les belles expériences du mono- 
corde et celles de la concomitance dessous, qui 
ont servi de hases aux célèbres systèmes de 
Ptamcau et de Tartini ? sans entrer toutefois 
dans la discussion de cesdeuxsystèmesauxquels, 
comme on sait, il n ! est pas possible de ramener 
tous les phénomènes d'harmonie avoués par 
l'oreille. Je lui exposerai donc, du moins en 



<>5<0 

■abrégé, cette partie de physique qu'on nomme 
acoustique , laquelle d'ailleurs n'est pas fort 
«tendue quand on la dégage des systèmes dont 
elle est ordinairement enveloppée, qu'on s'y 
borne aux simples vérités d'.expérience qu'elle 
enseigne, et qu'on ne prenddanschacunequece 
qui y est évidemment contenu, (i) Cette hran- 



(i) Pourquoi, par exemple, après avoir trouvé d'une 
pari, que tout son grave fait résonner avec lui la dou- 
zième et la dii-septïème majeure, notre ses octaves; 
et d'autre part, que ces harmoniques du son grave sont 
donnés isolément par la le | , le j et le ■'- de la corde 
entière ; pourquoi , dis -je , se hâter d'en conclure que 
le grave fait résonner aussi tous les ali quotas possibles 
de la corde, selon cette progression indéfinie î , f , j , 
î> tVi etc.? C'est déjà dévancer l'expérience et BUppbaer 
une analogie de nombres qu'elle ne confirme pas. Pour' 
quoi encore bâtir un second système Sut oe premier, el 
dire que la gamme la plut naturelle n'est pas celle qus 
nous chantons, mais qu'elle est celle des sons de la 
série précédente, et que la mitre n'est qu'un préjugé 
de l'oreille gâtée par une mauvaise habitude? Et pour- 
quoi les traies voies de la nature s'annoncerait nt-ellea 
préféra blement par une série de certains nombres qui 
plaisent à notre esprit, parce que nous les envisageons 
d'une certaine manière ? où donc serait l'invraisemblance 
que les harmoniques d'un son répondissent , non pal 
au tiers , au quart et au oïuquiène ds la corde entière, 



_(■«•) 

clie d'étude sera ici bien à sa place, maïs l'on 
ne peut se dissimuler que , présentée dans un 



mais à. des fractions peut-être incommensurables, très- 
approchantes de celles-là? On répond, d'abord, que 
l'incommensurabilité? est choquante de sa nature et que 
l'esprit la repousse ; j'en conviens; mais on ajoute gra- 
tuitement, ce dont je ne conviens pas, que l'oreille 
repousserait de même les sons qui seraient dans de tels 
rapports. Fait-on attention que l'incommensurabilité 
se rencontre dans le cercle , dans le, carré* , dans , le 
cube, qui sont des figures bien parfaites, et que néan- 
moins elle n'y choque pas la. ■sue ï Pourquoi donc cho- 
querait-elle l'oreille, se trouvant dans notre gamme? 
D'ailleurs , elle s'y trouvera toujours nécessairement , 
d'une façon ou d'une autre , selon la manière dont on 
envisagera la chose ; car, par exemple, si elle n'est pas 
entre les longueurs des cordes , elle sera entre les in- 
tervalles même de la gamme comparés les uns aus 
autres, et viceversd. Or, quelque part qu'elle se trouve, 
l'esprit en sera également choqué.; en voici la preuve : 
tait-on dans quel rapport sont la seconde majeure et la 
seconde mineure selon les systèmes de physique? C'est 
dans le rapport du log. dej, au log. àe~, rapport qui. 
n'est point satisfaisant pour sa simplicité. 11 y a plus: 
l'incommensurabilité existe même entre les langueurs 
de certaines cordes de la gamme , et l'on ne veut pas l'y 
Toir : cependant, dès qu'on suppose que le rapport 
de tierce majeure est de 4 V5, il s'ensuit nécessaire- 



< '6. 5 

cours spécial de physique, lea élèves ne sorib 
pas suffisamment préparés pour l'entendre , 

ment, que celui de seconde majeure, qui en es! la 

que le rapport d'octave est de 1 a s , il suit de ces deux 
hypothèses, que le rapport di" quinte majeure est do i 
à la racine quatrième de 5, ou de iooo à i4 9 5 environ ; 
de sorte que ce rapport approche, k moins d'nn demi- 
centième , de celui de a à 3 qu'on a coutume d'adopter. 
Voila sans contredit des incommensurables ; niais, chose 
étrange, plutôt que de les admettre, on préfère dire 
que les deux secondes ut ri et ri mi sont inégales , l'une 
dans le rapport entier de 8 à g, et l'autre dans le rap- 
port entier de g a 10 : on préfère dire que les quintes 
ri la et la mi ne sont pas égales aux autres quintes, 



de pratique les mieux établis. Il faut conclure de là, 
au contraire, que le rapport de quinte majeure supposé 
de i a. 3 , ne peut point coeiister avec celui de tierce 
majeure suppose de 4 a 5, ni avec celui d'ocUve sup- 
posé de i à i. (Voyez la note, p. i34-) On ne peut 
admettre conçu créai oient à la rigueur , que les deoc 
derniers de ces rapport! , du moins on n'y a pas décou- 
vert de contradiction jusqu'ici , et ce sont d'à. I leur* 

Cepeuddnl, si l'on admettait l'hypothèse nouvelle, 
que le demi-ton mineur lut les deux tiers du demi-ton 
majeur, hypothèse que confirme a9«et bien l'espenence, 
alors cette hypothise, combinée avec celle du rapport 



C >6») 

n'ayant pas l'oreille exercée à mesurer les in- 1 
tervalles des sons , et qu'alors on leur donne des 



d'octave de ila, qui est le rapport auquel on doit 
tenir le plu* par ia simplicité , donnerait le» rapporti 
suivans entre les longueurs det cordes pour les autres 
intervalles de la gamme .■ 
Octave o, 5ooo- 

Quinte majeure, o, 6687 au Heu de -J-'on o, 6666 
Quinte mineure, o, 699a au lieu de -jj- ou o, 6g44 
Quarte majeure, o, ji5i 
Quarte mineure, o, ^î 8 
Tierce majeure., o, 7996 
Tierce mineure., o, 836a 

Seconde majeure, o, flgija 

Seconde mineure, o, g35i 

Semi-ton mineur, o, g563 

On voit, par ce tableau , à. qnel point les rapports 
lésultanj de la nouvelle hypothèse approchent de ceux 
qu'on suppose ordinairement ; ils en approchent a moins 
de a millièmes pour la quinte majeure , et a moins d'un 
demi- mil lié me pour la tierce majeure ; d'après quoi on 
ne sera pas surpris que le monocorde ne laisse pas voir 
ces petites différences , et que l'oreille ne puisse les y 
apprécier. Au surplus , il fant dire que tous ces chiffres 
sont inutiles a la pratique ; mais à tant que d'en vouloir 
faire , il ne faut pas au moins qu'ils la contredisent. 



u lieu de .!£ ou 0, ;aoo 

u lieu de -|- ou o, ?5oo 

u lieu de -J- ou o, 8000 

u lieu de -|- ou o, 8333 

t-nr ou D°oo 



», 9375 
960. 



( .63 5 

opinions pour des vérités ; ce qui ne devrait 
jamais être dans aucun genre d'enseignement. 

Si maintenant je fais remarquer à l'élève les 
propriétés concomittantesdessonsà l'octave, à 
la quinte et à la tierce, le voilà naturellement 
introduit à l'étude de l'harmonie. Je pourrais 
donc partant de ce point lui enseigner les règles 
générales de la succession des accords, sur les- 
quelles j'établirais facilement celles du contre- 
point à deux parties, puis à trois et à quatre. 
Mais s'attend-on que j'emploSrai encore des 
procédés nouveaux pour ce complément d'ins- 
truction î Je vais en faire rapidement l'esquisse.. 
Avant tout , le lecteur doit considérer que c'est 
la matière d'un second cours que j'aborde. 
L'année me semble assez bien remplie par ce 
qui précède , pour qu'on n'exige pas de moi que 
j'y ajoute autre chose. • 

DE L'HARMONIE. 
L'étude de l'harmonie se présente d'abord 
avec un désavantage que n'avait pas celle de la 
mélodie , parce que la voix ne saurait exprimer 
simultanément les sons qui composent un ac- 
cord , comme elle les exprime l'un après l'autre. 
Si cette opération était dans les facultés de 
l'organe vocal, l'étude dont il s'agit ici serait 



( '64 3 

toute tracée dans ce qui précède; d'abord, nous 
choisirions lies mots pour représenter tous les 
accords, et nous lierions ces mots, par une pra- 
tique facile , aux idées harmoniques qu'ils de- 
vraient rappeler à l'esprit. Quand cette liaison 
serait suffisamment formée , nous représente- 
rions à leur tour les mots par des signes écrits, 
et nous arriverions enfin à lire une suite d'ac- 
cords et à les écrire sous dictée, aussi bien que 
nous savons lire et écrire une suite de simples 
* sons. 

Mais comme l'hypothèse sur laquelle je rai- 
sonne n'a pas lieu, il a fallu recourir à d'autres 
moyens, quoique plus pénibles, pour arriver 
au même but. On étudie donc en particulier les 
divers instrumens qui entrent dans la composi- 
tion de toute harmonie, et l'on observe la 
marche propret chacun d'eux, ou bien l'on 
cultive de préférence urt instrument d'harmonie, 
tel que le clavecin ou le piano , sur lequel on 
.'observe la marche régulière des accords. Ce- 
pendant on ne peut bien faire de telles observa- 
tions que quand on est assez maître de son ins- 
trument pour en tirer avec facilité les pensées 
.écrites qu'on a sous les yeux; car, tant qu on 
l'étudic pour lui-même, qu'on y est occupé de 
la mécanique des doigts,, qu'on s'aheur te à des 



(,,<&) 

difficultés qu'il faut vaincre, et qui naissent à 
chaque pas, le temps n'est pas venu d'y ctudier- 
les lots de l'harmonie. 

D'un autre côté , tant que la vois n'intervient, 
pas dans cette pratique , et qu'elle attend au 
contraire son éducation de celle des doigts et 
de l'instrument, on conçoit combien il doit 
être difficile de se représenter une idée harmo- 
nique à la seule vue des signes écrits. Il faut 
long-temps recourir à l'instrument pour conce- 
voir cette idée, parce qu'étant réellement le seul 
signe auquel elle se soit lice , il est aussi le seul, 
qui puisse la rappeler à l'esprit. Mais de quoi ne, 
\ient-on pas à bout par un travail obstiné ? Un 
temps arrive enfin , et c'est quand l'éducation 
de la voix est faite, un temps arrive, dis-je, où 
l'on est capable de sous-entendre une partie 
sous une autre que l'on chante, et réciproque- 
ment d'exprimer la première en sous-ent e»daiib 
la seconde. De là à sous-entendre l'effet d'un 
trio, ou d'une harmonie complète , il n'y a 
plus qu'un pas à faire. C'est donc encore par 
l'intervention de la vois qu'on devient harmo- 
niste ; je dis que c'est par elle , quand même on 
l'aurait peu sonore,, peu étendue, en un mot, 
quand elle serait dépourvue des qualités bril- 
lante qui font celle d'un chanteur. . . _ 



c m 5 

Que s! l'on veut voir de plus prés la raison de 
cette nécessité, on n'a qu'à considérer combien 
de monjens sont perdus pour l'étude de la musi- 
quand on la fait par un instrument, qui 



ne le seraient pl 
t ru ment vocal 
pensée qu'il al 
toujours la Toi 
cessa ire pour > 
oblige de quiti 
pendant ces m 
des pln.tses vo 
l'esprit qui se : 
mille circonsta 
opérations s'enl 
petiLs emplois c 
in compati h If 



i l'o: 



y employait IW 
à aux ordres de la 



ï suffi™ 
, plus 



pour faire, sur 
i opérations de 
s les jours dans 
Bien plus, ces 
à d'innombrables 
temps qui ne sont nullement 
qu'il 



r js avec elles, pas plus qu'ils ne le 

sont avec des réflexions de toute autre espèce 
dont .nous les accompagnons involontairement. 
C'est-à-dire, que nous pensons toujours, et 
même à toute autre chose souvent qu'à ce 
que nous faisons; et, si l'on y réfléchit bien, 
on verra que c'est par là, plus qu'au cabinet , 
que nous avons acquis la meilleure part de nos 
connaissances. La vie est une éducation conti- 
nuelle. 

Je tire parti de ces considérations pour le 



Olgilizad Oy Google 



C 167 ) 

progrès de mes élèves. Je veux que mes leçons 
les poursuivent jusque dans leurs amusemens, 
et que toutefois elles ne leur soient pas impor- 
tunes. Je m'assure qne , tant qu'ils auront des 
effets physiques sous les yeux, ils en feront des 
rapprochemens, des comparaisons, des combi- 
naisons continuelles, sans que personne les y 
aide ou les y invite ; car c'est ce qu'ils font tous 
les jours sur toute matière , et c'est ce que nous 
faisons nous - mêmes à notre âge et que noua 
avons toujours fait. Or, .pour rendre pcrnfa- 
nentes les sensations sonores , il n'est que de 
leur donner la voix pour cause et des mots pour 
signes. Voyez ce qui^fen résulte; voyez cet en- 
fant de huit ans jouer à la balle contre un mur ; 
il cherche à la pousser en mesure , il se propose 
pour difficulté de lui faire subdiviser le temps 
aussi régulièrement qu'il le divise de la voix ; 
il traîne une baguette contre les barreaux d'une 
grille dans le même dessein. En méme-temps 
il solfie des phrases qu'il enchaîne sous diverses 
modulations. Là il s'arrête un moment pour re- 
garder quelle est cette difficulté qui gène ses in- 
tonations ordinairement si faciles : il la décou- 
vre et la surmonte. Je m'approche, et je l'in- 
terroge : dans quel ton solfies-tu î — Je solfiagri 
sol, mode mineur. — De quel ton y cs-tu v^ti ? 



( >68) 

i — J'y suis venu de sol, modo majeur, et aupa- 
ravant j'étais en mi mineur, etc., etc. 

Un enfant peut donc réfléchir à ses actes : ce 
fait le démontre. Et qu'on n'allègue pas que la 
légèreté de son âge l'en rende incapable : il 
oublierait aussitôt de prononcer les noms de 
caaipagne, d'arbre et de verdure, quand il est 
en présence de ces objets, que de prononcer 
les noms de soi ut mi ré.... quand il entend un 
air composé de ces sons. Voilà ce qui explique 
pourquoi mes élèves, dans une interruption de 
leçons, dans un temps de vacances, ne perdent 
rien de ce qu'ils ont appris. Je les retrouve au 
moins au point où je les^i quittés; je dis au 
moins, car ordinairement je les revois plus affer- 
mis sur la pratique des mêmes choses. 

Continuons d'examiner ce qui se passe dans 
cette jeune téte, aujourd'hui remplie d'idées, 
et voyons jusqu'où peut le pousser, abandonné 
à lui-même , l'impulsion que je lui ai donnée ; 
ce n'est qu'ainsi que nous pourrons juger de ce 
qu'il faut faire pour le conduire toujours dans 
le même sens. 

Tant qu'il ne connut qu'un seul alphabet, 
modèle de tous les tons, il ne songea qu'à faire 
to^ps les combinaisons possibles des sept sons 
<mpe composent; il chercha, à les arranger sur 



diverses coupes de mesure, diverses sous-divi- 
sions des temps, divers degrés de vitesse. S'il 
osait attaquer des dièses et des bémols , il en 
revenait tout de suite , crainte de s'égarer à les. 
poursuivre dans les nouveaux tons qu'ils annon- 
çaient. Quand il connut d'autres alphabets , 
c'est-à-dire, d'autres langues pour exprimer 
une même idée, il chercha d'abord à se les 
rendre faciles en faisant passer successivement 
dans toutes*, le- phrases de chant'qu'il avait 
dans la téte, ou les airs nouveaux qu'il ren- 
contrait. Aujourd'hui que ces diverses langues 
lui sont devenues familières, et qu'il pourrait 
solfier sur chacune d'elles ce qu'on aurait écrit 
sur toute autre, il ne peut plus se renfermer 
dans cette seule pratique, on doit s'attendre 
qu'il en sortira. Que va-t-il donc faire D. va 
chercher à faire succéder ces langues l'une à 
l'autre, et les tons respectifs qui leur appar- 
tiennent, de toutes les manières possibles bu du 
moins praticables. Tl entrelacera donc au hasard, 
les tons et les modes. Mais l'extivme dureté de 
certaines successions Ië fera bientôt s 'assujettir 
à des règles qui seront précisément celles que 
je lui aurai données pour lui faciliter cette nou- 
velle espèce de combinaison. Il ne mettra donc 
naturellement en succession que les tons qui. 



C '70 ) 

ont le plus d'affinité entr'eux, le plus de notes 
communes; en d'autres termes, il ne modulera 
que par le plus petit nombre possible de dièsea 
ou de bémols, passant, par exemple, d'itf , 
mode majeur, en sol ou en fa, même mode, ou 
en Idj mode mineur, etc. , etc. ; et se tiendra- 
t-il toujours renfermé dans le cercle de ces 
modulations ? Je ne le crois pas. Quand elles 
lui seront devenues faciles, il en voudra voir 
d'autres qui soient extraordinaires. Il trouvera 
apparemment quelque mérite à bâtir dans sa 
tête et à exprimer, de sa voix, des tournures 
bizarres que repousseront ses oreilles de toulleur 
pouvoir, et peut-être qu'il les proposera en défi 
à ses camarades. Mais henreusement il se fa- 
tiguera comme nous de ces tours de force , où 
le vrai beau se trouve rarement uni; il aban- 
donnera ces difficultés après les avoir surmon- 
tées, et il reviendra enfin dans le style simple, 
non plus comme autrefois pour y chercher des 
combinaisons inconnues, mais à présent poury 
observer des règles de goût, et retirer quelques 
beaux chants des combinaisons qu'il sait pra- 
tiquer. 

Le voilà donc lancé dans le vaste champ des 
modulations : étude qui a toujours été annexée 
au domaine de l'harmonie , et qui ne se fait 



( '7> ) 

ordinairement qu'avec celle-ci. Tous les maîtres 
avouent qu'elle en est la partie la plus difficile , 
ou, pour mieux dire, la seule partie difficile 
d'où le reste dépend. En effet, dès qu'on sait 
écrire et lire une mélodie , qu'on en sait faire 
l'analyse , qu'on l'a partagée en phrases de divers 
tons placées à la suite l'une de l'autre , que man- 
que-t-il à cela que de faire passer sous ces 
phrases des accords pris dans le , même ton 
qu'elles î accords dont le nombre est horné 
dans chaque ton , et dont la succession est as- 
sujettie à un petit nombre de règles. Il ne faudra 
donc qu'exposer ici la division des accords en 
deux grandes classes, l'une d'accords conson- 
nans, l'autre d'accords dissonnans; faire voir les 
dérivés ou renversemens que chacun fournit, 
et assigner les règles de leur succession , d'abord 
dans un ton unique, ensuite dans le passage 
d'un ton à un autre. On pourra dire en même- 
temps les différons noms de ces accords et la 
manière de les chiffrer sur la basse ; mais ceci 
aurait besoin de quelques améliorations qu'on 
déduira, si l'on veut, des principes répandus 
dans cet ouvrage. 

Toutefois ces règles doivent être entremêlées 
de pratiques pour se bien graver dans l'esprit. 
A l'école on pourra faire faire ces pratiques par 



( •-' ) 

le concours des diverses espèces de voix; mais 
chez lui Télève ne pourra les répéter qu'à l'aide 
d'un instrument d'imnnonio dont il serait bien , 
pur conséquent, qu'il prît un peu l'usage. Ce- 
pendant, comme la principale étude doit être 
ici dans les mouvemens de la liasse plus que dans 
le remplissage des accords, on s'uppliquera sur- 
tout aux effets qui résultent d'une simple basse 
mise sous un chant, et l'on apprendra à y re- 
connailre les accords pleins sous-entendus, ou 
qu'il est permis d'y sous-cnlendre, car les notes 
procèdent, quand l'accord est incomplet, de la 
même manière que quand il est entier. 

Quel est maintenant le meilleur moyen de 
faire cette pratique 7 ne faudra-t-il que mettra 
sons les yeux de l'élève une suite graduelle de 
divers chants écrits, accompagnes de leurs bas- 
ses, pour lui faire remarquer comment on y a 
suiv i les règles prescrites ? Non : ces règles ne 
lui sont pas assez familières pour qu'il se livre 
avec le maître à cet examen; quand il sera ca- 
pable de suivre une telle analyse , il sera bien 
près de la faire tout se ni, et de continuer de 
loi -même sou instruction : or, ce n'est là que 
le but qu'il faut atteindre. Voici le moyen d'y 
parvenir. 

Il est un exercice que j'ai différé jusqu'ici de 



( "fl ) 

décrire , quoique je l'aie fait faire dès les pre- 
miers mois de mes leçons, et qui a toujours 
produit une agréable surprise parmi les per- 
sonnes qui en ont été témoins. Je tiens deux 
Laguettes de différentes couleurs. Chacun se 
demande avec étonnement ce qu'on va faire. 
Jeunes élèves, c'est un nouveau plaisir que je 
vous offre pour récompense de votre applica- 
tion. Divisez-vous en deux sections : vous allez 
chanter enharmOTÙe ; ce nom vous réjouit. Vous 
êtes impatiens d'éprouver l'effet qu'il annonce, 
et vous ne regardez pas combien il étonne ceux 
qui vous entourent. On n'ose pas croire à la 
justesse de vos accords, ou du moins on cherche 
à s'en rendre raison. On se demande comment 
deux idées différentes ne vont-elles pas s'en- 
tredétruire, exprimées simultanément par des 
chanteurs de si fraîche origine. Mais à ce rai- 
sonnement nous répondons d'abord par un fait, 
qui est qu'elles ne s'entredétruisent pas j et 
nous ajoutons qu'elles ne -doivent pas s'entre- 
détruire, parce que vos idées sont fortement 
attachées à leurs signes, parce que vous lisez 
et que vous ne récitez pas, que chacun de vous 
■ ne s'attend que sur lui-même, et qu'il exprime 
de lui-même son idée sans rien emprunter de 
.son voisin qui non plus n'emprunte rien de lui. 



( '74 > 

Suivez donc cette baguette avec confiance , 
vous souvenant que c'est elle qui vous fraya 
les premières routes que vous avez parcourues, 
et qu'à sa suite vous n'avez jamais trouvé, ni 
vous ne trouverez jamais d'obstacles. Chantez. . . . 
Ehbien [voilà purement exprimées toutes sortes 
de consoniumces : des tierces et des sixtes , des 
quintes , des octaves.- Continuez. Voyez-vous 
les baguettes suivre trois sortes de mouvemens 
qu'on appelle direct j oblique et contraire? Les 
deux baguettes montent ou descendent en- 
semble : voilà le mouvement direct j ou sem- 
blable j ou parallèle. A présent une baguette 
monte tandis que l'autre descend: voilà le mou- 
vement conù-aire. Une baguette reste en place 
tandis que l'autre continue sa marche ascen- 
dante ou descendante : voilà le mouvement 
oblique. Ces mouvemens ne s : font pas au hasard, 
ils sont soumis à des règles qu'une longue ob- 
servation a fait découvrir aux musiciens , et que 
je vous ferai connaître. Ici les deux baguettes 
font note contre note, point contrepoint. Là une 
haguette marque des temps uniformes, tandis 
que l'autre les divise. A présent elles échan- 
gent leur travail, le chant passe à la basse, les 
tenues sont dans le dessus. Voyez l'une d'elles 
parcourir les notes d'un même accord; elle 



t 175) 

y continue ses batteries, et cependant l'accord 
est changé.... ; c'est parce que l'autre baguette 
a fait un mouvement. Voici de simples notes 
de passage qui ne sont de rien à l'harmonie ; 
mais voici des dissonna ne es préparées et sauvées 
par des consonnances. Ici le ton va changer, 
parce que je transforme dans ma pensée cet 
accord de dominante, où nous sommes, en un 
accord de tonique ; modifiez vos idées sur cet 
averti : quittez l'impression du ton précédent, 
et tenez-vous prêt aux accidens de celui-ci. 
Maintenant je change le mode en conservant 
la même tonique.... Prévoyez-vous les bémols 
ou les dièses qui vont survenir ? 

Voilà par quelles pratiques saisissant les idées 
au passage , nous attachons invariablement à 
chacune les règles qui s'y rapportent En même- 
temps on voit que par- tout où seront réunis 
mes élèves, il sera aisé de tirer du plaisir de 
leur instruction, en les rangeant de cette ma- 
nière sous la conduite d'un maître qui se char- 
gera de tenir la baguette et d'improviser des 
chants. Gomme ce clavier naturel sera d'autant 
plus étendu qu'on réunira plus de différentes 
espèces de voix , on pourra y marquer du moins 
deux parties, comme je viens de faire; et peut- 
être trouvera-t-on quelque jour le moyen d'y 



C '7<0 

marquer une harmonie complète en y condui- 
sant, plusieurs baguettes. Je ne doute pas que 
la facilité qu'il y. aura de se procurer cette 
jouissance, quand la méthode sera plus répan- 
due, ne développe parmi nos amateurs, hommes 
de goût, ce talent d'improviser qu'on dit qui 
est poussé si loin en Italie. 

][ me reste à discuter une question impor- 
tante, relativement aux modulations : c'est de 
savoir si elles ne sont bien déterminées que par 
le concours de la basse et du chant, ou s'il 
n'appartient qu'à l'harmonie de donner l'im- 
pression du ton , et si la mélodie n'a pas comme 
elle ce privilège. Il est permis de s'étonner que 
cette question ait été agitée. Il parait cependant 
que ce qui y a donné lieu , est d'avoir remarqué 
qu'une même phrase de chant puisse prendre 
la couleur de différons tons par la diversité des 
tasses qu'on lui assigne. Mais ce fait, qui est 
exact, comporte-t-il la conséquence qu'on en 
a tirée ? c'est ce que nous allons apprendre. 

JJ faut considérer d'abord que la détermina- 
tion du ton ne dépend pas seulement des cordes 
qui vont être frappées, et qu'elle dépend aussi 
de l'ordre dans lequel on les frappera. A cet 
égard, un seul tétracorde peut se trouver dans 
deux tons différens, soit dans celui de sa der- 



□Igiitzad 0/ Google 



(»77) 

hiêre corde quand on le monte, ou dans celui 
de sa première corde quand on le descend. It 
est incontestable , par exemple , que si je ré- 
pète plusieurs fois dans cet ordre le tétracorde 
vt ré mi fa j l'oreille prendra naturellement l'im- 
pression du ton de fa; et qu'au contraire, si je 
le répète plusieurs fois dans cet ordre_/w nu" veut, 
elle prendra l'impression du ton d'ut D'où vient 
«ela ? le voich 

La tonique est une note de repos vers laquelle 
tendent toutes les phrases musicales qu'on en- 
chaîne. Celles-ci s'en écartent et s'en appro- 
chent sans cesse , à peu près comme les balan- 
cemens d'un corps suspendu l'éloignent de la 
verticale et l'y ramènent. L'oreille préjuge le 
terme de ces espèces d'ondulations; et dès qu'elle 
l'aperçoit, elle le sous-entend jusqu'à la fin, 
prenant plaisir à lui comparer tous les sons qui 
se succèdent. Or, quand elle entend répéter 
plusieurs fois, en notes égales, cette succession 
fa mi ré ut, elle ne peut s'empêcher de prévoir 
ou du moins de désirer que l'ut soit le terme 
de ces répétitions; aussi est-on sûr de la cho- 
quer, si l'on se repose sur une autre note : vous 
vous écrieriez alors que le chant n'est pas fini; 
qu'est-ce que cela veut dire ? car le chant est 
fini du moment qu'on ne chante plus.;.. Cela 



veut dire que la terminaison de ce chant n'est 
pas telle que vous l'aviez prévue, et voilà ce 
qui vous choque. 

Mais par quelles règles l'oreille détermine- 
l.-elle ainsi une hase sur laquelle le chant doit 
se résoudre ? Il ne faut pas alléguer ici le sen- 
timent secret, le iioiït- nuUirdj qui sont des mots 
vides de sens. Il vaut mieux avouer qu'on n'a 
pas encore découvert les règles de nos jtigcmens 
à cet égard, et qu'on les a mieux senties qu'on 
n'a su les exprimer. En y réfléchissant davan- 
tage, on pourra, je crois, reconnaître qu'elles 
sont de deux espèces: les unes se rapportant à 
l'intonation des sons et à leur arrangement de 
phrases en phrases, les autres se rapportant à 
leur durée et même à leur coïncidence avec les 
temps forts ou faibles de la mesure : car , par 
exemple, si vous réduisez le tétracorde/i miré 
nt en deux mesures de trois temps, savoir : une 
mesure pour le fa, et un temps pour chaque 
antre note, que vous le répétiez plusieurs l'ois 
de cette manière : 

|| jfk | mi rf«e|/#I»ii riut[Jk\ rte 

l'oreille attrihuera naturellement au fa la pro- 
priété de tonique, et attendra ce fa pour con- 
clusion du chaut j'tandis qu'au contraire , si vous 



( '79 > 

faisiez quatre temps ou trois temps de chaque- 
note , elle attendrait le repos sur Vut. En résul- 
tat, il paraît qu'un seul tétracorde mis en me- 
sure, et même un seul mouvement de guarte 
ascendante, suffit souvent à l'oreille pour lui 
faire préjuger le ton, et que si la suite du chant 
ne répondait pas à ce début, elle en serait 
chagrinée. 

On peut s'expliquer à présent pourquoi quel- 
ques modernes ont regardé notre gamme comme 
étant en deux tons différens. Cela dépend de 
la combinaison qu'ils formaient de nos deux 
tétracordes ut ré mi fa et sol la si ut; car, en les 
montant tous les deux par notes égales , le pre- 
mier annonce à l'oreille le ton àefa, et le second 
celui A'ut; au contraire, en les descendant, le 
premier annonce le ton A'ut, et le second celui 
de sol. C'est ce qui a fait dire à Grétry que notre 
mauvaise gamme est composée de deux morceaux 
pour faire une seule pièce. Mais en cette matière , 
comme en toute autre, nous ne devons pas 
accuser la nature de se contredire, nous ne 
pouvons que nous accuser nous-mêmes de n'a- 
voir pas découvert ses vraies voies. 

Les analyses précédentes assurent donc à la 
mélodie la propriété de déterminer le ton qu'on 
lui a contesté quelquefois, prétendant que ï'Jiar- 



( ■«» ) 

mon ii- avait exclusivement ce privilège. Cettef 
assertion est pleinement renversée, par ce qui 
précède : toute mélodie Lien faite porte néces- 
sairement en soi l'empreinte de la modulation 
qu'on y a suivie , et l'oreille peut l'y aperce- 
voir distinctement. C'est même la seule raison 
pourquoi une suite de notes , semées au hasard 
sur le papier, peuvent ne faire qu'un chant 
insoutenable ou même inexécutable , parce que 
l'oreille y voudrait vainement découvrir cette 
tendance tonique qui peut ne pas s'y trouver, 
si l'on n'a pas eu l'intention de l'y mettre. A la 
vérité , l'harmonie peut donner une teinte plus 
forte à la modulation , mais en cela elle ne fait 
que confirmer le jugement que l'oreille a porté 
d'avance; et quoiqu'un même chant puisse rece- 
voir plusieurs basses différentes, cela ne détruit 
point ce que je viens de dire; cela fait voir 
seulement que la môme phrase peut appartenir 
à divers tons par des notes qui soient communes 
à ces tons : en quoi il n'y a rien d'étonnant, 
puisque ce n'est qu'à la faveur de ces notes 
communes que l'oreille consent qu'on la mène 
d'un ton à un autre. Mais, qu'on y fasse atten- 
tion, jamais l'oreille ne suppose de changement 
de modulation sans une absolue nécessité; car, 
si ayant supposé une certaine tonique aux pre- 



( ) 

mi ère 9 mesures d'un chant , elle en découvre 
une autre pour les mesures suivantes , à laquelle 
les premières mesures puissent convenir, ello 
modifie de suite sa première hypothèse pour la 
réduire à la seconde : de façon que ei l'on ré- 
pète le chant après cet essai , elle prend cette 
fois, dès le début, l'impression de la tonique 
qui convient au plus grand nombre possible de 
mesures. 

Soit, par exemple, ce début de chant: 

\nÛ^iréut\ s T7iréfa\mi ut\ 

l'oreille y peut prendre d'abord l'impression du 
mode majeur dW, ou celle du mode mineur de 
la. Il est plus probable pourtant qu'elle prendra 
la première impression, parce que rien ne l'a- 
vertit qu'un la doive ensuite paraître pour jus- 
tifier la seconde. Cela étant, j'ajoute cette finale 
à la phrase : 

t ini'nd ré ut \ sfsl ré si | la ut mi ut | la . \ 

H en résulte qu'à l'entrée des deux dernières 
mesures, l'oreille est surprise d'avoir mal pré- 
jugé le ton, car elle attendait l'accord d'ut pour 
repos. Ne pouvant donc concilier le ton d'ut 
avec les deux dernières mesures, elle- veut con- 



( •»») 

cîlier le ton de la avec les cinq premières, et 
c'est à cette intention qu'elle désire de revenir 
sur ses pas; alors, reconnaissant que l'unité de 
ton règne dans ces sept mesures , elle en est 
satisfaite «t prononce que la phrase entière est 
en Uij mode mineur. Il n'y aurait que la force 
d'une basse qui pût désormais l'obliger à con- 
sidérer ce morceau de mélodie comme étant la 
réunion de deux phrases en différons modes ; 
mais certainement cette basse ne serait pas colle 
qu'elle préfère, car elle doit naturellement pré-- 
férer celle qu'elle suppose d'avance. 

Supposons, on second lieu, qu'ayant entendu 
plusieurs fois la phrase précédente qui a donné 
l'impression du mode mineur de la, on vienne 
à entendre celle-ci qui commence de la même 
manière : 



cette fois l'oreille est aussi surprise d'entendre 
les deux dernières mesures à la suite des cinq 
autres, qu'elle l'était précédemment de ne les 
y entendre pas. Elle revient en arrière pour 
reconnaître s'il règne dans ce chant l'unité de 
ton qu'elle désire ; elle l'y trouve en effet sous 
Je mode majeur à'ut 
Supposons encore qu'après les lectures pré- 



( .83 ) 

:édentes on termine la même phrase comma 



alors nouvelle surprise à l'entrée «les deux der- 
nières mesures, surprise suivie d'un nouvel essai 
pour reconnaître l'imité de ton. Mais cette unité 
ne règne plus dans le chant , et il est bien réel- 
lement composé de deux phrases distinctes: la. 
première , en ut, mode majeur ; la seconde , en 
sol, même mode. Je dis en majeur A'ut , la 
première phrase, et non pas en mineur de la j 
parce que l'autre phrase , qui est en sol, suc- 
cède beaucoup mieux à la première hypothèse 
qu'à la seconde ; c'est-à-dire , que la nouvelle 
tonique sol arrive mieux comme dominante A'ut, 
que comme sensible béinolisée de la. 

Supposons enfin que la môme phrase soit 
terminée de cette autre façon : 

| m'Hkircul | sisirif* \ mi ni | mUnîriut | liulrisi | mijoljijo/ | mi 

l'oreille , mise encore en défaut par les deux 
dernières mesures, cherche vainement l'unité 
de ton dans le tout; ne l'y trouvant pas, elle 
se résout à y distinguer deux phrases, la pre- 
mière en la, mode mineur, et la seconde en 
mtj même mode. Je dis en la, mode mineur, la 



t -84 ) 

première pli rase , et non pas en tiï, mode ma- 
jeur; parce que 3a seconde phrase ne succéde- 
rait pas si bien comme médian te, que comme 
dominante de la première. 

Telles sont les vraies règles par lesquelles 
l'oreille décide du ton et de la succession des 
Ions dans la mélodie ; et loin que l'harmonie lui 
soit nécessaire à cet effet, j'ajoute que l'harmonie 
elle-même dérive de cette opération vraiment 
préliminaire et fondamentale. Enfin, il est si vrai 
gué la mélodie a le privilège de faire sentir la 
modulation, que même elle n'est bonne qu'à pro- 
portion de cette propriété, et qu'aussi, quand 
on y arpège des accords, leur succession y est 
soumise aux mêmes règles que dans l'harmonie , 
règles qui se rapportent principale m ont à l'exacte 
expression du ton. Généralement toutes les fois 
que le ton devient indéterminé, l'oreille est au 
supplice; c'est ce qui arrive quand on accumule 
les transitions dans un court espace. On accorde 
assez volontiers le nom de musique savante a des 
pièces qui nous étonnent par ce débordement 
de modulation. Il est vrai qu'on ne peut guère 
leur contester ce titre , car elles sont bien l'effet 
d'une science profonde, mais malheureusement 
unie à un goût dépravé. 



C >35) 



DE LA MESURE. 

Onse rappelle que tout enexerçantmon élève 
à l'intonation de la gamme d'itf, je l'habituais à 
mettre une certaine cadence dans ses phrases, 
c'est-à-dire, que je lui faisais sentir les effets de 
la mesure , bu des diverses proportions de durée 
des sons , avant que de lui en montrer les signes 
écrits: fidelle à ce principe, que les idées doivent 
précéder les signes dans l'esprit de l'étudiant; 
mais il sentait ces effets sans en remarquer suf- 
fisamment la cause : bientôt je la lui fis décou- 
vrir, en lui enseignant à multiplier et à diviser 
une durée quelconque prise pour unité, et qu'on 
appelle temps de la mesure. Voici de quelle ma- 

Je lui mis une baguette a la mainavec laquelle 
il frappait une suite de durées égales ou de temps; 
en frappant deux coups pour un, il exprimait 
les moitiés du temps. 11 frappait donc alternati- 
vement un temps entier, puis deux moitiés. Cet 
exercice lui fut d'autant plus facile qu'il imitait 
fidellement l'effet de la grosse caisse, que tous 
les enfans ont remarqué de bonne heure. Pres- 
qu'aussitôt je lui fis accompagner ces coups de 
baguette d'un son de voix arbitraire qu'il pou- 
vait varier à son gré, ourépétersouventleinêmc. , 



( >8«) 

Les syncopes , ou les prolongations du son d'un 
temps à l'autre, furent exprimées sans peine, en 
faisant une légère aspiration à l'entrée de chaque 
temps. Ce fut la voix seule qui indiqua d'abord 
cette circonstance du chant, car la baguette ne 
faisait jamais que frapper un coup ou deux ; ce- 
pendant par la suite la baguette aussi désignait 
la même chose, en ne frappant que le temps ou 
la moitié de temps qu'articulait la voix, et en. 
figurant une légère pression sur la moitié aspirée 
ou de prolongation. 

Les silences entrèrent ensuite dans ces com- 
binaisons, de la même façon que les syncopes, 
soïl pour un temps entier, soit pour une moitié 
de temps, et soit dans la première moitié du 
temps, soit dans la seconde. Dès que l'élève eût 
suffisamment remarqué ces circonstances, je lui 
enseignai à les écrire par les principes que j'ex- 
poserai tout - à - l'heure. Tout cela n'exigea pas 
plus de deux semaines d'exercice au milieu de 
nos autres opérations. 

J'ai laisse l'élève à ce point jusqu'au quatre 
ou cinquième mois, c'est-à-dire, sans le faire 
passer aux sous-divisions du temps plus petites ; 
d'abord, parce qu'avec ces seules données, il 
est une classe immense d'airs connus qu'on peut 
lui faire chanter; ensuite, parce que pour lui 



( '87 > 

faire chanter des sons plus brefs, it fallait qu'il 
eût acquis de la volubilité à l'intonation. Ce ne 
fut donc qu'alors que je lui enseignai à diviser 
le temps par quarte ; or, il fallut lui faire com- 
parer cette sous-division à toutes les combinai- 
sons de celles qu'il connaissait. Pour cela , je lui 
ils premièrement frapper les quarts à la suite 
des moitiés, ce qu'il fit de la même manièreque 
pour frapper les moitiés à la suite des temps 
entiers, parce que dans cette opération il pou- 
vait considérer momentanément la demie comme 
étant l'unité à diviser en deux parties égales. Il 
fit ensuite succéder les quarts aux temps entiers, 
et réciproquement il apprit à revenir des quarts 
aux unités ou aux demies. Je lui fis ensuite di- 
viser le temps en une moitié et deux quarts, 
soit la moitié devant les deux quarts , soit les 
deux quarts devant la moitié. Je n'abordai les 
syncopes et les silences, entre les quarts, que 
quand il fut suffisamment exercé aux combi- 
naisons que je viens de dire, et qu'il sut passer 
des unes aux autres à commandement ; quel- 
quefois aussi je frappais moi-même les durées, 
et l'élève les désignait à partir de l'unité con- 
venue. Enfin, les syncopes et silences furent 
soumis aux mêmes combinaisons; puis, après un 
temps convenable, j'appliquai l'écriture à ces 



( '88 ) 

nouvelles idées, comme je l'avais fait la première' 
fois, et par les mêmes principes» 

Le lecteur comprend comment j'ai pu passer 
à Lisons-division par-huitièmes, en supposant 
l'unité de temps assez lente pour la comporter. 
Voilà pour ce qui regarde la division binaire 
du temps; quant à la division ternaire, si elle 
est uniforme dans la suite du chant, c'est-à-dire, 
si le temps n'est pas alternativement divisé par 
tiers etpar demies, elle n'offre ancune difficulté, 
parce que le tiers du temps, si bref qu'il soit, 
devient alors l'unité de durée à laquelle tous 
les sons se comparent , et qui n'est plus soumise 
qu'à la sous-division par deux. H est même re- 
marquable que , quand on chante un seul son 
dans le temps, on y sous-entend trois parties, 
et qu'on les exprime même intérieurement par 
trois coups de gosier, très-légers à la vérité, 
mais néanmoins d'autant plus nécessaires au 
chanteur, que la durée du temps est plus lente. 
Or, cette attention est inutile quand il ne s'agit 
de diviser le temps que par moitié : ce qui sem- 
ble indiquer que la division binaire est plus 
naturelle, plus facile que la division ternaire, 
outre qu'où peut dire que celle-ci ne se redouble 
pas comme celle-là; c'est-à-dire, qu'on n'exprime 
guère les tiers de tiers ou neuvièmes parties du 



( "8g ! 

temps, au Heu qu'on exprime les demi-tiers, 
les quarts de tiers , etc. ; en sorte qu'on peut dire 
que la division par deux est réellement la plus 
usitée en musique. 

Mais quand la division fondamentale, est bi- 
naire dans la suite du chant, et qu'accidentel- 
lement un temps se présente à diviser en trois 
parties, ce qu'on appelle un triolet 3 alors ce 
changement de rhythme offre une vraie diffi- 
culté qu'il faut apprendre à vaincre par l'exer- 
cice- J'exercerai donc mon élève à frapper des 
tiers à la suite des temps, puis à la suite des 
demies et à la suite des quarts, et à revenir de 
l'une de ces divisions à l'autre, après l'avoir 
quittée. Cette pratique est nécessairement plua 
longue que les deux premières dont j'ai parlé , 
soit parce qu'elle offre un plus grand nombre 
de combinaisons, soit parce qu'elle est moins 
naturelle et moins facile. Du reste, on la termi- 
nera par l'insertion des syncopes et des silences 
entre les tiers du temps, et on j appliquera 
l'écriture. 

Désormais l'élève sait multiplier et diviser 
l'unité de durée ou le temps de toutes les ma- 
nières possibles, car il est aisé de voir qu'il en 
a épuisé toutes les combinaisons. Cependant je 
n'ai pas dû attendre qu'il en fût à ce point pour 



n initia ûy Google 



C 190 ) 

lui faire distinguer, dans le chant, deux espèces 
de mesure, savoir : mesure à trois et mesure à 
deux temps. II m'a été facile de lui faire sentir 
la différence d'effet qu'elles produisent en écri- 
Tant un même air connu sous ces deux mesures : 
il a dès-lors attribué cette différence à ce que 
dans l'une de ces mesures un temps fort revient 
périodiquement frapper l'oreille de deux en 
deux coups, et que, dans l'autre, il ne revient 
que de "trois en trois coups. Cependant cette 
différence lui parut d'abord si grande, l'air en 
étant totalement défiguré, qu'il lui cherchait 
d'autres causes, celle-là lui paraissant trop sim- 
ple pour un tel effet; mais ce fut vainement , 
car il n'en trouvait ni dans l'intonation ni dans 
la durée des sons. Il fut donc en état de dis- 
tinguer laquelle régnait de ces deux mesures 
dans tel cliant que je lui faisais entendre; mais 
en même-temps il fit de lui-même la remarque 
que, si le chant est très-lent, les temps forts 
sont si éloignés l'un de l'autre, que l'oreille a 
perdu le souvenir du premier quand revient le 
second, et qu'alors la différence de rhjthme 
étant à-peu-pres nulle sous ce rapport, il doit 
être impossible de reconnaître, à cette marque, 
l'espèce de la mesure. Cette réflexion était 
juste; cependant je dus l'avertir que, même 



( -9" 5 

dans ce cas, un musicien exercé reconnaîtrait 
. encore si la mesure est à trois ou à deux temps, 
mais qu'il le ferait par de certaines règles de 
composition et de goût auxquelles chacune est 
soumise; par ce qu'on appelle la cadence des 
phrases, qui est comme le nombre dans le dis- 
cours; par les retours, quelquefois périodiques, 
d'un même dessin ; surtout par la correspon- 
dance des phrases musicales avec les phrases 
poétiques, quandl'air contient des paroles (i): 
au surplus, ceci ne faisant pas directement 
partie de ce cours, je dus m'y borner à quel- 
ques exemples. 

Je lui fis aisément distinguer dans chaque 
temps les parties fortes et faibles, selon le même 
principe. Ceci le conduisit naturellement à une 
double manière d'exprimer les sixièmes, c'est- 
à-dire , six sons pour un temps; car ces sixièmes 
peuvent être des demi-tiers, et s'exprimer en 



(i) On n'a même souvent que ce dernier recours pour 
découvrir la mesure, ou seulement les temps égaux de 
ces airs que chantent par cceur des personnes qui, ne 
sachant pas de musique, y négligent des fractions du 
temps sur les silences et les syncopes. On sent que ce 
n'est pas sous la dictée de telles personnes qu'on peut 
se vantée d'écrire un air quant 1 la mesure. 



( 19' ) 

trois groupes rte deux sons : ou bien ils peuvent 
être des liers de moitié', et s'exprimer en deux 
groupes de trois sons ou triolets. Il comprit 
bientôt que les douzièmes pouvaient s'exprimer 
en trois. façons , étant de trois espèces, comme 
on le verra plus loin. 

Je viens aux signes de durée. Je considère que 
toute la musique ne roule que sur deux parties 
fondamentales, l'intonation et la mesure : ce 
qu'on appelle broderies et goût de chant, trils, 
cadences, etc., n'est évidemment qu'un acces- 
soire dépendant de l'une ou de l'autre. Or, il 
faut écrire le chant sous ces deux rapports ; niais 
j'observe que l'élève, au point où je l'ai conduit, 
sait déjà l'écrire sous le premier rapport, et qu'il 
a divers moyens pour cela : i.° les mots ut rè 

mij etc ; 3.° les points noirs écrits sur les 

barreaux de l'échelle et remplaçant les coups 
de baguette; 3.° les chiffres i 2 3 4 5 6 7; 
4-° les lettresa&c d ef g t en posant, quand il 
le faut, de petits points par-dessus ou par-des- 
sous, pour distinguer entr'eux les sons aigus et 
graves qui portent le même nom dans les diverses 
octaves (1). Je tiens à. ce qu'il emploie indiffé- 
remment tous ces moyens , afin d'étendre la 



(1) Voici, par exemple, trois octaves de sons en allant 



( '93 ) 

sphère de aes idées, car on ne connaît bien ce 
qui est, on n'en apprécie au juste la valeur, 
qu'en le comparant à ce qui pourrait être sans 
cela. 



du grave & l'aigu , avec la correspondance des mots aux 
chiffres et aux lettres : 
m rimifasolh ii\vt ri mi fi ld la rijrt ré mi fi sd la lî 
> 1 1 ( i 8 j | i i J j ! S j [ i i 1 j S f j 

. i , / 'g a b\ B d . f g . > i> à ; / g Vï ■ 

Rousseau n'employait pas le point d'une manière 
£ie, comme je le fais ici ; il ne l'employait que pour 
annoncer le changement d'octave, quand le chant pas- 
sait d'une octave à l'autre -, de sorte que ce point venant 
de paraître sur une note pour avertir de la prendre dans 
l'octave supérieure , toutes les noies qui suivaient celle- 
là étaient censées dans la mùme octave qu'elle ( quoi- 
qu'elles ne portassent aucun point), jusqu'à ce qu'un 
point contraire au premier les en eût fait descendre , 
ou jusqu'à ce qu'un autre point, placé dans le même 
sens, les eût élevées encore M'octave suivante. H résultait 
de ce système, qu'en prenant une note au milieu du 
chant , on ne pouvait pas dire de suite & quelle octave 
elle appartenait, sans recourir a tous les points antérieu- 
rement placés, dont il fallait faire des sommes et des 
différences. Aussi, sentant cet inconvénient, l'auteur 
avait cherche a l'atténuer , en plaçant une lettre en téte 
de chaque ligne de musique, laquelle indiquait à quelle 



* 



( > 94 ) 

Mon élève n'a donc à apprendre l'écriture 
musicale que sous le second rapport, qui est 
celui de Ja durée. Entrons ici dans l'analyse 
approfondie de la pensée mélodique, pour en 



octave appartenait la dernière note de la ligne précé- 
dente. Mais ceci ne faisait que changer la difficulté sans 
la détruire, puisqu'il fallait au moins fairele calcul pour 
la ligne ou l'on se trouvait arrivé, aussitôt que Von s'était 
égaré dans la lecture. Il paraît que J. J. avait cru di- 
minuer de cette manière la quantité de points a placer 
par-dessus ou par-dessous les notes; mais il ne àt pas 
attention que le changement d'octave peut avoir lieu, 
dans le chant, aussi souvent que la permanence d'une 
même octave , et que ce qui lui semblait diminuer I« 
nombre de points dans une occasion, devait l'augmenter 
dans une autre. Ainsi, par exemple, ce passage 

| Î3 ^ îj | ï& 16 ff | ■ 

rftant écrit a la manière de Rousseau, offrirait deux fois 
plus de points qu'on n'y en voit par la mienne ; car il 
■e présenterait ainsi 1 

|i, , i, , ijl ,'5 , .'5 , i5| . 

11 suit de là qu'il fallait d'abord pourvoir à la clarté 
de l'expression, sans s'embarrasser de la quantité de 
points à placer, qui d'ailleurs n'a aucune espèce d'in- 
convénient. 



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(■95) 

déduire une notation claire de cette pensée, 
qui soit puisée directement dans sa nature ; car, 
de lui présenter d^abord la musique ordinaire 
sans modification et avec tous les défauts qui 
lui sont propres, de lui définir les rondes, les 
blanches, les noires, les croches, les pauses, 
demi-pauses, soupirs, demi-soupirs, avec tou- 
tes les figures bizarres qu'on leur donne, ce serait 
pour n'être pas entendu, ainsi qu'il arrive à ceux 
qui s'y prennent de cette sorte. Cependant mon 
but est de le faire pénétrer dans ces sentiers de 
ténèbres, mais ce sera en l'entourant d'assez de 
lumières pour qu'il voie bien clair à s'y con- 
duire tout seul. Que j'aimerais mieux, après luî 
avoir enseigné une notation naturelle et simple, 
toute conforme à la netteté de ses idées, ne pas 
y faire de ces mutilations qui la re'duiront à n'être 
que l'écriture généralement reçue!.,.. Mais, 
puisqu'on le veut, je le ferai, par déférence 
pour l'usage , et me consolerai de cette atteinte 
portée à la raison , par l'espoir que la génération 
qui vient en fera justice. 

De tout l'échafaudage des signes vulgaires, 
je ne me sers, pour entrer en matière, que de 
ceux qui pourraient suffire seuls à faire une 
bonne notation, si, je le suppose, on voulait se 
donner le plaisir d'en avoir une telle. Ces signes 



( >96) 

sont ; la ronde eri guise de zéro , pour Indiquer 
tous les silences; le gros point noir à queue, ou 
sans queue, appelé noirej pour indiquer tous les 
sons ; enfin , le menu point ordinaire , pour in- 
diquer un prolongement de sou ou de silence, et 
toutes les syncopes possibles. Avec ces trois si- 
gnes t je vais écrire toute coupe de mesure , 
quelque difficile qu'on la suppose. 

En effet j que l'on se représente rangés comme 
Bur une longue ligne les sons et les silences 
consécutifs d'une mélodie ) et que l'on consi- 
dère qu'ils sont distribués dans l'esprit du mu- 
aicïdn par groupes qui remplissent des durées 
égales, appelées temps de la mesure. Quant aux 
mesures, elles s ont aussi d'égales du réesentr'elles, 
étant formées par la somme de deux temps ou 
de trois- et l'on y est conduit, comme je l'ai 
dit plus-haut) par la nécessité de reconnaître 
des temps forts et faibles, qui reviennent alter- 
nativement et régulièrement d'un bout à l'autre 
de la mélodie. 

Comme une bonne écriture doit peindre aux 
yeux la même distribution qui s'est faite dans 
l'esprit j je tire de ceci le principe incontestable 
que les temps de la mesure doivent être nette- 
ment distingués à la vue ; en conséquence, je 
les écrirai bien séparés les uns des autres, et, 



Digiiized by Google 



( '97 ) 

B'ils contiennent plusieurs sons, )e les recou- 
vrirai chacun d'un trait horizontal. 

En outre, je considère que le temps de la 
mesure est l'unité invariable à laquelle nous 
rapportons la. durée de tous les sons. Four cela 
nous le divisons et subdivisons; mais il est re- 
marquable que ce ne soit jamais que par deux 
et par trois,, c'est-à-dire , que dans un temps 
qui soit composé d'un groupe de sons et de 
silences quelconques, nous distinguons deux ou 
bien trois groupes plus petits et d'égales durées j 
dans chacun de ceux-ci , nous en distinguons 
encore deux ou bien trois autres, et toujours 
de même selon cette progression qui conduit 
à la fin sur deux ou trois aons individuels, sans 
subdivision ultérieure. On sait qu'ordinairement 
cette subdivision ne va pas très-loin; mais quand 
cela serait, le second principe que j'en tire est 
général, et le voici: 

Que les deux ou trois divisions principales du 
temps s'annoncent clairement à la vue, et que 
dans chacune on aperçoive aussi distinctement 
les deux ou trois divisions secondaires, s'il y en 
existe, 

Pour remplir ce but, je recouvre d'nn second 
trait, situé sous Je grand trait qui embrasse tout 
le temps, chacune des deux ou trois divisions 



C'98) 

principales de ce temps; mais je n'aî besoin de 
li? faire que quand quelqu'une de ces divisions 
est elle-même subdivisée-; et, dans ce cas, je re- 
couvre dans celle-ci, d'un troisième trait infé- 
rieur au second, chacune des deux ou trois 
divisions secondaires qu elle renferme, maissoua 
la même restriction; et, dans chaque division 
secondaire, je recouvre d'un quatrième trait, 
plus inférieur encore, les deux ou trois subdi- 
visions qu'elle peut contenir; et toujours de 
même. 

Il est clair que voilà remplacées avantageu- 
sement toutes les espèces de croches en usage. 
En veut-on des exemples ? Si le temps renferme 
deux ou trois notes égales, il n'est besoin que 
de les voir réunies dans ce temps à côté l'une 
de l'autre, couvertes d'un seul trait, pour juger 
que chacune dure la moitié ou le tiers du temps; 
et ce sont là les vrais noms qu'elles devraient 
porter , et non ceux de croches, de doubles ou 
de triples croches, qui ne signifient rien. 

Mais de trois sons qui soient dans le même 
temps, le premier dure -t- il autant que les 
deux autres ensemble? je couvre ceux-ci d'un 
second trait sous le grand trait. Veut-on encore 
<jue les deux sons déjà recouverts durent iné- 
galement, et que le second ne soit que le tiers 



C i99 ) 

du premier? alors il faut prolonger le premier 
de la demi-durée actuelle du second , pour cela 
mettre un point devant celui-ci, et recouvrir 
ce point et le son qui le suit d'un troisième trait 
comme de triples croches. Si l'on eût voulu 
prolonger le premier son des deux tiers du se- 
cond, au lieu d'une moitié, on aurait mis deux 
points au lieu d'un deyant celui-ci sous le der- 
nier trait. 

Par où l'on voit que les points de prolonga- 
tion et les zéros de silence sont soumis aux 
mêmes principes, mais que le point n'a pas ici 
la signification restreinte qu'on lui donne dans 
la notation usitée. 

Que l'on ne craigne pas une surcharge de 
traita dans la notation que je propdse; car, outre 
que la clarté avec laquelle ils se montrent n'en 
peut jamais faire un inconvénient, j'avertis qu'il 
n'y en aura pas plus de deux l'un sur l'autre 
dans les cas ordinaires , ni plus de trois dans les 
coupes de mesure les plus recherchées, comme 
seraient l'expression des £ et tz parties du 
temps- En un mot, il ne saurait y en avoir plus 
que dans l'autre notation ; mais presque toujours 
il y en aura moins , et il dépendra môme de l'é- 
crivain de faire que cela arrive. 

La raison de ceci , est que je ne note pas une 



( 3» ) 

mesure à trois -ou û ijuatre temps différemment 
(Unis un cas que dans un autre, sous prétexta 
que le mouvement en soit plus ou moins rapide; 
je n'écris pas un menuet par trois noires et une 
valse par trois croches, mais je les écris chacun 
par trots temps; je n'écris pas une marche lente 
par deux blanches, et un pas redoublé par deux 
noires, mais j'écris l'une et l'autre par deux 
temps. Non plus je n'attribue pas aux notes 
une durée absolue à raison de leur figure, pas 
plus qu'un degré absolu d'intonation ; mais je 
leur attribue une durée relative à celle du temps 
de la mesure, qui est mon unité fondamentale; 
et celle-ci est toujours annoncée en tête de la 
mélodie , à la clef, comme le ton , par un signe 
clair et simple : or, ce signe n'est pas un mot 
italien , tel que largo j adagio, andarUe, allegro, 
presto, qui ne porte avec soi qu'une idée vague 
de mouvement, sur laquelle les musiciens dis- 
putent tous les jours dans les concerts; c'est le 
degré du point de suspension d'un chronomètre, 
c'est-à-dire., la longueur mesurée d'une pendule 
simple qui est sous nos yeux , non pas pour faire 
battre la mesure aux élèves, mais pour leur faire 
prendre le juste mouvement de chaque mor- 
ceau , leur apprendre à se le rappeler d'eux- 
mêmes à la vue du nombre qui en est l'indice 



( »> ) 

véritable, et à juger s'ils le conservent sans al- 
tération. 

Un infaillible moyen de n'omettre à l'étude 
aucune coupe du temps , c'est d'en calculer le 
nombre à l'avance, et de les classer dans un 
tableau général sur lequel on les désignera à la 
baguette, les faisant succéder l'une à l'autre et 
revenir sous toutes sortes de combinaisons. Il 
faut convenir que l'esprit est satisfait de pouvoir 
mesurer d'un premier coup-d'œil le champ qu'il 
aura à parcourir, et de prendre, en portant, 
l'assurance qu'il ne va pas errer sur un océan 
sans rives, où l'accompagnerait l'inquiétude de 
voir s'effacer derrière lui les routes qu'il aurait 
suivies. Mais on verra que l'écriture vulgaire ne 
reposait pas sur des principes assez généraux, 
pour qu'on ait pu entreprendre jusqu'à ce jour 
cette énumération analytique ; et néanmoins, 
tant qu'on ne l'a pas faite , on n'est jamais sûr, 
dans le sens étroit de ce mot, d'avoir passé par 
toutes les coupes praticables du temps , même 
quand on a lu, en plusieurs années, plusieurs 
volumes de solfèges. Or , voyons s'il est possible 
d'en manquer une seule par le calcul que j'en 
vais faire. 

D'abord je classerai ces coupes par le nombre 
de traits qu'elles peuvent offrir dans l'écriture, 



C 303 ) t 

nombre qui est en même- temps celui des divi- 
sions et sous- divisions qu'on aura faites dans 
l'unité de temps. Ainsi, par exemple, l'expres- 
sion des i et des f n'offrira qu'un seul trait 
couvrant deux ou trois sons, parce que 2 et 3 
eont des nombres premiers indécomposables en 
/acteurs plus simples; mais l'expression des-, ~ 
et 5 , offrira deux traits l'un sur l'autre , parce 
qu'on n'arrive à ces fractions que par deux di- 
visions faites l'une dans l'autre , savoir : par ; 
de 7, ou - de j, ou ~ de j : c'est-à-dire, que les 
dénominateurs 4> 6 et g sont décomposables 
chacun en deux facteurs , ou par 3 fois 3 , ou. 
par a fois 3 , ou par 3 fois 3. Mais , plus loin , 
l'expression des 7, 77, ^ et 77, présentera trois 
traits, parce qu'il y a trois facteurs dans chaque 
dénominateur, savoir : a f. 3 f. 3, ou a f. 3 f. 
3, ou a f. 3 f. 3, ou 3 f. 3 f. 3 : de sorte qu'en 
général, si l'on veut connaître de combien de 
traits sera surmontée l'expression d'une fraction 
donnée du temps , il n'y a qu'à voir de combien 
de facteurs simples ou premiers se compose le 
dénominateur quelconque de cette fraction: se 
rappelant d'ailleurs, que pour être une coupe 
praticable en 'musique, ces facteurs ne doivent 
être que des 3 et des 3 , ou que la fraction pro- 
posée ne doit pouvoir s'engendrer que par 1% 



( 3 o3 ) 

division continuelle du temps en deux ou trois 
parties; car l'oreille, telle que le peuple, ne 
connaît que les fractions simples 7 et j (1). 
Cela posé , je considère qu'il n'y a que deux 



(:) Le lecteur sera peut-être bien aise de voir, dans 
un teiil tableau, quelles espèces de fractions peuvent 
Ètte représentées par un nombre donné de traits ; et , 
réciproquement, combien de traits exige une fraction 
proposée de celles qui sont praticables, ou qui sont dans 
l'analogie de eellea qu'on pratique. C'est pourquoi je le 
place ici : ' 

* 

i.' a.- 3.' 4-' 5.: 6.' 
24 8 16 3a 64 , 
3 6 11 a4 4 8 9 e 1 e,c - 
ç 18 36 73 144 , 
37 54 108 316 , 
8, !6a 3a4 , 

343 486 , etc. 



Je borne ce tableau à ces six colonnes qui sont bien 
plus que suffisantes. Le numéro de la colonne indique 
le nombre de traits ; et les nombres qui sont dans cette 
colonne désignent les dénominateurs des fractions aux- 
quelles ces traits conviennent. Ainsi, dans la quatrième 
colonne, y ayant les dénominateurs 16, i4> 36, 54 1 8'f 
cela signifie qu'il faut quatre traits pour représenter les 



divisions primitives du temps , savoir : la divi- 
sion binaire j ou en deux moitiés, et la division 
ternaire j ou en trois tiers. Je numérote ces deux 
ou trois parties j et je les couvre d'un trait, 
comme ceci : 

13 , 123. 

Ce sont les deux seules coupes qu'un seul 
trait puisse offrir. Les chiffres d'ordre qu'on y 
voit tiennent la place, soit des sons, soît des. 
silences, soit des points de prolongation ou de, 
syncope ; et il en sera de même dans ce qui va 
«lira. 

iïi~ïï> st'lt""^ parties du temps. Réciproquement, 
la fraction ^, appartenant à la cinquième colonne, il 
•'en suit qu'il faut cinq traits pour l'exprimer ; ainsi de* 
autres. 

On ne voit pai dans ce tableau les fractions du temps 
etc. , parce qu'elles sont impraticables , 
que l'oreille ne sait point diviser le temps de cette ma. 
niàre. Si l'on trouve dans les œuvres de quelque» com- 
yoïiteurs cinq notes pour un temps, ce qu'ils appellent 
des cinq ou cinquièmes , c'est abusivement , car ils sa- 
vaient bien , en dérivant de tels passages , qu'on ne le* 
eiicutcrait pas en cinq notes dgales , ou oinq cinquiÈ» 
mes , mais qu'on ferait ft la place deur quarts et trois 
«xièmes , tels qu'on le» voit éortts à la page suivante, 
Glas» C. . 



( 2û5 ) 

Je prBinîa maintenant le premier de ces deux 
temps ainsi divise*, et j'en soumets les parties, 
au moyen d'un second trait, à une nouvelle 
division qui peut être binaire, ou ternaire^ ou 
titixtë) et qui peut avoir lieu soit sur les deux: 
moitiés à la fois ou sur l'une d'elles seulement. 
Cela fait en tout sept combinaisons que voici: 

A. 3 sous-divisions binaires, qui sont des î. 
» 34, .Tï, . 34 

E. 3 sous- divisions ternaires, qui sont desi 
(tiers de moitié). 

U3 456, TaJ 4, t pi 
C. 2 aûus- divisions mixtes, qui sont des Jet 
des i combinés. 

tï ïïë, H? S4 (1). 
Quoique le chiffre 3 paraisse deux fois dans 
cette dernière coupe , on ne peut pourtant pas 
se méprendre à sa signification : en effet, pa- 
raissant dans la première moitié du temps, au 
rang des sixièmes, il indique le troisième sixième 



(1) C'est ainsi qu'il faut entendre les passages impro- 
prement appelés cinquièmes, qu'on rencontre quelque- 
fois mal écrit) de cette manière =|ss. 



(*>6 

du temps , qui est dans ci 
raissaut dans la seconde moitié du temps, au 
rang des quarts, il y indique le troisième quart 
du temps, lequel est bien dans celte seconde 



le même hua uuia piavus a m lois, ou a ueuj. 

de ces places, ou seulement à une; en outre, 
je peux lui faire exprimer la moitié ou le tiers 
de la place où je le pose. Cela fait en tout 
vingt-six combinaisons que voici classées et 



D. 7 sous-divisions b 

ngs i rgs, st. 551 ! sn, rsT. rri 1 

E. , sou.-diri.ion, ton»™, qui Bt de, î. 
SïW,TTS,<,^i>iliterf^.'S»*."«>iîil 



C 207 ) 

à double trait sans subdivision ultérieure. Le 
triple trait , inséré sous le second , nous ouvri- 
rait une série de combinaisons beaucoup plus 
étendue. Sans entrer ici dans cette «numération 
trop longue , je me bornerai à mettre le lecteur 
sur la voie de la faire lui-même , en lui mar- 
quant les limites de ce travail , et les points de 
repos qui le lui faciliteront. 

L'insertion d'un troisième trait sous le second 
peut avoir lieu dans la division binaire aux 
classes A, B, C, ou dans la division ternaire 
aux classes D, E, F, ci-dessus dénombrées. En 
outre , il peut opérer, aux diverses places où 
on le pose, une sous-division, soit binaire , soit 
ternaire, soit mixte. Ainsi, 

Inséré dans la classe A, il offrirait 
si sous-divisions binaires, qui seraient des f. 
31 sous- divisions ternaires, qui seraient des 

(*<M> 

54 sous- divisions mixtes, qui seraient des j et 

des t; combinés.. 
Inséré dans la classe B , il offrirait 
77 sous-divisions binaires, qui seraient des £ 

(î de f de è). 
57 sous-divisions ternaires, qui seraient des — 

(i a« i)- 



6a6 sous- divisions mixtes, qui seraient des tî 

et ^ combines. 
Inséré dans la classe C, il offrirait 
6a sous-divisions binaires, qui seraient des j on 

des ^7 (7 de } de \). 
6a sous-divisions ternaires, qui seraient des ^ 

(ide^)etdes^(ide^) (1). 
3Go sous-dtvisions mixtes, quiseraientdes^de 

deux espèces, jet ,',- combines. 
Par où l'on voit que le troisième trait in- 
séré dans la division binaire seulement y en- 
gendre un nombre total de i36o coupes du 
temps. Mais si l'on voulait exclure de ces coupes 
celles qui passent les^, alors elles se réduiraient 
à 3i5, comme il est aisé de le voir. 

Si l'on porte le troisième trait aux trois classes 
D , E , F de la division ternaire , on aura , 

En l'insérant dans la classe D -■ 
117 sous-divisions binaires, qui seront des ï 

def.) 

117 sous-divisions ternaires, qui seront des 
(fdc^dei). 



6 qui 11e passent pas les et parmi les 36o , il y en 
a j4 1"'* sont ^ ana I e m « me ca) - 



'jSS sous-divisions 



nixtes, qui seront des -±-"et 
,-7 combines. . .. s ... '* 
- EnTinscrant dans la classé E : 

721 sous-divisions binaires, gui seront des i fi 
do j. ) . * » 

721 sous-divisions ternaires, qui seront des i 
a °' 5oa ««"«-divisions mixtes, q ui seront dcs ( "V 
et ^ combines. 
En l'insérant dans la classe F : 
<i) i,33 3S ous-divi S ions binaires, quiseront d e3 

, «■(ra*î.):et£(iae£j.: 
^sous-divisions ternaires, q „i seront des 

TîCrde T dei)et^ combiné. 
35,026 sous-divisions mixtes, qui seront des — 1 
77 et ~ combines. 
Ain», le troisième Irait e„ e ,„dre d™ U di . 
T...o„ tern.ire „„ total de 5„ >6a G coup,» 
du temps, entre lesquelles il s 'e„ lr0 „ T6 
qui ne pussent pas et si l'o, riuni t 

ensemble ,„„ te , le. eoupe. » simple, double 
ou tapie tnut, qui ne passent pus les A „„ e „ 
obtient 5 4 „, don, s ,.„, , simp ; j 
trait do uble, et 5o4 a triple fait. . 

M P«rmi «, ,33, „u.-d W , io „ «„„„, ,, 
71 qui ne passent paj ] es i, J 

•4 



î 310 ï 

tors Joue que je disais ci-dessus qu'on n'est 
jamais sûr d'avoir lu toutes les divisions prati- 
cables du temps, on voit que j'adoucissais l'ex- 
pression, et que j'aurais dû dire au contraire 
qu'on est sûr de ne les avoir jamais toutes lues. 
Sur quoi l'on fera cette réflexion décourageante, 
qu'il est pourtant nécessaire d'avoir promené sa 
pensée et sa voix, et plus d'une fois encore, sur 
ces milliers de coupes, sans quoi l'on y serait 

arrêté faute de pratique Mais, non, cela 

n'est pas indispensable, et je vais démontrer 
qu'il est dos considérations à faire, qui on peu- 
vent dispenser et qui rejetèrent toute la pra- 
tique sur les trente-six premières coupes seu- 
lement qui ne passent pas le double trait. Je vois 
que le lecteur me saura gré de cette énorme 
réduction , après le souci qu'a dû lui causer le 
dénombrement à million; ijn'il lient do lire. 

Considérons d'abord qu'il y a une autre ma- 
nière d'engendrer les coupes à triple trait, au 
moyen des coupes antérieures à double et k 
simple trait , auxquelles on adjoindrait une 
coupe (qui n'en est pas une ) formée d'un temps 
entier sans division, et qui s'écrit sans trait, 
comme i. Ce n'est, comme on voit, que l'ex- 
pression du temps originaire sur lequel ont été 
.pratiquées les divisions et subdivisions conti- 



nuelles p„ a et par 3. Comme le movcn d on[ 
je veux parler est général, je vais l'appliquer 
d'aboril à la génération dos coupes a double 
trait. 

Or, quelle cjnc soit l'une de ces coupes que 
l'on examine, on la trouve nécessairement for- 
mée de deux on de trois groupes à simple trait 
(on dont l'un au moins est à simple trait), 
rassemblés sous un trait supérieur; car, d'après 
les principes qui ont été exposés précédemment, 
* " oot deux ou trois groupes , on sons 

individuels, que l'on aperçoit d'abord sous le 
grand trait. Quand ce sont des sons individuels 
il n'y a pas de traits secondaires, et la division 
n'est alors que primitive et à simple trait; mais 
quand ce sont des groupes de sons, ces groupe, 
«ont annoncés à l'oeil par de, traits secondaires 
qm en lient les diver, sons, comme à une même 
souebe d'où ils furent extraits. 

Il faut conclure de là qu'on formerait facile- 
ment toutes les coupes du second ordre , en 
prenant deux par doux, ou trois par trois, de 
toutes le. manière, possibles les trois coupe, 
•impies ta3 (q„e j. désignerai pour nu 

moment para, b, c), et en recouvrant d'un 
grand trait ces divers assemblages, sans en ex- 
clure la répétition nécessaire de la même lettre. 



^yigitizc-j c,' Ci ilvjIl 



< 1 

On formera donc toutes les combinaisons lu- 
naires en dérivant chaque lettre à son tour à 
1b suite de chacune des trois lettres a, b, c, ce 
qui donnera d'abord ces neuf combinaisons. 

aa , ha j ca 
ab , bb , cb 

ac bc j CC 

Comme toutes ces combinaisons, excepte îav 
première, contiennent déjà un simple trait, il 
est clair qu'en Jes recouvrant chacune d'un trait 
supérieur , on au*ra fait des combinaisons à dou- 
ble trait, et qu'elles seront au nombre de 8 
( nombre qui résulte de 3 f. 3, diminué de i 
f. i ). Ce qui est conforme à ce que nous savions 
d'avance. 

Pour former les combinaisons ternaires , il ne 
faut qu'écrire a la suite des neuf précédentes, 
chacune à son tour des trois lettres a, b, c, ce 
qui donnera évidemment vingt-sept combinai- 
sons qui toutes, à l'exception de la première , 
se trouveront être à double trait, dès qu'on les 
recouvrira chacune d'un trait nouveau, parce 
qu'elles en contiennent déjà un simple. Cela fera 
donc seulement vingt-six combinaisons à double 
trait dans la division ternaire (ce nombre ré- 
sulte de 3 f. 3 f. 3 , diminué de i f. i f. i \ 



(»i3 5 

Ce qui est encore conforme à ce que nous con*. 
naissions. Voici ces vingt-sept combinaisons : 

aaUj boa j caa\aab , bab t cab\aac , bac, cac 
aba , bba , cbalabb , bbb , cbb\abc , bbc , cbc 
aca, bca , cca\acb , bcb , ccb\acc , bec, ecc 

il n'y aurait plus qu'à rétablir, au lieu des lettres 
a, b, c, les coupes i , i a , i aii , dont elles tien- 
nent lieu, pour voir dans ces tableaux les mêmes 
coupes à double trait qui ont déjà été détail- 
lées. 

Qu'il faille maintenant former les coupes du 
troisième ordre , il est clair qu'elles résultent 
de toutes celles desprdres antérieurs, qui sont 
au nombre de trenle-sept, combinées deux par 
deux, ou trois par trois, selon les mômes prin- 
cipes : car, en effet, quelle que soit une coupe 
imaginée du troisième ordre, elle présente né- 
cessairement, sous le grajul trait, deux ou bien 
trois groupes , dont l'un au moins est à double 
trait, tandis que l'autre ou les deux autres 
sont ou peuvent être à simple trait et même 
sans trait. On pourrait donc, s'y prenant comme 
ci-dessus, désigner par trente-sept lettres ces 
coupes déjà obtenues, et former premièrement 
les combinaisons binaires, en écrivant ebaque 
lettre à son tour à .la suite de' ces trente-sept 



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CM) 

lettres, ce qui donnerait 3 7 f. 3 7 , ou ï36g com- 
binaisons; former ensuite les combinaisons ter- 
naires, en écrivant à 1» suite de chacune des 
binaires chacune des trente-sept mômes lettres , 
ce qui produisit 3 7 f. 3y f 87, ou 6z,653 corn. 
Binaisons : sur quoi l'on observe que les coupea 
génératrices l 12 i 2 3, n'ayant au plus qu'un 
seul trait, ne formeraient, en se combinant 
entr'elles sans le concours des suivantes, que 
des coupes à double trait tout au plus, qu'il 
faudrait par conséquent exclure de celles du 
troisième ordre qu'on cherche à produire : ce 
serait donc 3 f. 3 oug à retrancher sur les 1,369 
combinaisons binaires, et. 3 f. 3 f. 3 ou 27 à 
retrancher sur les 5o,Gj3 combinaisons ter- 
naires; moyennant quoi, il resterait i,36o des 
unes, et 5o,626 des autres, c'est-à-dire, exacte- 
ment ce que nous avions trouvé d'une autre 
manière. 

Mais vdudrait-on exclure de ces combinai- 
sons celles qui passent les douzièmes du temps? 
alors il faudrait préalablement exclure des 
trente-sept coupes génératrices celles qui pour- 
raient amener ces fractions subalternes; ne 
prendre, par conséquent, pour former les com*- 
binaisons binaires, que dix-huit de ces coupes, 
qui sont celles où la division ne passe pas les 



(AS) 

sixièmes (celles qui sont hors des classes E et Y), 
et ne prendre, pour former les combinaisons 
ternaires, que six de ces coupes , qui sont celles 
où la division ne passe pas les quarts (celles qui 
s'arrêtent à la classe A); parce qu'on voit bien 
que ces quarts deviendront des douzièmes quand 
la coupe dont ils font partie ne sera qu'un tiers 
du temps, et que- les sixièmes le deviendront 
aussi quand la coupe ou ils se trouvent n'en- 
trera dans le temps qne pour une moitié. On 
trouve alors que le nombre des premières coupes 
se réduit à 3i5 (nombre qui résulte de 18 foia 
1-8, diminué de 3 fois 3), et que le nombre des 
dernières se réduit à 189 (nombre qui provient 
de 6 fois 6 fois 6, diminué de 3 fois 3 fois 3). Ce 
qui est toujours conforme à nos premiers ré- 
sultats. 

On voit combien il serait aisé d'assigner le 
nombre des coupes du quatrième ordre, et qu'on 
n'aurait qu'à prendre le nombre de celles des 
ordres antérieurs, qui est 52,oa3, en faire le 
carré ou le cube, d'où l'on retrancherait le carré 
■"ou le cube de 37, qui est le nombre dé coupes 
qui ne passent pas le second ordre , et dont les 
combinaisons deux h deux, ou trois à trois, ne 
passeraient pas le troisième ordre. 

Quand on a bien compris cette génération des 



coupes avancées du temps, il est aisé d'en fonder 
Ja lecture sur celle préalablement connue dea 
coupes à simple et à double trait; car rien n'em- 
péche un lecteur de voir trois temps dans un 
seul qui est divise en trois tiers, ou de voir 
deux temps dans celui qui est divisé en deux 
moitiés; c'est-à-dire, de prendre une unité de 
durée, deux ou trois fois moindre que celle qui. 
est écrite, et d'effacer dans sa pensée tous les 
traits supérieurs qu'il voit dans le chant: ce qui 
réduit pour lui les coupes à un ordre inférieur, 
sans qu'il y ait rien de changé à l'exécution , 
et sans que les auditeurs remarquent rien de 
cette opération qui est toute mentale. N'est-ce 
pas ce que font tousles jours les musiciensquand 
ils ont à exécuter des triples croches dans les 
mouvemens largo ? ils les abaissent ainsi à l'état 
de doubles croches. C'est ce qui arrive aussi 
dans les mesures dites ~, qui sont des mesures 
de trois temps, écrites comme si elles étaient 
d'un seul temps divisé en trois tiers : la croche 
y sert d'unité, et les doubles croches n'y sont 
réellement que des demi-temps, quoiqu'à l'é- 
criture on les présente comme des demi-tiers. Ce 
seront bien des demi-tiers, si l'on veut, mais des 
demi-tiers de la mesure , et ce n'est pas le nom 
qu'on leur attribue qui changera l'effet qu'elles 



(="7) 

doivent produire. Concluons enfin , que toute 
l'étude de la mesure est renfermée dans le ta- 
bleau des trente-sept coupes (i) qui ont été 
énu mérées ci-devant. 

Quand j'ai mis un tel tableau, ou ses diverses 
sections, sous les yeux de mon élève, que pen- 
dant une année j'y ai arrêté ses regards , que j'y 
ai frappé de la baguette toutes les coupes du 
temps que j'ai voulu lui apprendre, lui faisant 
. articuler en nombres,, sur chacune, les parties 
fractionna ires qu'elle renferme; croit-on qu'il 
soit fort à lire la mesure, qu'il ait bien dans 
l'espritles effets variés que ces coupes produi- 
sent, et qu'enfin sa mémoire soit suffisamment 
meublée de ces phrases Arythmiques sous les- 
quelles on range les sons de la mélodie ? 

Sans contredit, touteela arrive, et l'expérience 
l'a bien prouvé. Mais quai -je besoin d'invo- 
quer l'expérience? Quel lecteur ne voit que je 
grave, physiquement parlant, les idées dans sa 
tête, même sans le concours de sa volonté, et 
que j'imprime autant de coups sur son cerveau 
que sur les tableaux où je frappe ï II ne faut 



(1) Je compte 3?, parce que j'adjoins le temps entier 
i auï deui coupes à simple trait la et ia3, et aux 34 
coupes à double trait. 



f.««3 

donc que mesurer combien de fois dans une; 
année, et premièrement dans une heure, je 
peux reproduire à ses yeux chaque coupe de 
ce tableau. Or, il est clair que c'est par cen- 
taines qu'on doit compter ici. 

Voilà donc , pour l'étude de la mesure , un 
moyen aussi nouveau et aussi infaillible que 
celui par lequel j'enseigne l'intonation, outre 
qu'il lui est parfaitement analogue. C'est au 
bout d'une baguette , que je porte dans l'esprit 
de mes élèves toutes les idées que je veux y 
mettre. Je dis infaillible , car remarquez bien 
qu'en toute étude de pratique (i), le plus ou 
moîus de savoir dans les individus d'égale or- 
ganisation ne peut dépendre que du plus ou 
inoins d'exefeice ; or, il s'ensuit, ou que l'in- 
dividu n'était pas apte à apprendre la chose 
( ce que je n'oserais affirmer d'aucun sujet , 
parce que c'est un point qu'on n'a jamais dé- 
montré), ou qu'avec une pratique suffisante il 
parviendra à la savoir. Mais quel est le degré 
de ce mot suffisante?..... Il n'importe, on l'i- 
gnore , et toutefois il reste démontré que si je 



(i) Toute! nos ïtudesontla pratique pour but , tau* 
quoi elle! seraient illusoires. La théorie n'est faite que 
pour l'atteindre plutôt et plus sûrement. 



(«9) 

lui fais faire en une année , par mes procédés , 
autant de pratique que par d'autres méthodes 
il en aurait fait en dix ans , j'ai réduit au dixième 
le temps quelconque nécessaire pour posséder 
ces pratiques au môme degré dans les deux cas. 
Je dis ces pratiques seulement, et je ne veux 
pas tirer avantage de la partie scienttfujue dont 
elles sont ici accompagnées. 

Mais à quoi bon lui enseigner cette manière 
d'écrire mathématiquement les durées , puisque 
ce n'est pas ainsi écrites que l'usage les lui pré- 
sentera î N'est-ce pas une double étude que je 
lui fais faire , et dont l'une est inutile ?. . . Non 
certes , ce n'est pas une double peine que je 
lui fais prendre, quoiqu'il y paraisse. A quoi 
bon demandez-vous ? d'abord, à lut donner des 
idées exactes, sans lesquelles personne ne peut 
faire une juste opération de l'esprit; ensuite, 
et par suite, à lui donner l'intelligence de tous 
autres signes, si mauvais qu'ils soient, sans en 
excepter ceux dont on se sert. Vous ne voyez 
donc pas de quelle force est capable un élève 
ainsi armé ? Vous ne voyez pas qu'il découvrirait 
tout seul au besoin la valeur de vos signes de 
durée, quand même il n'en aurait jamais en- 
tendu parler, quand même vous viendriez de 
les créer tout nouvellement? Telle est pour- 



( 330 î 

tant la conséquence de ses idées acquises. 
Eu effet, il tient une musique à la main , 
qu'il ne sait pas lire, je suppose, à raison des 
signes de durées qui lui sont inconnus; mais 
d'abord il se dit en y jetaul les jeux : il n'y a " 
pas là une idée écrite que je n'aie par avance 
dans la tète, et je suis prêt à l'exprimer cor- 
rectement, aussitôt que j apercevrai le rapport 
de ces signes à ceux qui me sont familiers. Or, 
cela est-il bien difficile ? en voilà déjà plusieurs 
tels que je les connais. Voyons les autres : me- 
sure à quatre temps, quatre uoires dans une 
mesure ; donc chaque noire est pour un temps : 
ici, trois noires et deux eroclies; donc la noire 
vaut deux croebes, et ces croches sont deux 
demi-temps : là, trois noires et quatre doubles 
croebes, qui sont donc quatre quarts de temps 
ou de noire : ailleurs, une croche simple et deux 
doubles pour remplacer une noire; c'est donc 
une moitié avec deux quarts, mais c'est mal écrit 
de les séparer : là, elles sont bien écrites, parce 
qu'on les a liées. Maintenant je vois un point 
qui touche la note qu'il prolonge; il est mal 
posé, car il appartient au temps suivant, ou à 
la seconde moitié du même temps : n'importe, 
il suit une blanche, et une noire vient après; 
ilonc iL est là pour une noire, pour un temps- 



En voîci un autre qui suit une noire et qui est 
suivi d'une croche: là il vaut donc demi-temps, 
puisque les deux demi-temps de la mesure sont 
d'ailleurs complets.... S'y a-t-il rien de plus diffi- 
cile que cela? Eh quoi! ce ne sont que les propres 
signes qu'on m'a fait connaître, mais qui sont 
mutilés en divers endroits. Proprement ce sont 
les lettres des mots du discours, dont on s'est plu 
à. dé range ries distances, faisant quelquefois pas- 
sera la fin d'un mot les lettres qui commencent le 
suivant, et d'autres fois séparant toutes leslettres 
comme si elles faisaient au tant de mots. Onnepeut 
pas appeler cela une autre écriture , mais tout 
au plus une écriture dégénérée de la première. 
Voilà les raisonnemens que feraient mes éle- 
vés pour apprendre d'eux - mêmes les signes 
ordinaires, si je négligeais de les leur montrer. 
Je dis plus: voilà les raisonnemens qu'ils ontfmt 
dans l'impatience de connaître ces signes avant 
le temps que j'avais marqué pour les en ins- 
truire. Mais quand ce temps est venu, je leur 
ai donné chaque jour une pièce de musique 
gravée, pour la traduire selon nos signes per^ 
fectionnés, je ne dis pas en chiffres, il ne faut, 
pas qu'on s'y trompe , je dis en notes noires bien 
assemblées sous les traits qui rendent les temps 
distincts à la vue, Quand ils ont fait cette tra- 



ductïon plusieurs mois matériellement, c'esE* 
à-dire, la plume à la main, alors on conçoit 
qu'ils la peuvent faire mentalement assez vite 
pour chanter la pièce proposée en même-temps 
qu'ils la traduisent. Mais alors le spectateur ne 
voit plus une double opération, il n'en voit 
qu'une seule qui est l'action de chanter, l'autre 
lui étant cachée, parce qu'elle se passe toute dans 
l'esprit du chanteur; or, c'est celle-ci qui forme 
le secret de tout musicien et son vrai procédé 
de lecture. 

Le lecteur a dû remarquer que dans notre ma- 
nière d'écrire les fractions du temps, le mode 
de leur génération reste toujours a découvert; 
ainsi, par exemple , quand on voit que l'unité 
est divisée en sixièmes, on voit en même-temps 
si ces sixièmes sont venus en prenant la moitié 
du tiers, ou en prenant le tiers de la moitié; 
car dans le premier cas ils se présentent en trois 
groupes de deux sons, comme 12 34 56 (1), et 
dans le second cas en deux groupes de trois 
sons, comme ïâî $56. (Voyez les classes B etD 



(1} C'est ce que les musiciens appellent des six ou 
sixièmes; dénomination -vague, puisqu'elle convien- 
drait également aui tiers de moitié; mais ils appellent 
ceui-ci des trois ou triolets. 1— - — * 



t«3) 

pî-dessm ) Cette double expression des sixiè- 
mes, qui est indispensable puisqu'elle répond 
à deux effets distincts dans le chant > entraîne 
«ne triple expression des douzièmes et des dix- 
huitièmes : les douzièmes, par exemple, peu- 
vent s'engendrer par quart de tiers faisant trois 
groupes de quatre sons , ou par tiers de quart 
faisant quatre groupes de trois sons, ou par 
demi-tiers de moitié 1 faisant six groupes de deux 
sons répartis en trois groupes et trois groupes; 
en conséquence ils peuvent s'écrire de ces trois 
manières : 



la 34 n34 u3j, n3 45fi .j3 4&G, 133456 ii 34 Û6 

la première expression vient , comme on voit, 
de la division ternaire , et les deux autres vien- 
nent de la division binaire. 

On doit comprendre à présent pourquoi la 
pluralité des traits est nécessaire dans l'expres- 
sion des fractions du tempe. Elle est indispen- 
sable sous un double rapport : premièrement, 
pour qu'on aperçoive la génération de ces frac- 
tions, condition sans laquelle on ne pourrait 
les lire, ou on les lirait de plusieurs ma- 
nières si elles comportaient plusieurs modes de 
génération ; elle l'est encore pour aider l'œil 
à compter le nombre de sons groupés dans 



t«4) 

chaque temps; car l'arithmétique de l'œil , 
comme celle de l'oreille, ne s'étend qu'au nombre 
trois: au-delà de ce terme l'n.'il ne voit et l'oreille 
n'entend qu'une multitude confuse qu'ils ne 
démêlent qu'il l'aide d'un calcul. Qu'on essaie, 
parexemple, de se représenter mcntalemenU(.r 
points ou six objets également espacés sur une 
même ligne, ou, qui plus est, assemblés en un 
tas; on y fera d'inutiles efforts, et l'on sera 
ré<luit à la lin à si> figurer deux groupes de trois, 
ou trois groupes de deux objets ; de même 
pour se représenter le nombre i\cuf, on est 
obligé île le distribuer eu trois groupes de trois 
unités : et si quelque cause extérieure vient 
troubler cet arrangement , le nombre aussitôt 
s'efface de la pensée. En un mot, les nombres 
un peu grands ne se peignent à l'esprit qu'à 
l'aide d'une décomposition qui même ne peut 
s'étendre fort loin ; et l'on remarquera , peut- 
être avec quelque surprise, que cette décom- 
position est exactement la môme que celle que 
nous pratiquons dans l'écriture musicale. H ne 
suffirait donc pas de ne couvrir que d'un trait 
les siï sixièmes, ou les huit huitièmes, ou 
les douze douzièmes d'un temps, connue l'au- 
rait fait J. J. selon ses principes; et c'est là 
un défautconsidérable dosa notation, qui d'une 



( m5 ) 

pari ne lui p™.W, p „ de dist| , - ^ 
verses espèces do sixièmes et de douzièmes nui 
Mt du. le ch.n. , et qui de l'autre n 'avertisii 
P a. œ,l assez prestement d'un changement de 
Iraotion et de vitesse d'un temps à l'autre. 

Il me reste i parler du silence et de la „„ 
cope, dont l'un se désignera par le zéro, « 
lnrta par nu point mi, i la suite du son ou 
, du sdenoe qu'on veut prolonger. D'abord, em- 
ployé sans tra.t, ce point v a prolonger „„, 
Mirée d autant dun.tés entières qu'on Tondra.- 
£n voici des exemples : 

. Prolongation d'un temps. 
• ■ Prolongation de deux temps. 
- ■ . Prolongation de trois temps, 
etc. 

Or, cette prolongation peut s'attribuer él- 
ément so.t au son, soit au silence qui p r&êd , 
le point ; 

Exemples : 

D.,« d'„ ,,„„ J. ,„„ , C ^, r 

Rien n'empêche pourtant de répéter le zéro 
pour en prolonger la durée, comme oo, ooo 
oouo ; ma,s ,i l'en répétait de mîme le chilu, i„l 
r5 



1 



( sa$ ) 

dienleur du son , ce ne serait plus ce qu'oit 
voulait exprimer , parce que 'le chanteur re- 
frapperait ce son, au lieu de le soutenir autant 
de fois qu'il le verrait écrit. Dans ce cas, on re- 
couvre d'un arc tous ces sons répétés, et cet 
arc fait l'office "des points; mais son usage est 
moins commode ( 1 1 , 1 1 1 , 1 1 1 1 ). 

Nous venons de voir les prolongations en- 
tières; voyons les prolongations fractionnaires, 
et les variétés qu'elles amènent dans les diverses 
coupes du temps. Comme les chiffres d'ordre 
tiennent lieu dans ces coupes, soit de sons, 
soit de silences , soit de syncopes , ainsi que 
nous en avons averti, si l'on veut à présent 
faire la distribution de ces divers cas, on n'a 
qu'à consacrer spécialement ces chiffres à la re- 
présentation des sons; et les remplaçant un à 
un , deux à deux , etc. de toutes les manières 
possibles par le point ou par le zéro, on verra 
naître toutes les variétés relatives à la syncope 
£t au silence. 

Soit d'abord les coupes du premier ordre ia 
et iî3 : le point simple peut occuper deux places 
dans la première , et trois dans la seconde ; le 
Hoùble point peut offrir une seule variété dans 
celle-là , et trois dans celle-ci ; enfin , le triple 
point n'offre qu'une variété' dans' la seconde 



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C * 3 7 ) 

coupe. Cela ferait donc en tout trois variétés 
dans la division binaire, et sept dans la division 
ternaire. Maïs de ces dix variétés il faut sup- 
primer les quatre que voici , p, ~, ~, 777, 
parce qu'elles reviennent, savoir : les deux pre- 
mières à i , et les deux dernières à . , qui sont 
déjà rangées parmi les coupes sans trait. Il n« 
reste donc que les six variétés suivantes : 
(M) ~„ 3 . ~ s . -, -, .7: (,) 

L'insertion du zéro parmi les sons étant sou* 
mise aux mêmes lois, on aura donc dix variétés 
de ce genre , sur lesquelles on retranchera ces 
deux 00, oao, comme revenant au seul temps 
de silence o, et il restera les huit variétés qua 
voici : 



(1) La troisième de ces coupes est celle qu'où désigne 
ordinairement par une noire et une croche dans les 
mesure! dites -J et \. 

La première répétée plusieurs fois a la suite d'elle 
inéme , et précédée de la coupe Ta, comme ici : 

| Tï 1 * ~* | 1 ~i etc. 
est ce qu'on a coutume de désigner par une croche 
suivie de plusieurs noires qui font de! syncope! coa« 
•tinuej. 



C*.8) 

' Ênfm , s! l'on veut combiner le point avec Itf 
zéro dans un même temps, cela offrirait bien 
deux variétés dans la division binaire, et douze 
variétés dana la division ternaire } mais ces qua- 
torze coupes se réduisent aux sept suivantes par 
la suppression de sept autres qui rentreraient 
dans celles déjà obtenues ! 

(O) -., ^, -.. -., ^. ^, 

Encore observez que si le point qui com* 
mence le temps, dans les trois premières et les 
deux dernières de ces coupes, n'était que la 
prolongation d'un zéro qui le précéderait dans 
la mélodie, ces cinq coupes seraient comprises 
parmi celles ci-dessus- Mais comme ce point 
peut aussi bien prolonger un son antérieur, 
j'ai dû énutnérer Ces coupes comme offrant dea 
Variétés distinctes. 

On voit assez , par ces exemples , comment 
s'obtiendraient lus variétés dus coupes du second 
ordre. Je no m'y arrêterai pas. J'observeraV seu- 
lement que la classe A fournit neuf variétés par 
l'insertion du point, savoir : 

1^34, » ^ ^ff^]^ J, , ~a ■ | • 34, , "4, ■ ^| 

Que la huitième de ces coupes repond à ce 
qu'on nomme les croehes pointées, et que la 



(«9 3 

neuvième présente un exemple de l'emploi du 
doubla point exactement comme dans l'écriture 
reçue ; mais que ce n'est pus une raison d'en 
tirer le principe qu'un second point doive tou- 
jours valoir la moitié du premier, puisqu'on 
voit par la cinquième coupe de ta classe M, et 
par les autres ci-dessus, qu'il peut en être et 
qu'on a besoin qu'il en soit autrement. 

Le lecteur traduira sans peine, en notes or- 
dinaires, les exemples que j'ai écrits eu chif- 
fres, puisqu'il ne lui faudra que mettre une 
note à queue à la place de chaque chiffre, sans 
faire subir aux traits qui les couvrent aucun 
dérangement Cette note n'aura jamais besoin 
que d'une seule figure; ce sera, comme je l'ai 
dit, le gros point noir appelé iioire. Le menu 
point restera combiné entre ces notes, comme 
il l'est entre les chiffres. Quant aux silences, 
si l'on ne veut pas de zéro ù queue pour le 
représenter, on prendra tout autre signe moins 
commode , mémo un de ceux dont On se sert , 
pourvu qu'on n'en prenne qu'un seul qui viendra 
se combiner entre les notes et sous les traits, 
de mi-rne que le zéro l'aurait l'ait et qu'on l'a 
vu ci-dessus. Au surplus, il ne faut pus qu'on 
demande ce que vaut la noire, ce que vaut la 
çroCheï ce que vaut le point, ni la double croche, 



ni le zc'ro à quene, dans mon système; car ce 
serait la preuve qu'on ne l'aurait pas compris : 
la valeur relative de ces signes est tout-à-fait 
indéterminée, tant qu'on les considère épars et 
isolément; mais elle se détermine sans équivo- 
que, quoique très-diversement, à l'aspect des 
temps où on les a di versement groupés. 

Pour bien apprécier la clarté de cette écri- 
ture , il ne faut que voir comme elle est con- 
forme à la génération des idées qu'elle exprime. 
L'oreille ne juge des durées que par lés retours 
équi dis tans d'un choc continuel qui l'affecte; 
et, s'il était possible de suivre les progrès da 
l'éducation de cet organe depuis sa naissance, 
nous trouverions que dans son premier période 
cllo n'est affectée que de l'uniformité de ces 
retours, qu'elle ne sent que des durées égales, 
que des unités de temps. Ce n'est qu'ensuite 
qu'elle apprend à diviser ces intervalles par un 
choc intermédiaire ou par dnix seulement; et 
alors il lui ost nécessaire d'affaiblir ces coups 
interposés, pour ne pas laisser se perdre l'idée 
de l'unité génératrice. Plus lard elle parvient à 
distinguer de nouveaux coups an milieu ou aux 
deux tiers des précédens ; mais elle n'étend 
guère plus loin cette sous-division, sans êtra 
obligée de changer son unité primitive et da 



( *3. } 

la réduire, par exemple, & moitié ou au liera 
de ce qu'elle était. D'un autre côté, si le clioc 
unitaire cesse d'agir en quelques endroits, l'o- 
reille y supplée en empruntant le secours d'mi 
autre sens : le tact (i), par exemple, la sert 
très-bien dans cette opération ; c'est par lui 
que le médecin compare les intervalles des pul- 
sations ; c'est par lui encore que le musicien! 
compte des silences et des syncopes, même lors- 
que le spectateur n'en remarque rien. Tout in- 
dique donc qu'il faut reLracer aux yeux, dans 
l'écriture comme elles le sont à l'esprit , ce3 
époques équidistantes de la durée, ce choc uni^ 
taire que l'oreille a besoin de sous - entendre 
aussi nécessairement qu'une note tonique parmi 
les intonations. 

Il s'ensuit encore qu'elle no juge pas de la 
durée individuelle des sons consécutifs, niais 
qu'elle a besoin qu'ils soient rassemblés dans les 
intervalles des chocs fondamentaux , sans se 
confondre avec eux. Si, par exemple, on ex^ 
primait une suite de sons à intervalles inégaux, 



(i) Le toucher est le sens le plus général; et l'on 
fourrait dire que Ici autres n'en sont que des modifi- 
cation», et que l'ouïe, la yub, l'odorat, le goût, ne sont 
que le tact rapporte à de certaines pvties du corps* 



C »3« ) 

et dont les durées fussent, je suppose, telles 

j jiî i *, etc. 
l'oreille ne saurait s'en rendre compte et n'y 
trouverait que confusion , quoique pourtant ces 
durées soient de celles qu'elle peut mesurer dans 
d'autres cas. C'est parce que le choc unitaire 
ne tombant sur aucune de ces époques, on n'y 
voit plus de terme commun de comparaison. 
Par conséquent, une écriture qui ne ferait que 
représenter ces époques irrégulières , avec la. 
simple indication de leur durée individuelle, 
comme serait dans cet ordre une double croche 
pour le '-, une croche de triolet pour le \, une 
Croche ordinaire pour la -j, une croche pointée 
pour le une noire pour le i, deux croches 
de triolets liées pour représenter les |; une 
telle écriture, dïs-je, serait complètement illi- 
sible, et arrêterait à coup sûr les plus habiles 
praticiens; non que le passage dont il s'agit 
soit impraticable de sa nature, mais c'est qu'il 
le devient par la manière obscure de le pré- 
senter; car, d'ailleurs, il cesse de l'être aussitôt 
que l'on y a fait la distribution des temps, et 
que l'on y a mis en évidence l'unité de durée 
que cherchent l'œil et l'oreille pour se diriger; 
en cette sorte : . - 



(-33) 



d'où j'infère que les notes ordinaires, employées 
isolement comme on le fait, n'ont pas lu puis- 
sance de rappeler à l'esprit les diverses fractions 
du temps, et que ce n'est pas en les considé- 
rant de cette manière qu'on parvient à les lire. 

Les mêmes considérations nous font voirpour- 
quoi les silences et les syncopés mis à l'entrée 
des temps font un effet si peu naturel et qui 
paraît si étrange aux oreilles inexpérimentées. 
Je veux parler des coupes de cette espèce 

ôï, <Û3, ôaJ, o3$| etc. 

c'est que la durée d'un son n'a pas de terme 
distinct comme son origine, et qu'on n'est averti 
qu'il finit, qu'à l'instant précis où un autre 
commence. Or, le silence dont il est ici accom- 
pagné ne laisse plus entendre cette limite , 
puisqu'il n'en est que la suppression ; et c'est 
de quoi sont d'abord choquées les. personnes 
qui n'ont pas ajouté l'éducation de l'artàcelle 
de la nature. Aussi, quand on fait alterner des 
sons et des silences dans la mélodie avec une 
certaine vitesse, tout ce qu'on y peut connaître, 
c'est que les uns et les autres se succèdent dé 
telle façon que le temps en est rempli; mois 



( 'H) 

il est physiquement 'impossible de dire pour 
quelle fraction chacun y entre. Ainsi, k la vue 
de ces deux exemples : 

| -, » | «, Tî [ etc. 



dont l'un présente plusieurs demi-temps de son 
sépares par des demi- temps de silence, et l'autre 
plusieurs quarts de son sépares par trois quarts 
de silence , vainement l'œil décide qu'ils doi- 
vent produire un effet différent; car cette dif- 
férence échappe i l'oreille dans l'exécution. Par 
conséquent, il serait illusoire d'avoir une pré- 
férence scrupuleuse pour l'une ou l'autre de ces 
façons d'écrire, si ce n'est pour la plus simple 
des deux; et je dois observer à ce sujet, que 
cette considération diminuera d'autant le nom- 
Irc des variétés qu'apportent la syncope et le 
silence dans les coupes du temps. 

C'est toujours par les mâmes principes qu'on 
s'expliquera le bizarre effet que produit le con- 
cours de deux parties de chant , quand l'une 
est soumise à la mesure binaire et l'autre à la 
mesure ternaire. On doit comprendre pourquoi 
l'oreille a tant de peiile à saisir ce double effet, 
et les lecteurs plus de peine encore a l'exécuter ; 
.c'est que l'attention se partage pour diviser ici 



( =35 ) 

la mesure ou le temps de deux manières, et 
que l'oreille préoccupée de deux effets qui ont 
des causes différentes, affectée à la fois de deux 
unités inégales, n'aperçoit plus cette unité de 
rhythme qui est aussi essentielle il la symphonie 
que l'unité de ton et que l'unité de chant, s'il 
est vrai qu'en (ait de beaux-arts le goût sévère 
réclame une unité de dessin. Nous avoua quel- 
ques pièces de musique composées en entier sur 
ce double rhythme , mais qui présentent plus 
de difficulté que d'agrément à l'exécution. 

Toutefois, quelque difficile que soit ce genre 
d'exécution à deux mains pour les joueurs de 
piano, je peux assurer qu'il ne sera pas Ici 
pour mes élèves , parce que je leur enseigne à 
l'exprimer avec deux baguettes de la manière 
la plus rigoureuse; niais je les conduis à cette 
connaissance par l'analyse raisonnéede ces deux 
coupes du temps, et ce n'est pas sans surprise 
qu'ils l'exécutent au premier mot d'explication 
que je leur en donne, lorsque déjà ils l'avaient 
jugée impnssihlo sur plusieurs essais infructueux 
que je leur avais prescrit d'en faire. Je ne dirai 
"pas icï ce mol d'explication ; je veux laisser au 
lecteur, qui m'aura lu avec quelque soin, le 
plaisir de le découvrir. 

11 faut convenir qu'où aurait bieu peu à faire 



C ,36 ) 

pour perfectionner l'écriture reçue selon les 
principes que nous venons d'établir, 11 ne s'a- 
girait point de changer les aignea d'intonation, 
et de substituer des chiffres aux portées; l'écri- 
ture que nous avons peut devenir claire et cor- 
recte, sans y faire ce grand changement que 
demandait J. J. Rousseau. Tout dépend des si- 
gnes de durée, que j'ai fait voir qu'on peut ré- 
duire à trots quand on voudra ; signes connua 
des musiciens, et dont il ne s'agit que de fairo 
un meilleur emploi à l'aide des traits qui doivent 
les recouvrir et les lier. Que l'on considère que 
la musique, dite instrumentale, n'est pas fort 
éloignée de ce degré de perfection, et qu'il est 
une foule de cas où l'on n'aurait aucune modi- 
fication à y faire. Les mesuresàj, par exemple, 
se trouvent clairement écrites, sauf les cas de 
syncopes et de silences brefs ; les mesures à J 
sont bien écrites aussi, sauf les mêmes circons- 
tances, etc. (i) 

Je conviens que la musique vocale paraît s'é- 



(i) Il faut avoir soin seulement, quand on place deux 
ou trois traits l'un sur l'autre , comme dan* les doublei 
«t triples croches , de ne pas faire le second trait con- 
tinu sous le premier, ni le troisième sou* le second ; mai» 
ieTwiser ces traits inférieurs , conformément aux groupe! 



( #1 ) 

«arter davantage de ces principes; mais- c'est 
parce qu'on l'écrit autrement que la musique 
instrumentale , sans avoir néanmoins aucun bon 
motif de le faire. Qu'est-il besoin de disjoindre 
les notes qui appartiennent à un même temps? 
C'est, dit-on, pour les faire répondre aux sylr 
tabès J mais plutôt c'est aux syllabes à se dis- 
joindre pour venir répondre aux diverses notes} 
et rien n'empêche d'ailleurs de tenir les notes 
d'un temps un peu plus écartées , s'il en est 
besoin , sans cesser de les tenir liées par les traits 
convenables. Mais, dit-on encore, si plusieurs 
sons répondent à une seule syllabe, par quoi en 
fiera-t-on averti? On le sera par le signe d'usage 
qu'on appelle coulé, et qui est un petit arc qui 
embrasse ces notes. Ainsi, tant qu'on ne verra 
pas cet arc , chaque note sera pour une syllabe : 
d'où il résulte qu'il n'est pas même besoin que 
les syllabes répondent bien verticalement. sous 
chaque note, et qu'il suffit qu'on voie distinc- 
tement la première syllabe et la dernière de 
chaque mesure, car on saura d'avance qu'il doit 
nécessairement y avoir dans chacune autant de 

de sons que chacun est destiné à couvrir. Par e\einple, 
il faut écrire q uatre d ouble» croches ainsi ; "il 34, et 
bon pas ainsi 1. ia34- J.'cu ai dit les raison» plus haut. 



(àS8> 

syllabes que de notes, en ne comptant que pouf 
une seule plusieurs notes couvertes d'un arc. 
Qunnd des améliorations coûtent si peu à faire, 
pourquoi voudrait-on s'en priver? 

Apres tout, il faut bien avouer que c'est d'a- 
près ces principes,, d'après celte exacte distri- 
bution des sons, que l'on exécute toute musique) 
et que c'est parce que dans l'écriture reçue elle 
ne se montre pas toujours clairement aux yeux^ 
que In musicien, même expérimente , est forcé 
de s'arrêter devant certains passages pour y ré- 
tablir celle distribution rigoureuse qu'il n'yvoit 
pas; que cela arrive surtout dans ces mesures 
où se rencontrent des silences pointés et entre- 
mêlés de sons brefs. Que l'on réfléchisse encore 
qu'un instrument ne peut point exécuter , à 
livre ouvert, une musique vocale un peu tra- 
vaillée , parce que les signes n'y sont pas groupés 
comme il convient , mais y sont épars et en dé- 
sordre, pour répondre, dit-on, aux syllabes; 
et l'on sera convaincu que la seule figure des 
notes n'a aucunement la vertu qu'on a cru lui 
attribuer, de désigner à l'esprit la durée relative 
des sons , ni encore moins leur durée absolue. 

Quant à la notation par chiffres , je crois 
qu'elle ne répugnerait point aux musiciens vo- 
culistes , parce qu'en peu de jours ils la liraient 



aussi couramment que l'autre. Maïs elle répu- 
gnerait sans doute beaucoup aux joueurs d'ins- 
trumens, parce que, pour la lire suffisamment 
Vite, ils devraient l'étudier prcSqu'aussi long- 
temps qu'ils ont fait la première. Je peux rendre 
raison de cette différence : dans l'exécution 
instrumentale, les signes écrits ont un rapport 
direct au doigter et même n'en ont pas d'autre à 
l'esprit du joueur ; en sorte que la vue des signes 
ne fait que provoquer le mouvement des doigts. 
Cette liaison est fortement établie par une lon- 
gue pratique; onla détruirait en entier, si l'on 
changeait les signes , comme si l'on changeait 
le doigter de l'instrument. Il n'en est pas de 
même dans l'exécution vocale ; les signes n'ap- 
pellent les idées que par l'intermède des mots, 
fît ce. senties idées qui déterminent les inflexions 
de l'organe vocal. En un mot, nous ne lisons de 
la voix que par une double traduction du signe 
visuel au signe oral, et du signe oral à l'idée; 
au lieu que nous lisons de l'instrument par la 
liaison directe du signe visuel au doigter, sans le 
concours de l'idée ni du mot. Si les mots inter- 
venaient dans cette opération, c'est-à-dire, si 

l'instrument prononçait les mots ut ré mi. 

en môme-temps qu'il en exprime les sons, il 
serait alors dans le même cas que la voix, et 



f *4° ) 

les chiffres ou les lettres seraient aussi ïndiffc- 
rens que les portées ordinaires à l'exécutant. 
jM.us c'est précisément ce qui n'a pas lieu. 

Au surplus, si l'on voulait rendre usuelle la 
notation par chiffres, il faudrait l'aire de nota- 
bles modili cation s aux principes de J. J. On ne 
pourrait pas, par exemple, ne noter qu'en ut, 
comme il l'entendait, toutes les phrases de di- 
vers tons qui se succèdent dans le cours d'un 
loni' morceau de musique , en sorte que l'ut fut 
continuellement mobile comme la modulation j 
car, comment l'instrument pourrait-il élever 
Bans cesse ou abaisser cet ut à l'instar de la 
■voix? 11 faudrait pour cela une construction 
d'instrument particulière et jusqu'ici incon- 
nue; ou bien, comme le voulait J. J., il fau- 
drait que le joueur venant de voir l'ut dans le 
chiffre i j le vit maintenant dans le chiffre 5, 
plus loin dans le chiffre zj, etc. ; de façon que, 
seulement dans notre système tempéré , le 
môme signe devrait lui représenter, selon le 
ton où il serait, douze doigters différons. Il est 
diilieile de concevoirquïl ne s'égarât pas bientôt 
au milieu de ceLte excessive mobilité de signes. 
Non, quoiqu'on ait dit le célèbre J. J. , la trans- 
position n'est point facile sur les chiffres, môme 
de la voix : l'oeil a une peine extrême à voir un 



Ûigitizod by Google 



C«4< ) 

chiffre dans tin autre; au lieu que sur lespop- 
tées, à cause de la similitude de position des 
notes sous les diverses clefs , la transposition est 
aisée quand on s'est accoutumé à ne dénommer 
les barreaux que par leurs intervalles respectifs. 
Or, j'ai fait voir parl'expérience de ma méthode, 
qu'il est facile do donner l'habitude de toutes 
les clefs en très-peu de temps. 

Toutefois il faut convenir que si les chiffres 
ont du désavantage contre les portées, sous J e 
rapport de la transposition, ils ont incontesta- 
blement l'avantage sur elles, quand il ne s'agit 
que de l'expression d'un ton unique , la forme 
du chiffre est saisie de l'œil beaucoup plus v î t0 
que la distance des barreaux; et s'il fallait fran- 
chir de grands intervalles, comme des sixtes 
des octaves, des dixièmes, on le verrait plus 
distinctement et plutôt sur les premiers signes 
que sur les seconds. 

En dernière analyse, 1, facilité do l'exécu- 
tion instrumentale , je dirais presque la possi- 
bilité de cette exécution evi™ „ nQ -„ r 

Y<.cuLion, e\iac une parfaite 
fixité de sienos ■ elle evi™ n „„ 1~ l . 

S'"-* , eue exige que le chant soit 

ecntdansloton même où il doit être joué. Ainsi- 
dès qu'on T „,«l» écrire de la musique en cbjf- 
1res pour les instrumens, il faudra nécessaire- 
ment le faire do cette manière, c'est-i-dire en 



y exprimant les dièses et les bémols convena- 
bles à chaque ton, comme il est d'usage de le 
faire sur les portées ordinaires. C'est avec ce» 
modifications qui la rapprochent beaucoup de 
notre écriture , que j'ai fait connaître à mes 
élèves une nolation par chiffres ou par lettres. 
On sent que puisqu'ils savent solfier dans tous, 
les tons, le motif qui portait J. J. à tout écrire 
en ut n'existe plus pour eux, et ce motif était 
précisément l'extrême difficulté de la lecture à 
divers tons provenant du changement de pro- 
priété des notes; difficulté qui a subsisté dans 
toute sa force jusqu'à l'époque actuelle. 

Je viens à la distinction des mesures. Je les 
réduis toutes à deux espèces , savoir : à deux 
temps ou à trois temps , qui se distinguent l'une 
de l'autre par la différente périodicité des temps 
forts. Mais j'observe que chacune de ces deux 
espèces peut offrir deux variétés, selon le mode 
de division binaire ou ternaire qu'on adoptera 
pour le temps , et qui est ordinairement uni- 
forme dans le cours d'un même chant. J'indi- 
querais à la clef, s'il en était besoin, l'espèce 
de la mesure par le chiffre 2 ou 3, et sa variété 
par un tel chiffre écrit sous le premier. Ce qui 
me donnerait ces quatre sortes de désignations 



<*43) 

la première est celle qu'on connaît sous le nûm 
de On n'y rencontre de tiers de temps ou de 
triolets qu'accidentellement; car, s'ils y parais- 
saient constamment, ce serait la seconde dési- 
gnation que j'aurais mise à la clef : et cette se- 
conde mesure est celle qui est connue sous le nom 
de mesure dans laquelle ne paraissent qu'ac- 
cidentellement les moitiés de l'unité. La troi- 
sième est connue sous le nom de le temps y 
est soumis à la division binaire, comme l'in- 
dique le dénominateur a , et par conséquent leS 
tiers de temps n'y sont que de passage, au lieu 
qu'ils sont permanens dans la quatrième, qui 
est celle qu'on nomme mesure à J. 

La mesure, dite de ~, est écrite dans l'usage 
comme mesure d'un seul temp sdivisé par tiers : 
je peux conserver cette écriture, qui est cor- 
recle, eu 1j désignant à la clef par ~, conformé- 
ment à l'analogie des précédentes ; mais je peux 
aussi l'écrire comme mesure de trois temps { , et 
de cette manière éviter un trait dans la notation. 

Pourquoi, sur le modèle des mesures j, n'a- 
t-on pas fait des mesures de y, qui seraient de 
Traies mesures d'un temps divisé par demies? Si 
l'on veut employer de telles mesures, je les dé- 
signe par j, mais je pourrais, en effaçant un 
trait, les écrire comme mesure de deux temps ~. 



(=44) 

Je n'ai pas fait «ne espèce séparée de la me- 
sure à quatre temps, parce qu'elle n'offre pas ua 
rhythme différent des précédentes, bien qu'on 
l'ait regardée comme fondamentale en lui com- 
parant toutes les autres. Il ne faut pas confondre 
les effets qui naissent du mouvement avec ceux 
qui proviennent de la mesure : ceux-ci ont pour 
Cause le mode d'opposition des temps forts et 
faibles , un contre deux ou un contre un ; et 
eeux-là la durée absolue du temps pour telle 
fraction de minute ou de seconde. En séparant 
donc ces deux causes, je ne vois dans la mesure 
à quatre temps qu'une double mesure de deux 
temps , dont le but ne peut être que de réduire 
à moitié le nombre de barres verticales qui sé- 
parent les mesures dans la notation. Je conserve 
cette mesure, non comme espèce, mais seule- 
ment comme abréviation , telle que je viens do 
dire. On-peut bien aussi la regarder comme de 
deux temps , si l'on réduit en un seul temps les 
deux premiers de la mesure, et en un autre les 
deux derniers; mais j'observe que l'écriture ne 
répond pas à cette supposition , puisque les deux 
premiers temps, ainsi que les deux derniers, sont 
séparés et non liés par un trait supérieur. Cepen- 
dant il est aisé au lecteur de rétablir ce trait par 
la pensée , comme dans d'au trescas où il le verrait 



C 3 

^cçit, il pourrait aisément en faire abstraction. 

Rien n'empêchait de faire sur ce modèle des 
mesures de six temps, qui fussent des doubles 
mesures de trois temps ; et e'est ce qu'on a fait. 
Mais comme l'œil ne compterait pas commodé- 
ment un si grand nombre de temps, s'ils étaient 
epars dans l'intervalle d'une barre à une autre, 
et comme d'ailleurs rien ne l'avertiraitsi ce n'est 
pas nue triple mesure de deux temps qu'on aurait 
c'erite, il a fallu lier les trois premiers, temps 
entr'eux , et lier les trois derniers, ce qui a 
donné, d'une autre manière que ci-dessus, la' 
mesure dite à Celle mesure a donc deux ori- 
gines, et l'on est tous les jours k môme de les 
disl iu^tiei' dans l'exécution , soit comme double 
mesure de trois temps à division lijnairc, soit 
comme simple mesure de deux temps à division 
ternaire ; cependant il est cfair que la différence 
d'effet qu'on y trouve ne peut pas être attrir 
buée à l'espèce do la mesure , mais bien au degré 
du mouvement. C'est donc à tort qu'on écrit 
en { des mouvemens Ica'goj il faudrait les écrire 
par trois temps, et réserver exclusivement la 
mesure y, sous l'indication ~, pour les mouve- 
mens plus marqués, afin toujours que les signes 
ne soient pas en contradiction avec les idées 
qu'ils expriment. . 



(=46) 

Quanti on s'est fait une juste idée de la me- 
sure appelée i , et qu'on examine attentivement 
la notation usitée de cette sorte de mesure , on 
est surpris d'y voir figurer des signes qui ne 
furent pas faits pour elle. En effet, l'unité, au 
lieu d'y être représentée parun seulsigne comme 
dans les autres mesures, y parait sous un signe 
double, qui est la noire pointée; de sorte que l'œil 
est forcé de rapporter toutes les fractions à la 
noire, qui n'est que les deux tiers du temps, 
tandis que l'oreille les rapporte à la noire poin- 
tée, qui' est la vraie unité. La contradiction est 
manifeste ; elle vient de ce qu'on ne veut pas 
déroger à un principe mal à propos établi, sa- 
Toir : que la noire ne peut se diviser qu'en deux 
croches; mais plutôt il ne fallait pas déroger à 
un principe plus ancien, qui était delà diviser, 
selon le besoin , en deux croches ou en trois. 
Nos aïeux du quatorzième siècle ]a divisaient de 
ces deux manières. H fallait donc ou rejeter la 
division ternaire du temps que nous tenons 
d'eux, ou conserver avec elle les signes qui lui 
sont essentiels; car il est étrange que nos signes 
ne se rapportant qu'à la division binaire, on 
veuille les faire servir a l'autre division , en leur 
donnantmille entorses. Lorsque, par exemple, 
m veut diviser en deux moitiés accidentelle- 



Oigitized by Coo 



f "47 ) 

ïiicntle temps d'une mesure;, il faut bien écrire 
deux croches dans ce temps; mais n'étant pas 
des croches telles que les premières qui ont 
paru, ou est obligé d'en avertir par un signe 
irrégulier, tel que le chiffre 2 écrit sur ce couple. 
La même chose arrive quand on vent diviser par 
tiers le temps des mesures et quand ou veut 
réduire en trois temps une mesure de quatre 
temps, etc. Les anciens avaient à cet égard des 
signes mieux entendus que les mitres, car ils 
pouvaient distinguer régulièrement toutes ces 
choses, et nous y sommes à tout moment em- 
barrassés. La notation que j'ai exposée ne laisse 
rien à désirer sous ce rapport. 

Quandnion élè\ e est sullisaiumcnt affermi sur 
la mesure, c'est-à-dire, qu'il sait diviser, du 
moins selon les coupes les plus communes, une 
unité de durée prise arbitrairement, je lui en- 
seigne à distinguer les durées absolues qu'on 
peut donner a cette unité : ce qui constitue les 
divers degrés de mouvement. Pour cet effet , je 
lui mets sous les yeux un chronomètre a double 
échelle, dont je vais donner la construction. 

Dans le chas d'une aiguille fixée au haut d'une 
règle de bois , glisse un fil long de trois à quatre 
pieds, qui tient deux halles suspendues, dont 
l'une sert de contre-poids à l'autre , tandis que 



( >4» ) 

celle-ci fait des balancemens qu'on nomme bat- 
temcns au oscillations. B résulte de cet arrange- 
ment, qu'en soulevant la main etiidsant monter 
l'une des balles pour la rapprocher de l'aiguille, 
l'autre descend et s'en éloigne par son propre 
poids. Or, les battemeus sont d'autant plus ra- 
pides, que la balle qui les donne est plus près 
de l'aiguille qui en est le point de suspension ; 
et ils se ralentissent, au contraire, en abaissant 
cette balle pour alonger le fil qui la suspend: 
et comme ce fil peut prendre tous les degrés de 
longueur depuis sa totalité en diminuant jusqu'à 
zéro, il s'ensuit qu'on peut obtenir à volonté 
toutes les nuances de vitesse dans l'oscillation, 
depuis la plus lente que donne le fd entier , 
jusqu'il l'in Uniment brève. Il n'y a plus qu'à fixer 
une loi de decroissement à ces durées, et à mar- 
quer les dé croisse mens correspoudans de la lon- 
gueur du fil sur la règle de bois devant laquelle 
,il est suspendu.^ 

Or, il se présente deux manières de mesurer 
la durée de l'oscillation : l'une par centièmes 
de seconde, et l'autre par le nombre de ces 
oscillations qui passeraient à la minute. Mais 
toutes les deux dépendent d'un même principe 
de physique, qui est que la longueur du pen- 
dule croit à proportion du carré du temps que 



(=49) 

dure l'oscillation : c'est-à-dire , que pour une 
oscillation de durée double , la longueur doit 
être quadruple, qu'elle doit Être nonuplepour 
faire une oscillation triple , etc. Ainsi , p«tr que 
les durées croissent en progression nritlimé" tique 
de nombres naturels, il faut que les longueurs 
croissent comme les carrés de ces nombres. Si 
donc on veut diviser la seconde de temps en i oo 
parties ou centièmes, il faut diviser en 10,000 
parties (100 f. 100) la longueur du pendule 
qui répond à cette oscillation ; et entre toutes 
ces parties , remarquant particulièrement les 
1.", 4." , g.", 16.', a5.", 36.% 4g-*, 64-°, etc. 
à compter de l'origine, y poser la suite des 
nombres 

1,3,3,4,5,6,7,8, etc. 
qui seront les centièmes de seconde que durera 
l'oscillation de la balle arrêtée devant l'un de 
ces indices. On voit donc que les intervalles 
consécutifs d'un centième à l'autre ne sont pas 
ëquidistans sur l'échelle , mais qu'ils vont en 
croissant de haut en bas. 11 est même aise de 
reconnaître qu'ils croissent suivant la loi des 
nombres impairs, 

j, 3, 5, 7, n, 11, i3, i5, etc. 
c'est-à-dire , que le premier intervalle de o à 1 



( »5o) 

contenant, je suppose, i dixième de millimètre^ 
le second intervalle de i à 2 contient 3 de ces 
parties; l'intervalle suivant de a à 3 en con- 
'1 contient 7, etc. 
c n'est pas rigoureusement le 
e qui répond au premier centième 
mellc; mais il s'en faut bien peu, carc'est 
ce même dix - millimètre , diminué de 6 pour 
1000, qui est la vraie unité de longueur qui con- 
vient à la suite des carrés ci-dessus. La raison 
en est que la longueur du pendule à seconde 
est de 994 millimètres ou 9940 dix -millimè- 
tres {1), et que c'est celte longueur qui a dû. 
être divisée précédemment en 10,000 parties. 
Par conséquent, on aura une manière plus com- 
mode de construire l'échelle dont il s'agit, en 

(1) C'est Li longueur qui convient à la latitude de 
Paris (44" ûgnes -j). Elle^crait plus courte d'une ligne et 
demie à l'Equateur, ou de trois millimètres et y ; mais ce 
11'cst pas assurément la peine d'en tenir compte, pas plus 
que du vrai centre il 'oscillation qui u'est pas le centre 
même de la bi.lle , et qui est plus bas d'i de millimètre 
au ao.' degié de l'échelle , pour une balle d'un centi- 
mètre de diamètre. La théorie donne toute l'exactitude 
désirable, ruais la pratique n'offre jamais qu'une approxi- 
mation du calcul ; toutefois ou doit s'assurer si cette 
approximation est suffisante. 



(a5i ) 

dressant d'abord une table des carres des nom- 
bres naturels, depuis i jusqu'à 100, et retran- 
chant à tous ces carrés 6 pour 1000, c'est-à- 
dire, les — ; de chacun, ce qui réduira en dix- 
millimètres les longueurs de pendule relatives 
à chaque centième de seconde; après quoi il 
sera aisé de rapporter ces longueurs au compas 
sur la règle du chronomètre, au moyen d'un 
mètre gradué. 

A côté de cette première échelle, on peut 
eu faire correspondre une deuxième , qui in- 
dique le nombre de battemens par minute, que 
fait le pendule à chaque centième de seconde. 
On mettra donc le nombre 60 vis-à-vis de 100 
centièmes, parce qu'à ce point où il bat la se- 
conde , il doit la battre 60 fois à la minute. Par 
conséquent, on mettra 120 vis-à-vis de 5o, 240 
vis-à-vis de 35; de façon toujours que les deux 
nombres correspondans fassent le produit de 
6000 en se multipliant ; et l'on aura la corres- 
pondance suivante entre les degrés des deux 
échelles : 

Centièmes de seconde : 
100, 8c, 5 5, 60, 5o, 4°, 3o, a5, a4, ao, 10. 

Battemens par minute : 
60, ?5, 80 , 100, 130, i5o, 200, a4o, i5o, 3oo , 6uo. 



( ) 

On voit que la croissance des nombres est 
inverse de l'une à l'autre échelle, et que comme 
elle est descendante sur la première , elle est 
ascendante sur la seconde. 11 serait inutile 
de continuer celle-ci sur tous les degrés de 
l'autre , parce qu'elle offrirait alors des nombres 
fractionnaires; il vaut mieux calculer à priori 
les longueurs de pendule qui répondent à tous 
les nombres entiers de battemens, et en ayant 
dressé une table réduite en dix-millimètres, s'en 
servir à construire la nouvelle échelle deman- 
dée. Or, cette table se forme en divisant le nom- 
bre constant 36,ooo,ooo, successivement et sé- 
parément par tous les carrés des nombres de 
la série 

60, 61, Ga, 63, 64, etc. 

après quoi l'on y applique la réduction de 6 
pour iooo, comme on l'a vu précédemment. (1) 



(i) On observera que le chronomètre que je viens lie 
décrire ayant 3 pieds 8 ligues j de hauteur dans son 
échelle, peut donner des durées plus lentes que la 
seconde, et même tous les degrés de lenteur jusqu'à 
deui secondes : il ne faut pour cela que compter deut 
oscillations pour une, ce' qui est très-facile en réunis- 
sant une allée et un retour de l'a balle. Une échelle de 
joo centièmes sert de cutte manière pour jusqu'à aoo, 



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(,53) 



, Quoique les indications de cette seconde 
échelle puissent paraître plus intelligibles à 
quelques personnes , par la raison qu'elles peu- 
vent à tout moment les vérifier montre en main, 
toutefois eclies de la première sont préférables, 
en ce que la graduation y répond à des aug- 
mentations et des diminutions égales de vitesse } ' 
de centième en centième, avantage qui n'a pas 
lieu sur Tautre échelle où les degrés, quoique 
différens de grandeur, ne répondent point à des 
divisions égales du temps ; ainsi , la balle , en 
montant du point 60 au point 61 , diminue sa 
vitesse d'j'- de seconde , tandis que si elle passe 
du point 120 au point 121 , elle ne la diminue 
que de -~ de seconde ; fractions hétéroclites et 
qui ne sont point immédiatement comparables. 
Par cette raison , je détermine la préférence de 
mes élèves pour l'échelle centésimale. 



qui exigeraient autrement une longueur quadruple, 
du de 13 pieds 34 lignes. Par la même raison, les 5o 
premiers degrés de l'échelle suffiraient pour les degré* 
ultérieurs jusqu'il 100 ; mais, comme ils n'embrassent 
qu'une hauteur de quelques pouces, on peut profiter 
de cette remarque pour réduire la machine à un petit 
Tolumc, et la rendre plus portative : elle le serait en- 
core assez en employant les Go premiers degrés qui ne 
font que i3 pouces •-. 




C'est à celle-ci que je rapporte quelques 
ïnouvemens généraux, tels que ceux de valse, 
de marche, de contredanse, etc. , en y mesurant 
la durée d'un temps ou d'une mesure de ces 
sortes d'airs. La mesure de valse peut se rap- 
porter autour du ioo. e degré, la demi-mesure 
.de marche a deux temps au 80. », la demi- 
mesure de contredanse au 60. e Ces indications, 
sans être tout-à-fait mathématiques, satisfont 
mieux l'esprit que des adverbes italiens, et 
rempliront mieux leur but. Elles deviendront 
autant de points de comparaison dans l'esprit 
de l'élève, pour qu'il se fasse une idée assez juste 
des autres degrés de mouvement, quand il 
n'aura pas de chronomètre sous les yeux. 

Enfin , je lui fais connaître les limites des du- 
rées appréciables, soit en lenteur soit en vitesse, 
et je les détermine avec lui de la manière sui- 
vante : si l'on monte la balle au 3o. e degré , on 
a une durée très-brève qui vaut trois dixièmes 
de seconde. Or , on peut encore sous-diviser 
cette durée en trois parties égales, en exprimant 
nettement de la voix ou de l'instrument une 
suite de triolets. Il en résulte que la limite des 
sons brefs praticables en musique et suffisam- 
ment distincts à l'oreille , est environ la dixième 
partie d'une seconde , et qu'il en passerait Goa 



t a55 ) 

;i la minute. Par conséquent, pour être divi- 
sible en huitièmes, un temps de mesure ne doit 
pas durer, moins que 80 centièmes; et pour être 
divisible en douzièmes, il doit durerait moins 
une seconde et vingt centièmes : ce qui est pour 
la pratique un mouvement bien largo. 

CONCLUSION. 

Le mode d'enseignement que je présente est 
d'abord simultanée j puisque je peux recevoir à 
mes leçons de trente à quarante élèves. Il n'y 
a même de limite à ce nombre que par la dis- 
tance à laquelle on cesserait de voir distinc- 
tement la baguette sur l'échelle de portées, et 
les notes sur la planche noire où je les écris. 

Mais on conçoit qu'il serait à présent facile 
de rendre cet enseignement mutuel, et de l'ap- 
pliquer à de plus grandes écoles : il faudrait 
premièrement réduire en tableaux synoptiques 
toutes les parties de la science et celles de l'art; 
ces tableaux devraient être courts, et ne con- 
tenir qu'au bas dos explications très-concises 
par demandes et réponses, pour diriger le mo- 
niteur. Le haut, le fond principal du tableau, 
serait toujours une idée rendue pour ainsi dire 
matérielle : ce serait, par exemple , pour l'ua 



(=56) 

ïes deux hcxacordes de sol et d'wf écrits de 
cette manière : 

sol t la * si ut ,rc,mi 

ut , ré , mi fa » sol * la. 
Pour un autre , ce serait les sept accords natu- 
rels ainsi arrangés , pour lire de bas en haut : 

Accord de quinte mineure, si Te fa 

| mi sol si 

Accords m ineors I la ut mi 

[ré fa U 

!sol si ré 
ut nu sol 
fa la ut 

Pour un autre, ce serait les mêmes accords qui 
auraient changé de qualité par l'effet des dièses 
ondes bémols. Ailleurs serat^ écrite la corres- 
pondance des toniques relatives de mode ma- 
jeur et mineur, etc. 

L'étude de la mesure exigerait de même plu- 
sieurs tableaux des coupes du temps , sur les- 
quelles le moniteur promènerait sa baguette. 
Mais l'exercice de l'échelle de portées en exi- 



_ e~-£ç%z S a ù/ Google 



(»5, J 

gérait le plus grand nombre, parce que le mo- 
niteur, quelque avancé qu'il fût, ne saurait 
pas toujours trouver sur-le-champ dans sa tête 
nn exemple qui fût relatif à chaque explication 
qu'il viendrait de faire. Il faudrait donc avoir 
des recueils de petits solfèges les plus courta 
possible , et ne contenant chacun tout juste 
que ce qui serait nécessaire au principe à éclair-, 
eir , et tout au plus à la cadence de la phrase 
qu'on y aurait entamée. Ces solfèges porte- 
raient des renvois aux tableaux de théorie dont 
ils dépendent. La leçon se terminerait par quel- 
ques airs agréables que le moniteur marquerait 
proprement sur l'échelle, et dont ensuite il 
écrirait l'un sur la planche noire, où chaque 
élève en prendrait copie pour l'étudier chez 
lui par cœur et le réciter à la leçon suivante.. 

Je ne m'étends pas davantage sur la formation 
de ces tableaux, parce qu'outre qu'ils sont, 1% 
plupart, indiqués dans ce livre, je me propose 
d'en faire imprimer des collections avec tout 
le soin possible, pour l'usage de ceux qui m'en 
demanderaient, étant disposé à faire tous mes 
efTorts pour donner la parfaite intelligence de 
ma méthode aux maîtres qui désireront de l'ap- 
pliquer. 

Un avantage extrêmement remarquable, et 



*( =58 ) 

dont je n'ai pas encore parle", c'est que, 'par la 
' nature do la méthode , le même moniteur peut 
diriger au môme instant deux classes d'élèvea 
de forces très-différentes , et qui auraient, par 
exemple , six ou huit mois de distance ; c'est-à- 
dire, qu'après- avoir conduit une classe durant 
six mois , on en ouyre alors une seconde dont 
les leçons servent rigoureusement pour la pre- 
mière : de sorte que la même leçon se trouve 
être tout ù la fois faible pour les commençans, 
dt très-forte pour les anciens élèves. Voici en 
deux mois l'explication de ce paradoxe : c'est 
que pendant que les nouveaux élèves solfient 
sur l'alphabet du ton d'ut , modèle de tous les 
tons, les anciens solfient la même leçon de ba- 
guette à commandement sur tout autre alpha- 
bet, et qu'ils ont aloTS besoin du morne ména- 
gement que ceux-là dans là conduite des phrases 
qu'on leur présente. Ainsi, tous les élèves tra- 
vaillent à la fois; ils travaillent sur le même 
sujet, et pourtant ils y font un travail réelle- 
ment différent* 

; J'ai une observation à faire sur l'enseignement 
mutuel. Plusieurs personnes s'en font une idée, 
fausse", en le regarda nt.commc une méthode uni- 
verselle, une fois découverte, et qui puisse dé- 
sormais s'appliquer a toutes les branches pos- 



sibles d'instruction. Il importe extrêmement do 
redresser leur opinion sur ce point : d'abord, 
parce, qu'elle est injurieuse à la gloire nationale, 
en rapportant à un seul étranger tout l'honneur 
des efforts qu'ont fait après lui d'autres hommes 
de mérite, pour obtenir, eu différens genres, 
les mêmes succès qu'il n'avait obtenus.que dans 
un seul ; en second lieu , parce qu'elle est nui* 
sible à l'intérêt public , en favorisant un certain 
genre de charlatanisme, qui consiste à revêtjr 
d'un nom fameux quelques conceptions éphé- 
mères, et à donner, sous le nom de Lancasr 
triennes, une foule de débiles méthodes sur 
tous les- sujets possibles auxquels Lancaster n'a- 
vait pas songé. ; 

L'enseignement mutuel n'est point parce seul 
titre une méthode générale et applicable à tout: 
il renferirie eti soi autant de méthodes au moins 
qu'il y a de branches d'étude dans la société , 
et même il en renferme davantage } s'il est vrai 
que sur la même branche il puisse y avoir plu- 
sieurs méthodes différentes. Aussi, les diverses 
écoles d'enseignement mutuel qui sont insti. 
- tuées^ne suivent pas toutes encore une même 
méthode sur le même objet d'instruction; mais 
le temps nivellera ces méthodes, et la meilleure 
sans doute prévaudra. Quoiqu'il en soit, il faut 



regarder l'assemblage de toutes les e'coîes sous 
le titre d'enseignement mutuel , comme on 
regarde l'assemblage de tous les collèges du 
royaume sous le titre d'université : c'est en effet 
un nouveau corps universitaire qui se crée ; il a 
commencé, comme commença l'autre sous Char* 
lemagne, par les plus simples élémens de l'é- 
ducation; chaque jouramène dans son sein une 
branche d'enseignement qu'il ne possédait pas 
la veille; et personne ne peut dire, tant que 
dure ce mouvement, jusqu'où s'étendra le do- 
maine qu'il doit envahir. Lancaster fut le noyau 
Je ce corps naissant, où se sont fait agréger 
ensuite , en y apportant leur tribut de médi- 
tations, une foule d'hommes supérieurs et de 
professeurs distingués, amis de l'humanité et 
des lumières. 

Ce n'est donc pas donner l'idée d'une mé- 
thode , que de dire qu'elle est celle qu'on suit 
dans l'enseignement mutuel, puisqu'on y en 
suit plusieurs; il faut dire de plus, si c'est celle 
des frères Pcstalozzij en Italie , ou celle de Lcai- 
caster 4 en Angleterre , ou , etc. Tant qu'on n'a- 
joute pas cette détermination, on parle aussi 
vaguement que si l'on disait qu'on suit le traité 
de physique ou de géométrie de l'université, 
et plus vaguement encore , parce que ces méi 



ihodes nouvelles ne sont pas développées au 
public par leurs auteurs, comme le sont ces 
livres. Ce serait bien pis si l'on annonçait un 
cours de dessin, ou de peinture, ou de musique, 
selon la méthode de Laneaster ; ce serait comme 
de l'annoncer selon la méthode de Port-Royal/ 
parce que Port-Royal ni Laneaster n'ont rien 
fait dans ce genre, quoiqu'ils aient utilement 
travaillé en d'autres. Mais ceux qui ne regar- 
dent qu'à peu près les choses, ne sont frappés, 
dans les nouvelles méthodes , que de la division 
du travail, au moyen de laquelle on rend facile 
l'acquisition des idées, et leur transmission d'un 
individu à l'autre dans toute l'école simultané- 
ment. C'est en effet un point que toutes ont de 
commun entre elles ; mais quels livres et quelles 
méthodes anciennes n'ont pas de points com- 
muns et en plus grand nombre? On ne consi- 
dère pas que la division du travail constitue A 
elle seule une méthode dans la manière dont 
elle est faite, et que, pour faire cette division , 
il faut avoir des idées bien déterminées sur l'objet 
à enseigner; qu'autrement ce serait une décou- 
verte préalable à faire, que de recueillir ces 
idées, de les réunir en corps de science, et de 
les coordonner entr'elles, au point qu'il n'y 
eût plus qu'à les diviser en petites sections pour 



( 362 ) 

les faire facilement acquérir et transmettre d'in- 
dividu à individu. 



Je termine ici cet ouvrage, bien imparfait 
sans doute, et peut-êlre trop court pour la 
quantité de matières qu'il renferme; peut-être 
aussi trop long en quelques endroits. J'ai eu 
deux buta en l'écrivant : je n'avais d'abord que 
celui de faire connaître ma méthode aux maî- 
tres et aux personnes qui , étant versées dans 
l'art que je traite, peuvent désirer d'en faire 
l'application autour d'elles; mais bientôt je me 
suis aperçu que je pouvais, sans nuire à ce 
dessein , travailler aussi au profit de mes élèves , 
en ajoutant ça et là quelques développemens 
dont je me serais autrement dispensé. Toutefois 
j'ai taché d'en être sobre. 

S'il m'était possible de prendre des mesures 
pour qu'on me jugeât avec quelque justice , et 
de prévoir toutes les sortes de critiques qu'on 
me destine peut-être, je prierais que l'on fît 
réflexion qu'on m'adressant aux maîtres, je n'ai 
pas la prétention de leur enseigner ta nucsU/iW; 
car personne ne doute qu'ils ne Ja sachent en 
perfection, et pour moi je suis le sincère ad- 
mirateur du talent de ceux qui m'entourent. 



OigiiizMûy Google 



(=63 ) 

Ce' n'est qu'une méthode d'enseignement que je 
leur présente, pour qu'ils s'en servent , si elle 
est à leur gré. Or, une nouvelle méthode n'est 
■pas une somme d'idées nouvelles , mais est un 
nouvel arrangement des idées connues. Par con-i 
séquent, ces Messieurs ne se récrieront pas, si 
je n'ai presque rien dit dont la pratique ne leur 
fut familière. Je n'ai fait que mettre au grand 
jour des idées qui sont assurément dans leurs 
têtes, puisqu'ils exécutent la musique avec tant 
d'habileté, mais qui s'y trouvent cachées sans 
doute, puisqu'ils ne les communiquent pas à 
leurs disciples. 

Toutefois, je dirai avec la même franchise, 
que je crois avoir tiré de ces idées approfondies 
plusieurs conséquences neuves il tous égards; 
qu'il en est même quelques-unes que j'ai éclair- 
cïes ou rectifiées, et qui m'ont donné des pro- 
cédés de pratique dont on ne s'était pas avisé 
jusqu'ici. 

J'ai envisagé la musique tantôt comme une 
langue (i), tantôt comme une branche dephy- 



(i) Je dis comme une langue savante ou grammati- 
cale, comme une algèbre, si l'on «eut , non comme une 
langue podtir/ue à laquelle donnerait lieu l'ctudc de cet 
art considérâ dans ses rapports avec les passions du ciieur 
humain. Ou sent bien que ceci n'était pas de mon sujet. 



(=64) 

signe expérimentale , à laquelle devait s'appli- 
quer l'analyse. J'ai démontré qu'elle renferme 
une science utile au développement de nos fa- 
cultés intellectuelles, qu'on y peut mettre la 
logique en action, comme partout ailleurs, et 
gué l'éducation de la jeunesse doit désormais 
e'en ressentir, comme de toute autre étude qui 
enseigne à raisonner ; qu'on peut la placer à 
côté des sciences exactes en même- temps que 
des arts d'imagination ; parce qu'on y peut faire 
l'analyse du chant avec la même précision, la 
même évidence , qu'on fait en chimie celle de 
l'air..... Oui, sans doute, n'est-il donc des faits 
que pour la vue ? n'en est-il pas pour l'ouïe , 
n'en est-il pas pour tous les sens ? Or, s'il est vrai 
que l'esprit n'ait qu'une manière de raisonner, 
qu'une manière de se conduire sur toutes sortes 
de sujets, comme les jambes n'ont qu'une ma- 
nière de marcher sur toutes sortes de terrains, 
il s'en suit qu'après avoir étudié la musique à 
la manière des sciences, qu'après avoir exercé 
son esprit sur ce genre de faits , de la façon qu'il 
doit s'exercer sur tout autre, un élève en sera 
réellement plus propre à porter ailleurs ses mé- 
ditations, et que, pour lui, chanta- à livre ouvert, 
écrire sous dictée, ne sont que les moindres fruits 
qu'il retirera d'une étude ainsi dirigée, 



(,65) 

- Si le public accueille mon ouvrage; s'il y 
reconnaît un peu de cette utilité que j'ai voulu, 
j mettre à côté de l'agrément; si la jeunesse 
trouve du plaisir à être instruite par ma mé- 
thode , et si elle accorde enfin à la musique ce 
nom d'art d'agrément qu'elle lui a si long-temps 
contesté , ce sera là ma plus douce récompense. 



FIN. 



TABLE 

ALPHABÉTIQUE ET ANALYTIQUE 
DES MATIÈRES 

CONTENUES DANS CET OUVRAGE. 



A 

Accords : classification des accords contenus dans la 
gamme, pages 5o , a56. — Erreur qui peut naître de 
certaines successions d'accords, p. 5o. — Comparaison 
des accords par superposition, p. 62 et suir. — Leur 
transformation do majeur en mineur, et vice versâ, 
p. 8g. — L'impression prolongée d'un accord est suffi- 
sante pour changer le ton ou le mode, p. 93. — Divi- 
sion des accords en harmonie , p. 171. 

Acoustique : branche d'étude mieui placée en mu- 
sique qu'en physique , p. 1 5g et suiv. 

Aias : l'élève arrive en peu de temps h ]ire avec 
mesure ceux que dessine la baguette sur l'éclielle k 

solfier, p. 45 Des-lors il se sent en communication 

de pensées avec le maître, p. — La lecture des 
notes n'est que la conséquence de ce premier fait, 
p. 5<j. — Airs qui participent de deux tons différons , 
y. 58. 

Alphabet ; il y a autant d'alphabets que de tons. 



( =68) 

On chante à tous les alphabets sur le modèle de celui d'u(, 
p. g5. — L'élève de la nouvelle méthode les possède 
tous, p. iGi). — Progression de ses idées dans l'usage 
qu'il en fait, ibid. et suivantes. — Altérations qui sur- 
viennent à un ton ou a un alphabet quelconque par la 
déplacement dé la tonique, p. 99 k 101. 

Arithmétique : l'arithmétique de l'œil, comme celle 
de l'oreille , bornée au nombre trois, p. aa4- 

Augmentes (InTEBviLLia ) : leur génération, p. 104. 

— Fa si n'est pas une quarte augmentée , ce n'est 
qu'uni! quarte majeure , p. 107. 

B 

Baguette : grand moyen matériel de la nouvelle 
méthode, p. ai8. — Son usage dans l'étude de l'into- 
nation , p. 37 et suiv. — Son usage dans l'étude de la 
mesure, p. 1 85, loi , a 17 et suiv. — Désavantage de» 
note! auprès des coups de baguette, p. 38. — Qu'elles 
en sont la conséquence immédiate, p. 54- — Comment 
la baguette marque les dièses et les bémols, p. 7a. — 
ChanI '•' deux baguettes servant k l'étude de l'harmonie, 
p. 173. 

Basse : étude de ses mouvemens sous un chant pro- 
posé, p. 172. — Moyen défaire cette étude, p. 1 73 et suit. 

— La Lasse est-elle indispensable pour déterminer le 
ton? p. 176 a i84- — Basse chiffrée a besoin d'amélio- 
rations, p. 171. 

Bécasse : signe inutile, p. 173 et suiv. , et p. ta8, 

B émoi, s : vojr. Dièses. 



G 

Chiffres : ne sont ni but ni moyen dam la nouvelle 
méthode , et toutes les opérations de l'école se peuvent 
faire sans eux, p. 54 1 note - — M* offrent une écrit are 
commode et curieuse , mais non pas nécessaire, p. 55. 

— Dans ce cas , ils ne représentent plus des nombres 
à l'esprit, maii seulement de) syllabes de gamme, 
p. 5j. — Employés dans les tableaux des coupes du, 
temps , aux pages 204 et suiv., ils sont les indices del 
notes noires, et le lecteur y doit restituer ces notes, 
y. asg. — Pourquoi la notation par chiffres répugnerait 
davantage aux joueurs d'instrumens qu'aux musiciens 
Toealistes , p. a38 et suiv. — Cette écriture nous vient 
de J.-J-; mais il y fallait faire de notables modifications 
pour la rendre usuelle, p. 2^0 et suiv. — Motif de J.-J. 
pour tout écrire en ut, p. a^s. — La nouvelle métbodo 
détruit ce motif, ibid. 

CbronomÈtbe i description de cet instrument, p. a47 
et suiv. — Double graduation de son échelle , p. 349 et 
suiv. — Raison de préférer la graduation centésimale, 
p . 353. 

Clefs : toutes les clefs réduites à deux dans l'étude , 
p. 53. — L'élève n'a de prédilection pour aucune, ibid. 

— Lire & une clef non armée, p. 117. — Les récitatifs 
sont dans ce cas , ibid. — Rapport des clefs aux diverse! 
octaves du piano , p. 120. — Comment des clefs diffé- 
remment armées peuvent concourir au même ton par 
l'exécution, p. ■ 57 et suit. 

Ço»m : est une seconde diminuée, p. 107. — Il e;t 



{ »5<0 

le tiers de la seconde mineure , et la moitié de la quan- 
tité' d'un dièse ou d'un bémol, ibid., note. 

Comflémens n'nrreaTiLLES i ce que c'est, p. St.— 
te majeur est compliment du mineur, p. 83. — Le 
maxime du minime, p. 106. 

Cordes sonores : dans quel rapport il faut abréger 
leur longueur pour les faire passer successivement de 
l'état de bémol a celui de bécarre et li celui de dièses , 
p. i3a, note. 

D 

Découvertes [ Nouvelles) ! combien l'époque pré- 
sente leur est favorable , p. 5. 

Dictée (Écrire sous) : talent rare en musique , 
et qui n'a jamais été jusqu'ici le produit des méthodes 
d'enseignement, p. l4> 

Dièse et Bémol : ces mots s'entendent quelquefois 
de l'intervalle même que le signe fait parcourir à la 
note. On dit, par exemple, qu'il y a un dièse de diffé- 

majoure. Voy. Comma. 

Dièses et Bémols : naissent tous de la mobilité de 
l'ut, ou du changement de ton, p. 66 et suiv. — Leur 
Traie définition tirée de leur génération , p. 70 et suit. 

Fausse ou obscure définition qu'on en a donnée, 

page 77, note. — Le dièse élève la note et le bémol 
l'abaisse, mais ce n'est pas de demi-ton , p. 78, note. 
— On pourrait démontrer que c'est d'un dixième de 
ton de moins , p. 80 , un de la note. — Ce que c'est que 
le mi dièse ct'le si dièse, le /a bémol et l'ut bémol, 



p. ;5 et smv. — L'élève est convaincu que les diè ses 

diffèrent des bémols , p. 80 Nouveaux moyens qu'il 

acquiert pour attaquer ces sous par la transformation 
des intervalle», p. go. — Doubles dièses et doubles bé- 
mols, ca que c'est, p. g8. 

Dibibués (Litesyalles) : leur génération, p. ,04. 
-^Sija n'est pas une quinte diminuée j ce n'est qu'une 
quinte mineure, p. 107. 

. Dm*iiw dit temps : lW|Ie ne sait diviser le temps 
et le sous-diviser que par demie» et par tiers, p'. igj, 

— Ce» deux divisions;, pratiquée» l'une dans l'autre, 
conduisent & deux espèces, de sixièmes, p. igt f aal . 
et a trois espèce» de douzièmes et de dix-huitièmes | 
p. aa3. — La division ternaire semble moins naturelle 
que la division binaire, p. j88.^Dans celle-là, l'unité 
téclle est le tiers même du temps, ibid. Voy. Temps. 

- Du m t. : comment l'oreille évalue le» durées, p.a3o, 
1~ Qu'elle ne les évalue pas individuellement pour 

chaque son, p. a3i et suîv Durée absolue de» sons se; 

détermine par un pendule appelé chronomètre , p. ify. 
—Les adverbes italiens ne sont qu'un aliment de disputa 
a ce sujet, p. 200. — Limite» dos durées appréciables, 
p. a54. 

E ■ 

Echelle a solfier : second moyen matériel de la 
méthode. Sa description et son usage, p. 37 et suiv. 
— Son utilité, ibid. — Distinction des intervalles par 
les barreaux de l'échelle, p. 5i.— Elle se remplace, V 
la fin du cour», par un grand olavier dessiné, p. iSj. 



Ecbitdbb uuiialLE :- se rapporte \ l'Intonation et t 
la durée des sons, p. 19a. — Est susceptible de per- 
fection aem en 5 par ce second endroit , p. i36. — La 
musique instrumentale plus près que la musique vocale, 
de ces perfectionne mens , et. pourquoi , ibid. — ■ M'exig» 
que trois signes assujettis à des combinaisons régulières, 
p. 196. — Principes généraux de ces combinaison!, 
p. 196 et suiv, — Application de ces principes à la 
formation de toutes les coupes du temps , p. ao4 et suiv. 

ÉlÉmektaibe ( Tbaiti* ) ; il n'en existe pas Bur la 
musique. Ce que devrait Être un tel livre, p. i5 et suie. 

. En u ajihon [que ( Gehhe ) : licence prétendue enhar- 
monique qu'autorise le tempérament , p. 1 43. — Genre 
enharmonique des Grecs, p. i4j. — Genre enharmo- 
nique des modernes , p. 148. 

. . EnseignehejiT wutuel : n'est point une méthode 
générale et applicable à tout, p. ïSg. — Chaque appli- 
cation qu'on en fait exige une découverte préalable, 
p. 361. — Que la nouvelle méthode n'est pas un ensei- 
gnement mutuel, mais qu'elle peut aisément le devenir; 
de quelle manière, p. a55 et suiv. 

F 

Fausse quitte » . j énom!natioll , impropres, p. 85. 
Fausse quiiiTE ) 

G 

Gamme : nouvelles syllabes de gamme qu'on a pro- 
posées, p. 4°j note. — Inconvénient des nôtres, qui 
s'appellent pat les sent dièses ni bémols, ibid. — 



( =73 ) 

Gamme prétendue naturelle, p. i Sg, note. — Pourquoi 
l'on a dit de notre gamme qu'elle est en deux ton) 
différens, p. 1 7g. 

H 

HtRHONlE : son étude est fondée sur celle de l» 
mélodie , p. 3^ 131. — Son désavantage auprès de 
celle-ci, p. i63.— Moyens indirects de l'étudier, p. 164. 
-r- L'intervention de la voix est nécessaire a cette étude, 
p. l65. — Autres raisons de cette nécessité , p. 18 fi. 
— -Cette étude se réduit h la parfaite connaissance des 
modulations et des accords, p. i^. — H s'ensuit que 
l'élève l'étudié des son entrée à l'école, ibid. — Qu'a, 
l'harmonie n'appartient pas exclusivement le privilège 
de déterminer le ton ( p, 136 3t rttj,. 

Hexacordes : deui hexacordes démontrés égaux dans 
la gamine naturelle, p. 6a.— Conséquences nombreuse» 
qu'on en tire , ibid. 



Idéologie : c'est par les principes de cette science 
que la chimie s'est régénérée, p. & _ C'est par ces 
mêmes principes que la musique doit se régénérer, p. 4. 

Imitstioh : l'élève de la nouvelle mélhode n'imite 
point, il découvre; et c'est en quoi consiste la marche 
analytique , p. 4j , ion. 

Improviser ( Art d') la nouvelle méthode peut, 
par la suite, développer ce talent chei nos amateurs 

18 



X J 

IitcomtEWSiïSABLE! : trompeuse prévention de l'esprit 
contre Cea aortes de quantités, p. 160, note. — EJrrenra 
en acoustique qui en sont la suite, ibid. 

Insthuhens : Imperfection de ceux qu'on nomme à 
tempérament, p. 139 a 1Ï1. — Ne peuvent exécuter 
jamais plus de six dièses ou de six bémols a la clef, 
p. i^o. — Le clavier pris pour terme de comparaison de 
tous les instrumens, p. 1 Si. — Application de la méthode 
à l'étude des instrumens, p. i53. — Instrumens à ton 
mobile, motifs d'en construire de tels, p. 1 55. — 
Double manière d'employer ces instrumens, p. i56 et 

1 iï te n ville* : par quel artifice la baguette porte dei 
intervalles dans l'esprit de l'élève, quand il croît ne lira 
que des degrés conjoints, p. 43. — Comment l'idée 
d'intervalle se dépouille peu a peu des élémens qui lui 
sont étrangers, p. 44- — Comment les intervalles se 

multiplient dans l'esprit de l'élève, p. 48 Distinction 

des intervalles en majeurs et mineurs, p. 82 elsuiv. , et 
en maximes et minimes, p. 8g. — Transformation des 
nns dans les autres, ibid. — Différence des uns aux 
autres, p. 88. 

L 

Le c tu he de la wnsi<)irE : il y en a deux espèces : la 
lecture vocale et la lecture instrumentale; mais c'est la 
première qui constitue le vrai musicien : la seconde 
n'en doit être que la suite, et non pas l'introduction, 
p. 11 , i3 et 14. — Kous ne lisons pas des yeux, rigou- 
reusement parlant, et la parole nous sert toujours d'in- 



tcnm ; 'li .lire , p. 1 3 , note. — On ne lit pas les notei de 
la musique comme les svltabcs du discours, c'est-à- 
dire, une ù une et isolement, sans rapport à. celles r)UÎ 
lei en tour m I : différence es^rntifllr cuire ces dcui lec- 
tures, p. 39. — On ne peut lire oralement la musique 
que quand nn sait la parler, p. yi , note. V oy. Pableb. 

Lettres : peuvent sertir, comme les chiffres et les 
portées, £ écrire l'intonation , p. 3i . — Les siencs de 
durée leur sont également applicables, p. 192. — On 
croit que les Grecs les cmpliiy ult-iil a éuriie leur musique. 

Livre ouvebt ! note sur cette expression , p. 117. — 
Baisons de croire que 1'clôve de la nouvelle mclliode 
sache lire à livre ouvert , ibid. — Faits qui le prouvent, 
p. 6 et suiv. 

M 

Mathématiques : fait-on de la musique par les ma- 
thématiques ? p. 56. 

Maximes et Minimes ( Intervalles ) : on ne rend 
pas , h son gré, maximes ou mini rues tous les intervalles 

de la gamme , p. 108 Quels sont ceui qu'on peut 

rendre tels, ibid. — C'est. au mode mineur que naissent 
ces intervalles, et ce sont eux qui donnent la couleur 
à ce^node , p, 1 13. Voy. Augmenté et Diminué. 

Mélodie : son étude doit naturellement précéder celle 
de l'barmonie, p. 3, 171. — Ce n'est qu'lt l'aide de la 
voii qu'on peut l'étudier convenablement , p. 000. — 
Elle a , indépendamment de l'harmonie , le privilège 
de déterminer le ton, p. 1 7g à 184. 

Mesube ; les difficultés de la mesure ne viennent le 



plus souvent que de celles de l'intonation , p. 5?. — 
Que lu mesure peut concourir à lu détermination du 
ton , p. i;8 et suiv. — Distinction des mesures à tleui 
et à trois temps, p. igo. — Chacune présente deux 
modes de sous-division, p. ot\i. — A quel point l'oreille 
peut reconnaître l'espèce de lu mesure dans un cliant 
qu'elle écoule, p. igo et suiv. — Binarrc elTct du 
concours des deus espèces de mesure, p. ï3j^. — Diffi- 
culté" vaincue, p. 235. — Mesures à i, u £,a -J-, ec que 
o'e*t,p. »i6, 243.— Double origine de la mesure £, 
p. 945. — La mesure a quatre temps ne constitue pas 
une espèce de plus , p. — Nos signes, faits pour la 
division binaire, ne li^umil qu'avec effort dans la me- 
sure fi, p. a46. — L'étude de la mesura se réduit a l'art 
de diviser le temps. Voy. Temps. 

Méthode : ce que c'est qu'une nouvelle méthode, 
p. a63. — Celle-ci se compose de deux parties dis- 
tinctes, p. 10. — Est-ce par les méthodes vulgaires que 
se sont formés nos grands musiciens? p. 16. — Effets 

de la nouvelle méLliode, p. 6 et «iiv Que Rousseau 

n'a point fait de méthode d'enseignement, quoiqu'il en 

Mltbosomf. : c'est la même chose que chronomètre. 
J r oy. ce mot. 

Monr. mibeur : cordes variables de ce mode sur le 
sixième et le septième degré, p. \<il\. — Elles forment 
de vraios modulations, p. mi. — L'échelle du mode 
mineur n'est pas indécise, comme on la préiente ordi- 
nairement, p. U 1 et suiv. — Le mode cst-il indiqué \ 
la clef? p. 1 og et suiv. — Ce qu'on a proposé pour lever 



C =77 ) 

■ettc incertitude, p. 109, note. — Les élèves de la un u. 
Telle méthode n'en ont pas besoin, p. 109. — Compa« 
raison des échelles des modes relatifs majeur et mineur, 
p. 111. 

Modulation : lois de la modulation, p. 1 13 et suiv. 
— Licences de modulation qu'autorise le tempérament, 
p. i3g à i43. — Comment l'élève est lancé dans le vaste 
cliamp des modulations, p. 169 et sulï. — Dès-lors, il 
est entre' dans le domaine de l'harmonie, p. 151. — 
L'oreille est sobre de modulations, et n'en avoue que 
le moindre nombre possible dans une mélodie qu'elle 
écoute, p. 180 et suiv. — Mais la force de l'harmonia 
peut l'entraîner h J en admettre davantage , p. 1S1. — 
L'extrême fréquence des modulations la fatigue sans lui 
plaire, p. ,84. 

Monocorde ; expériences contradictoires qu'on a faites 
sur cet instrument, p. i34- — Faux calculs qu'on y a 
fondés, ilid. 

Mor/venEHT : ne doit pas se confondre avec la mesure, 
p. aif4' — Indication de quelques mouvement par le 
chronomètre, p. aS^. — Les adverbes italiens n'ont pas 
la vertu qu'on leur attribue de désigner le mouvement: 
de la mesure , p. aoo. 

Musicien : qu'il le faut distinguer d'avec l'artiste, 
p. n,35. — Comment se sont formés nos grands mu- 
siciens , p. 16. — Procédé seoret de tout musicien pour 

lire la musique, p. saa C'est oe secret que dévoile 

la méthode, p. m 6 , aaa, a63. 

Musique ; qu'il y faut distinguer deux choses, l'art 
'et la science, et que l'un est subordonné a l'autre, p. a 



(a,8) 

et suit. — Si définition , p. n. — Qu'elle est une 
langue, ibid. — Qu'elle est aussi une branche de phy- 
sique eip éri mentale , p. Ï64- — Disproportion des 
progrés que font les élèves dans la musique et dans les 
autres branches d'instruction : quelle en est la cause, 
P . .5. 

N 

Notes : ce n'est pas avec des figures de notes qu'on 

doit entreprendre l'étude de la mesure, p. Ii)5 Ce ne 

«ont pai ces figures qui rappellent leur durée à l'esprit 
du lecteur, p. a33, î38, — Les notes ne désignent 
point de durées absolues, p. aoo. — Elles ont de cer- 
tains avantages sur les chiffres de J. J., p. a{o et suiv. 

P 

Pableb l* musique : ce que c'est, p. 17. — Qu'U 
faut savoir parler avant d'apprendre h lire , p. 1 7 et suit. 
— Comment un enfant pourrait apprendre à parler la 
musique, p. 19, — Que c'est ainsi qu'il apprend k parler 
la langue natale, p. 10 et suiv. — Analyses qu'il fait 
du langage, ihid. — Analyses qu'il ferait du chant, 
j. a3 et suiv. — Idée qu'il prendrait naturellement des 
notes de la gamme, p. a5 et suiv. — Lire et écrire la 
musique ne sont que la conséquence de savoir la parler, 
p. 3o et suiv. et 73 , note. — Elu.de continuelle qu'on 
fait de la parole et qu'on ne peut faire de l'écriture, 
p. 35,i66. 

Piâho : distribution des touches sur cet instrument, 
p. 119. — Son imperfection, p. iîu. — Impossibilité. 



C 379 ) 

de l'accorder rigoureusement, p. ( 3i , i3î. — Pinot 

a clavier courant, p. i3o L'élève de la nouvel!* 

méthode sait déterminer si les touches noires sonnent 
comme dièses ou comme bémols , p. i<(6. — Le clavier 
pris pour terme de comparaison de tous les instrument, 
p. i5t. — Le baguette appliquée au clavier comme à 
l'échelle de portées, p. i5i. 

Poiht ; emploi du menu point sur les signei d'into- 
nation pour distinguer les ofeave* différentes, p. ig3, 

note Manière dont l'ei " " 

quoi , ihid. et suïy. — Em^im uu jjuiui parm 
de durée pour indiquer ta prolongation du so- , e 
et suiv. — C'est a. tort qu'on a borné sa valeur d 
l'écriture usitée , p. 219. 

PBOPHIETÉ DES HOTES, OU LEUR QUALITE TONIQUE, 



— , —.— »w , ^.v. . vwuiuciit elles échangent 

tr'elles ces qualités , p. 60. — Comment l'élève par- 
vient à ces idées générales , p. 26, 61 , note. 



Quarte : voy. Quinte. 

Quikte : distinction des quintes en majeures et mi- 
neures , p. S4 et l'aÏT. — La quinte si fa est mineure 

et non diminuée, p. 86, 107 Les quintes majeure»! 

iont-elles inégales? p. i33, noie. —Le rapport de 
quinte majeure est-il de 1 à 3, et celui d'octave de 1 aaî 
îbid. — La génération des tons est toute fondée sur le 
mouvement de quinte majeure donné ï l tt tonique 
p. S 6, 



R 

3UïïORTS ITOMÈaïQUES DES INTERVALLES : discussion 

de ceux qu'on assigne à la quinte et a l'octave , p. 1 33 , 
Bote. — Quel est le rapport du demi-ton mineur au 
îlemU ton majeur? p. 80, note. — Qu'on n'avait pas 
assigné ce' rapport jusqu'ici, ibid. — Rapports qui en 
sont la suite entre les longueurs des cordes qui sonnent 
tous les intervalles des sons , p. 1 60 , note. — Combien 
ces nouveaux rapports approchent de ceux qu'on a cou- 
tume de supposer, ibid. — Que ceux-ci sont contra- 
dictoires, p. i33, note. 

Relatifs: modes relatifs, bases relatives, ce que c'est, 
p. 108. — Comparaison des gammes relatives en un ton 
quelconque, p. ni. 

s 

Sua : qu'il n'y a pas de aoss fixes dans la nature, 

Sobomèthe : c'est 1» mêjpe eliose que monocorde. 

'Sigkes : les idées précèdent les signes graphiques 
dans l'esprit, p. 3a, i85. — La musique existe hors de 
ces signes , p. 35. — Les idées sont portées à l'esprit 
par des signes oraux, non par des signes graphiques, 
•Boy. Parlée. — Raison de ne pas épargner les di- 
mensions des signes, p. 55. — Les signes du dièse et 
du bémol devraient faire corps avec la note, p. j3. 
— Signes d'intonation : l'élève en emploie de quatre 
espèces, et pourquoi? p. 193. — Signes de durée : peu- 
vent se réduire a trois quand on voudra, p. 196, -* 



( ) 

l'élève découvre de lui-même la valeur îles signes usités, 
p. ikj el — 11 s ' en lionne, et se l'explique aisé- 
ment , p. au . — Dans une écriture régulière ces signe» 
n'auraient pas de rapports fixes : la noire pourrait se 
diviser en trois croches comme en deux , p. ait). — £1 
en était anciennement ainsi , p. aif6 et suiv. 

Simultanée (Enseigheme^t) : la nouvelle méthode 
offre un enseignement simultanée qu'il sera aisé de 
rendre mutuel , p. a5i — Elle est même , par extraor- 
dinaire , doublement simultanée , p. alïB. 

SuMaïUsmoB : employée en musique comme en 
géométrie, p. 65, — La comparaison des intervalles, 
celle des accords et des phrases mélodiques , faites par 
une vraie superposition, p. 60 à 65. 

Sthcopes et Silences : comment l'élève apprend i 
les exprimer , p. "iBfi et suiv. — Leur insertion parmi 
les coupes du temps , p. anfj et suiv. — Syncopes con- 
tinues , p. aaj , note Pourquoi les syncopes et tel 

silences ii l'entrée des temps font un effet peu naturel, 
p. *3& 

T 

Tempe ma eut ■ ce que c'est, p. i3j. — Efforts inu- 
tiles et faux calculs auxquels il a donné lieu, p. i_3a et 
suiv. , et note, — Métaphysique singulière qu'on a em- 
ployée pour le combattre , p. i_36. — Vrai point de 
■vue de cette fameuse question , p. t 38. — Licences 
qu'il semble autoriser dans la modulation , p. 1 43 T " 
et dans Téeriture , paj. i4j «t suiv. — Tendances di^ 
t 9 



( 2!î ) 

verses qu'il fait acquérir aux mêmes SOUJ d'au lustru- 
ment , p. I j5 et suiv. 

Te mi 1 s : comment l'élève apprend il diviser le temps , 
ou l'unité de durée, par moitiés , tien , quarts, sixiè- 
mes , huitièmes, etc. , p. ift'ï à i8<). — La succession, 
de trois— tier* i et de deux moitiés est des plus difficiles : 
la méthode enseigne à la pratiquer , p. 183. — Elle 
enseigne aussi a mettre ces deux coupes en concours , 
p. aii — Tableaux analytiques de toutes les coupes 
du temps, p. 3oj et suiv — - Calculs faits du nombre de 
ces coupes , ibid. — L'étude de toutes ces. coupes ra- 
menée aux trente-six premières, p. 11 n et aiû. — 
Autre génération de ces coupes , p. ajj et suiv. — 
Temps Torts et faibles , p. itjo et suiv. 

Toa (a^?B,UEUHE) : y a -t-il des tous inégaux dani 
la gamme? p. 23 , note. — Ce qui a donné lieu a cette 

Ton : les changernens de tons naissent tous de la 
mobilité de l'ut .- il n'y a qu'un seul ton qui sert de 
modèle à tous les tons possibles , p. 66. — Génération 
des tons et des modes, p. tj3 et suiv. — Ton absolu 

n'est pas dans la nature , p. a;, îai. — Mggen approxi- 
matif de le reconnaître, p. utti — Sfanière nouvelle 
de prendre le ton convenable à la voit du chanteur, 
ou à. l'étendue et aux limites d'un instrument, p. 12a 
et suiv. — L'impression prolongée d'un accord déter- 
mine un changement de ton, p. 5fi, <J2 - — Chanter à 
divers tons ou h divers alphabets , p. cj^j note. — Ne 
pas confondre ces deux expressions , p. , note, — 
i.î :■ 1 f ïicj iiont entre les Ions par dièses, et ceux par 



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( =83 ) 

bémols considéras dans leur génération p. loi. — 
Succession des tons qui ont le plus d'affinité, p. 1 13 
et suit. — Phrases de divers tons extraites d'une même 
gamine, p. ii5et suiv. — Pourquoi l'on écrit la mu- 
sique à divers tons sous divers alphabets, p. n5. 

Toïique : tendance tonique, propriété singulière des 
aoiis d'une même gamme , p. i45 et suiv. , 177. — Pro- 
priété tonique, vojr. Phopbiété. — Causes secrètes qui 
la déterminent, rapportées à deux espèces, p. 1 j6et suit. 

Traits : traits inclinés pour désigner des dièses et 
bémols , p. 73. — Traits horizontaux pour désigner la 
durée , p. 204 et suiv. — Nombre de traits qu'exige 
chaque espèce de fraction du temps , p. 20a ot io3 , 
note. — Pourquoi la pluralité des traits est nécessaire 
dans l'eipression des fractions du temps, p. aa3. — 
Que la notation de J. J. était défectueuse par cet en- 
droit, p. a>4> — Légère modification apportée aux 
doubles et triples croches , p. a36, note, 

Tnidsr ositiok : est moins facile aux chiffres qu'aux 
portées , p. 240 et suiv. — Suppose une connaissance 
plus approfondie de la musique , p. i4i- — L'élève fa 
la nouvelle méthode transpose de la manière la plus 
générale , c'est-à-dire, qu'il lit sous tel alphabet que ce 
■oit une musique écrite dans un ton quelconque, p. 117 
et suiv. — Entre toutes les transpositions qu'il pratique, 
quelle est celle qu'il doit remarquer , et pourquoi , 
p. ,.5. 

V 



Voix : est l'instrument par excellence , p. 1 1 et suiv. 



— Faut-il avoir une belle./oix pour étudier la mnsîqi 
■vocale , p. 13. — Ce n'eit que par elle qu'on de\iei 
musicien dana toute la force du mot, p. i3 et suiv. 
i65, 167. ■■ ■■ : .«pu . 

Fin de la Tatilc alphabétique. 



P"6" '!9; 
Page 'H, 

Pige ai; , 



4 , ligne 3 , euacei «1 11m ts : ni l'oets* 

ï , ligne 17 . ou, Irseï du. 

i, ligne il, dayitrl , lirtt davier- 

1, ligne 1 J , Ul quel , lisex te l qu'etL 
), ligue 6, rijiitbir , liiez UfilcMr. 
î, ligna 18, figer 1 , luuns signa. 
1. ligne par, liseieseï-. 
}, ligne |5 , de phrats M fiïrUM , enWi 1» P 
ligna dernière. > 



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